Grippe aviaire: soupçon de tromperie aggravée dans le Sud-ouest

Le 10 février 2017 par Romain Loury
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Une épidémie partie du Tarn
Une épidémie partie du Tarn

Une enquête préliminaire pour «tromperie aggravée» a été ouverte vendredi 10 février par le parquet de Paris, dans le cadre de l’épidémie d’influenza aviaire H5N8 dans le sud-ouest. En cause, un éleveur du Tarn est soupçonné d’avoir sciemment expédié des lots de canards contaminés dans d’autres départements, propageant ainsi l’épidémie.

Depuis le 1er cas d’influenza aviaire H5N8 dans un élevage de canards du Tarn, confirmé le 1er décembre 2016, la maladie, arrivée en France par des oiseaux migrateurs en provenance d’Europe du Nord, s’est étendue comme une traînée de poudre. Jeudi 9 février, le ministère de l’agriculture faisait état de 227 foyers dans des élevages du sud-ouest, et de 21 cas dans la faune sauvage.

Or selon une dépêche publiée vendredi 10 février par l’Agence France Presse (AFP), une enquête préliminaire pour «tromperie aggravée par le danger sur la santé animale» a été ouverte par le parquet de Paris. Elle fait suite à une enquête administrative menée par la direction générale de l’alimentation (DGAL), au ministère de l’agriculture. D’abord saisi du dossier, le parquet d’Albi (Tarn) s’en est dessaisi pour le transmettre à son homologue parisien[i].

Au centre de l’affaire, un éleveur d’Almayrac, dans le Tarn, est soupçonné d’avoir expédié des lots de canards contaminés à des éleveurs de trois autres départements (Hautes-Pyrénées, Gers, Lot-et-Garonne), propageant ainsi la maladie. En cause, deux lots envoyés les 30 novembre et 1er décembre 2016.

Almayrac, premiers cas français

A la lecture des bulletins de la Plateforme épidémiosurveillance santé animale (ESA), il apparaît que le premier élevage français touché, le Gaec Del Claous (également à Almayrac), a fait l’objet d’une suspicion de contamination dès le 25 novembre. A l’origine d’une mortalité de 39% dans l’élevage, l’infection par le virus H5N8 n’y a été confirmée que le 1er décembre, et a immédiatement fait l’objet d’un arrêté préfectoral de déclaration d’infection.

Avec 5% de mortalité, le deuxième élevage touché, à savoir le Gaec du Guigneret, est celui impliqué dans l’affaire. Après une suspicion le 1er décembre, il fait l’objet d’un arrêté préfectoral de mise sous surveillance et d’abattage préventif dès le lendemain, le 2 décembre. La confirmation H5N8 ne viendra que le 6 décembre, avec un autre arrêté de déclaration d’infection.

Des risques négligés?

A l’examen des dates, il s’avère donc que le Gaec du Guigneret a expédié ses lots jusqu’au dernier moment: le second a été envoyé le jour-même de la suspicion, et de la confirmation de présence du H5N8 dans un élevage voisin –notifiée par arrêté préfectoral, interdisant d’emblée ce type de commerce.

Son exploitant avait-il conscience des risques, et avait-il déjà remarqué des signes cliniques évocateurs sur ses canards lors de ses envois? Contacté par le JDLE, il n’a pas souhaité s’exprimer. Quant à la coopérative gersoise Vivadour, à laquelle le Gaec du Guigneret est rattaché, elle se dit «confiante» quant à l’enquête en cours, mais «n’a pas de commentaire à faire».

«Comme d’autres acteurs de la filière, nous avons été auditionnés [dans l’enquête de la DGAL] et avons fourni tous les documents en notre possession. Nous collaborerons pleinement avec les autorités judiciaires comme nous l’avons fait jusqu’ici», ajoute-t-elle dans un message électronique adressé au JDLE.

Egalement contactée, la préfecture du Tarn n’a pas non plus souhaité s’exprimer, pas plus que plusieurs fédérations départementales des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) concernées (Tarn, Hautes-Pyrénées, Lot-et-Garonne).

Seul à répondre, le président de la FDSEA du Gers, Bernard Malabirade, se montre prudent: «cet éleveur n’était pas sous arrêté, ni sous surveillance, lors de l’envoi des lots, mais la question est de savoir si ses canards présentaient déjà des symptômes lors de l’envoi», s’interroge-t-il.

lenteur administrative

Au-delà de l’éventuelle responsabilité du Gaec du Guigneret, Bernard Malabirade évoque à mi-mot la lenteur des pouvoirs publics face au virus H5N8: «l’administration est informée depuis le 25 novembre [d’une suspicion dans un élevage voisin, à savoir le premier cas français], comment cela se fait-il qu’on ne soupçonne pas d’emblée une influenza aviaire, et qu’on ait les résultats [d’analyse] que le 1er décembre?».

Après cette première suspicion, il aura en effet fallu six jours pour que soit publié un premier arrêté de déclaration d’infection. Face à un virus aussi contagieux, «il faut passer au braquet supérieur, il faut aller plus vite que lui», juge le président de la FDSEA gersoise. D’autant que diverses souches (H5N1, H5N9, H5N2) ont durement frappé les élevages du sud-ouest depuis novembre 2015, et que la propagation européenne du H5N8 était bien décrite.

Au-delà de cette affaire, «la préoccupation du moment est toute autre pour les éleveurs: quand cela va-t-il se terminer, quand le virus sera-t-il éliminé?», s’interroge Bernard Malabirade. La profession, qui attend toujours une partie des indemnisations du ministère pour l’épidémie de 2015-16, souffre d’«une grande inquiétude, et les éleveurs touchés se retrouvent au chômage technique, avec des bâtiments vides».



[i] Contactée par le JDLE, la DGAL a refusé de transmettre son rapport d’enquête, en raison de l’enquête judiciaire en cours.

 



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