Grenelle: des consensus dans le bâtiment et l’urbanisme

Le 24 septembre 2007 par Claire Avignon
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green building
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Une remise en cause des règles de l’urbanisme, une sérieuse rénovation du bâti existant et des normes ambitieuses pour le neuf seront nécessaires pour diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici 2050. Si le constat est partagé par tous, le calendrier et les moyens nécessaires ont fait l’objet de longs débats au sein du groupe de travail n°1 du Grenelle.

Agir sur les bâtiments existants

Dans l'air du temps depuis plusieurs mois, un plan de mobilisation pour isoler les bâtiments tertiaires et d'habitation existants pourrait être une des mesures phares du Grenelle. D'autant plus que ce plan serait créateur de nombreux emplois, de l'ordre de 100.000 selon l'association Négawatt.
Mais le niveau d'efficacité énergétique à atteindre divise: «Il faut un niveau de performance important d'entrée de jeu, pour éviter de revenir sur la rénovation quelques années plus tard», estime Thierry Salomon, président de Négawatt, qui annonce un objectif de 80 kilowattheures d'énergie primaire par mètre carré et par an (kWhEP/m2/an). Mais, comme le remarquent tous les membres du groupe de travail, la France a du retard en termes de technique, de formation et de connaissance de l'état du parc, même si les diagnostics de performance énergétique pourront palier ce dernier manque dans les prochaines années. C'est pourquoi, insiste Christian Garnier, vice-président de France Nature environnement (FNE), «il faut faire du cas par cas. Certains bâtiments se prêtent très bien à une rénovation énergétique, d'autres, notamment des monuments historiques, beaucoup moins. L'objectif du Grenelle devra être pris comme une moyenne.»
Et même si le gouvernement approuve ce plan comme l'une des 15 à 20 propositions qui sortiront du Grenelle, la question des modalités sera difficile à négocier. «Cela ne marchera pas si l'on ne fait pas du gagnant-gagnant, estime Eric Comparat, de l'Union nationale des associations familiales (Unaf). Un propriétaire ne verra aucun intérêt à isoler son logement si seul le locataire bénéficie d'une baisse de sa facture de chauffage.» Malgré l'intérêt économique global de ce chantier, la question du financement restera difficile à mettre en place au moment où la baisse du pouvoir d'achat ne cesse d'inquiéter les Français. «Il y aura un retour sur investissement, mais il faudra d'abord passer le cap du démarrage», explique Jean-Pierre Bompard, de la CFDT. Pour les ménages les moins aisés, «on réfléchit à un fonds de garantie comme dans le cas de la rénovation urbaine», explique Alain Chosson, secrétaire général de l'association de consommateurs CLCV.
Les syndicats pointent également le problème de la difficulté de recruter du BTP: «Les jeunes ne s'orientent pas vers ce secteur car les conditions de travail sont difficiles, analyse Bernard Saincy, de la CGT. On est loin de pouvoir mobiliser 100.000 travailleurs dans le BTP. Il faut faire d'énormes efforts de formation et d'amélioration des conditions de travail.» De son côté, Jean-Pierre Bompard estime qu'il faudra analyser tous les impacts potentiels, «y compris sur l'immigration».

De nouvelles normes dans l'existant

50 kWhEP/m2/an, voire zéro kWhEP/m2/an. C'est le rêve de tout thermicien lorsqu'il travaille sur un bâtiment neuf. Mais pour le moment, certains pros du bâtiment l'avouent, ils n'arrivent même pas à respecter la réglementation thermique (RT) 2005, qui vise environ 100 kWhEP/m2/an. C'est pourquoi le groupe de travail recommande, dans un premier temps, un abaissement de 20% entre la RT 2005 et la RT 2010, puis, dans un deuxième temps, une RT 2015 à 50 kWhEP/m2/an. Le Medef penche, lui, pour une échéance à 2020.
«Entre 2008 et 2015, nous pourrions monter des grands projets d'apprentissage qui permettraient de structurer la filière», explique Thierry Salomon. «On entrerait dans une nouvelle logique, s'enthousiasme Alain Chosson. On donnerait tout de suite un signal fort sur l'objectif à atteindre en 2015, puis la réglementation fonctionnerait comme une voiture-balai et non comme une échéance que l'on attend pour agir.»
La période entre 2008 et 2015-2020 serait mise à profit pour améliorer le fonctionnement, la formation, et la communication entre acteurs.

Etalement urbain et règles d'urbanisme

«On peut réaliser un bâtiment hyper performant énergétiquement, mais s'il est isolé, à 30 kilomètres de toute vie, il ne sauvera pas la planète». Ce constat de Bernard Figiel, président du Conseil national de l'ordre des architectes est difficilement contestable. Seulement aujourd'hui, les documents d'urbanisme prennent très mal en compte la dimension environnementale. Un effort devra être fait en ce sens, selon Christian Garnier, principal contributeur du débat sur l'urbanisme au sein du Grenelle, en tant que représentant de FNE. Il faudrait éviter, par exemple, de développer un grand projet urbanistique sans avoir, auparavant, développer un transport en commun en site propre.
Une mesure consensuelle serait de rendre obligatoires les plans climat territoriaux (PCT), que FNE voudrait voir appeler plans climat-énergie territoriaux. Ils s'imposeraient aux documents d'urbanisme et d'aménagement. «Il faut retrouver une cohérence dans toutes les procédures, indique Alain Chosson. Cela pose la question du millefeuille que constituent les différentes structures territoriales: régions, départements, agglomérations, communautés de communes, etc.» Un constat partagé par Christian Garnier: «Cela ne se décidera pas au moment du Grenelle, mais FNE milite pour une modification de la Constitution destinée à empêcher les collectivités de faire ce qu'elles veulent. Par ailleurs, il y a beaucoup trop d'interdépendances entre les structures, voire de dépendances. Il faut mettre cela au clair.»




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