Green Deal : ce qui attend (peut-être) les Européens

Le 02 décembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'Europe va-t-elle réduire de moitié ses émissions de GES entre 1990 et 2030 ?
L'Europe va-t-elle réduire de moitié ses émissions de GES entre 1990 et 2030 ?
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Une esquisse du Pacte vert, voulu par la présidente de la Commission européenne, a été diffusée en fin de semaine dernière. Elle liste les priorités d’une Europe qui voudrait réduire de moitié ses émissions de GES entre 1990 et 2030. La tâche s’annonce ardue.

 

A l’heure de l’ouverture de la COP 25, à Madrid, la pression s’accroît sur les pays membres de l’Union européenne pour renforcer leurs ambitions climatiques. Des marches pour le climat se sont encore déroulées le week-end dernier. L’activiste suédoise Greta Thumberg devrait achever, mardi 3 décembre, sa transatlantique et gagner Madrid dans la foulée. Les ONG s’agitent. Mais là n’est pas le plus important.

Deux semaines avant un conseil européen décisif, un projet de Pacte vert, esquissé par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, a mystérieusement fuité dans la presse européenne.

Le Pacte vert (ou Green Deal) englobe les politiques et mesures que la nouvelle Commission européenne entend mettre en œuvre pour conduire le Vieux monde sur la voie de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Un objectif que doivent avaliser les chefs d’Etats et de gouvernements des 28, lors du Conseil européen des 12 et 13 décembre prochains.

liste d'actions

A dire vrai, le document diffusé en fin de semaine dernière n’est sans doute pas le Green Deal dans sa version définitive. Il a toutefois le mérite de lister les actions que la Commission, le Parlement et les Conseils devront engager pour abattre significativement les émissions de gaz à effet de serre européennes.

Le projet de communication de la Commission indique que les Etats membres devront collectivement se fixer un nouvel objectif climatique: réduire de 50% «au moins» et pourquoi pas 55% leurs rejets de GES entre 1990 et 2030. Soit 10 à 15% de mieux que ce que préconise le paquet énergie climat 2030.

 

 

Projet de Pacte Vert by Valéry Laramée de Tannenberg on Scribd

 

 

Ce renforcement significatif de notre ambition aurait plusieurs implications. Il oblige à réviser et à mettre en cohérence un grand nombre de réglementations communautaires: directives sur l’efficacité énergétiques, sur les énergies renouvelables, sur les transports, sur la taxation des produits énergétiques, etc.

La Commission von der Leyen (VDL) s’apprête aussi à frapper fort sur les transports. D’abord, en intégrant le transport maritime dans le système communautaire d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (ETS) et en réduisant les quotas alloués aux compagnies aériennes déjà parties à l’ETS. Une réflexion est en cours (comme en Allemagne) pour y intégrer le transport routier.

Pour le cas où ce dernier ferait de la résistance, une révision des directives Eurovignette et sur la mobilité combinée est prévue. Objectif: renchérir fortement le coût du transport par camion à moteur thermique et inciter les chargeurs à se tourner vers des modes de transports moins carbonés. «Les prix devront refléter le véritable impact sur l’environnement et la santé des différents modes de transport», indique le texte.

se caler sur l'OMS

Bruxelles prévoit aussi de durcir les normes d’émissions des véhicules à moteur thermique, en intégrant notamment les concentrations plancher proposées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). «Ce sont les dernières normes avant le passage complet à la mobilité zéro-émission», indique le projet. Ce qui laisse supposer que les futures normes seraient établies jusqu’en 2040.

La biodiversité: la grande nouveauté du moment. Les membres de la commission ont intégré le message des scientifiques selon lequel rien ne sert de lutter contre le changement climatique si l’on détruit le milieu naturel, à commencer par les puits de carbone. Mieux, la restauration de certains écosystèmes (forêts, mangroves) peut contribuer à stocker en terre du carbone atmosphérique. Ce que l’on appelle les «solutions fondées sur la nature».

climat et biodiversité

La note des services de la Commission VDL y fait référence. Et appelle, en conséquence, à renforcer notre arsenal juridique en faveur de l’adaptation aux effets du réchauffement. Traduction : préparez-vous à la révision des directives et règlements encadrant l’agriculture, la gestion des forêts, la protection de la biodiversité. Dans ce cadre, Bruxelles prépare un vaste plan de reforestation et met au point des mesures visant à réduire la déforestation imputable à nos approvisionnements.

Biodiversité toujours, la Commission pourrait intégrer des éléments de son Pacte vert à sa vision stratégique en faveur de la biodiversité, son socle de négociation pour la COP 15 sur la diversité biologique, qui se déroulera à Kunming (Chine), en octobre 2020.

Last but not least: la politique agricole commune (PAC). Sa prochaine mouture devra intégrer la lutte contre le réchauffement. Cela passera par le développement d’alternatives aux intrants chimiques, l’adoption de nouvelles pratiques d’élevage et de cultures, un programme visant à réduire la perte et le gaspillage de denrées alimentaires.

Ambitieux, le Pacte vert de VDL déplait déjà. Greenpeace rappelle que pour contribuer à stabiliser le réchauffement entre 1,5 et 2 °C, l’Europe devrait réduire ses émissions de 65% entre 1990 et 2030. D’un autre côté, nombre de gouvernements pourrait trouver u peu serré le virage vert pris par le nouvel exécutif communautaire.



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