Grenelle de la mer: ce qu’en attendent les acteurs

Le 17 avril 2009 par Victor Roux-Goeken
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Dans quoi s’embarque le Grenelle de la mer? Les 4 groupes de travail aux intitulés parfois ésotériques (1), ont commencé à se réunir à partir du lundi 6 avril. Cette phase de concertation à cinq –Etat, collectivités, associations, entreprises et syndicats– verra s’affronter, jusqu’à fin mai, les visions et attentes des parties prenantes.

«Au-delà des ONG, il n’y a pas de grande préoccupation environnementale dans les interventions des uns et des autres, indiquait François Chartier, directeur de la campagne Océan pour Greenpeace, après la réunion du 3e groupe de travail, lundi 6 avril, consacrée à l’éducation environnementale. L’association craint que ce Grenelle, censé définir la stratégie nationale pour la mer et le littoral, ne soit qu’un forum où seraient «rediscutés des engagements internationaux déjà pris par la France (…)». En la matière, la France devra d’abord écoper devant sa porte. «Un débat sur le retard français sur certains engagements internationaux serait utile pour faire avancer les choses, relève Laurent Lucchini, président du groupe 4 et professeur à l’Institut du droit économique de la mer (Indemer) de Monaco. Il sera cependant nécessaire d’établir un recensement complet des textes qu’il appartient à la France de signer, ratifier ou de mettre en œuvre. Concernant les textes communautaires, il conviendrait d’accélérer leur transposition dans les Etats membres, à l’instar du paquet Erika III adopté en mars par le Parlement (2)». «Balayons devant notre porte, plaide également Christian Garnier, vice-président de France nature environnement (FNE). On peut transformer en zone sanctuaire les eaux françaises, ce n’est pas ça qui sauvera la mer. Il ‘suffirait’ d’abord d’appliquer les traités internationaux».

Pour l’association Robin des Bois, la priorité va à une filière de démantèlement des navires. «Si nous n’arrivons pas à l’imposer, nous considérerons ce Grenelle comme un échec, explique son président Jacky Bonnemains. Il s’agit là d’un problème concret». Sur ce sujet, l’association a le soutien de la CGT, pour qui c’est une «question phare», selon Daniel Geneste, secrétaire général de l’Union interfédérale CGT des transports et coordinateur du Grenelle de la mer pour le syndicat.

Le sujet de la pêche sera plus compliqué à aborder. Outre la création d’une réserve marine dans le Golfe du Lyon, Greenpeace souhaite un moratoire sur la pêche au thon rouge et un changement de politique de la gestion des pêches. Pas sûr que le message soit entendu par les pêcheurs de Calais, Dunkerque et Boulogne-sur-Mer, dont l’intersyndicale a donné le la en déclenchant une grève mardi 14 avril dans les trois ports du Nord de la France pour obtenir une augmentation des quotas de pêches en 2009, pour la plupart déjà épuisés. Le blocus a toutefois été levé jeudi, mais de nouvelles opérations ont repris vendredi suite au refus du ministre en charge de la pêche, Michel Barnier, de modifier ces quotas. En contrepartie, le ministre s’est engagé à débloquer 4 millions d’euros d'aides et échanger des quotas avec d'autres pays de l'UE.

Une revendication qui tombe au moment où la Commission européenne doit présenter son livre vert pour la réforme de la politique commune de la pêche le 22 avril. Celle-ci vise notamment à mettre un terme aux quotas de pêche trop généreux. La mesure phare de la réforme: remplacer les réunions annuelles des ministres nationaux par des comités d'experts ou des organismes régionaux, ce qui signifierait une allocation de quotas moins généreuse mais plus proche de la réalité des stocks...

Robin des Bois veut absolument «encadrer la pêche récréative», afin de limiter les atteintes à la biodiversité. Un sujet dont Jacky Bonnemains sait d’ores et déjà qu’il va «générer des conflits». L’association devra aussi rendre, au cours du mois de mai, un bilan sur les macro-déchets en milieu marin, commandé par le Meeddat après le Grenelle première édition.

Pour France nature environnement (FNE), un Grenelle de la mer ambitieux ne saurait uniquement se contenter de mettre à l’eau une filière de démantèlement des navires, même si celle-ci est indispensable. FNE tient à ce qu’émerge une véritable vision de la mer à 30 ans. Et met l’accent sur la prévention des pollutions du littoral dites telluriques, qui proviennent à 75% de l’agriculture, rappelle Christian Garnier, vice-président de la fédération. «Nous avons à peine 2 mois devant nous, mais c’est exactement le même calendrier que pour le Grenelle».

Les associations se disent confiantes, mais sont peu enclines à s’enliser dans des comités opérationnels de suivi, tels ceux qui avaient succédé aux tables rondes du Grenelle de l’environnement. Elles auront fort à faire pour que les engagements issus de ces Etats généraux de la mer ne soient pas trop dilués, alors qu’auront eu lieu un peu plus tôt les élections européennes, la table ronde sur les risques industriels, les hypothétiques examens des projets de loi Grenelle I et II au Parlement… Sans compter que sur bien des sujets, la France risque fort de ne pas pouvoir agir uniquement à l’échelle nationale. «Nous ne pouvons adopter seuls des textes à portée internationale, admet Laurent Lucchini. Mais nous pouvons proposer des régulations sur le plan national à la condition qu’elles ne soient pas contraires à des engagements internationaux qui nous lient».

(1) «La délicate rencontre entre la terre et la mer » (groupe 1),«Entre menaces et potentiels, une mer fragile et promesse d’avenir» (groupe 2), «Partager la passion de la mer » (groupe 3) et «Planète mer : inventer de nouvelles régulations» (groupe 4)
(2) Dans le JDLE «Le paquet Erika III définitivement adopté par le Parlement»


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