Grand tétras 1 – Eoliennes alsaciennes 0

Le 31 juillet 2013 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Grand Tétras versus Eolliennes.
Grand Tétras versus Eolliennes.
DR

L’Etat bat à nouveau en retraite sur le projet controversé d'implantation de 5 éoliennes au col du Bonhomme (Haut-Rhin). La préfecture a annoncé le 30 juillet avoir lancé une procédure de retrait de l'autorisation de défricher un terrain de près de 3 hectares, qui devait accueillir les 5 turbines, d'une puissance totale de 11,5 mégawatts. En jeu: les menaces qui pèseraient sur le grand tétras, une espèce vulnérable de gallinacés. Une décision qui intervient alors qu’une procédure contradictoire préalable d’une durée de 10 jours vient de débuter, le temps pour le pétitionnaire de faire valoir ses observations. Ce projet est porté depuis 2004 par la société Ostwind, via sa filiale locale -la SEPE- qui a déjà engagé 800.000 euros d’études.

 

Les services du ministère de l’agriculture «ont considéré que l'étude d’impact du dossier de défrichement présente des insuffisances, tenant à la présence du grand tétras, espèce classée comme vulnérable en France et confrontée dans le massif vosgien à un risque élevé de disparition», a expliqué la préfecture du Haut-Rhin. «Le site retenu pour le défrichement et l'installation d'éoliennes se situe à proximité immédiate de sites Natura 2000.»

 

Il y a quelques semaines, la Commission européenne avait envoyé une demande d’informations complémentaires à la France, s’inquiétant de ce que «le site d'implantation retenu pour ce projet de parc éolien se situe au cœur d'une zone de présence stratégique du grand tétras où ce dernier est observé de façon pérenne depuis plusieurs années. Par ailleurs, certaines éoliennes feraient désormais partie intégrante de la zone de repos du grand tétras, le site du projet empiétant sur un couloir d'échanges entre sites fréquentés par cette espèce». La réaction de Bruxelles faisait suite à la délivrance, le 12 juin, d’une autorisation de défrichage par la préfecture.

 

«On est satisfait: il faut que les directives européennes soient appliquées en France», a déclaré à l'AFP Jean-Paul Burget, président de Sauvegarde Faune sauvage. Si l’Etat décidait finalement de valider le projet, «la France risque de passer devant la justice européenne, et le citoyen normal risque de payer une amende à l'Europe due à un projet privé», a-t-il ajouté.

 

«Oui au tétras, non aux mensonges», c’est la banderole dépliée par les élus mécontents de cette énième reculade. Ils ont bloqué la circulation une partie de l’après-midi. «Nous les élus, nous en avons assez de nous faire marcher dessus par des gens qui ne se sont jamais présentés à une élection», proteste Henri Stoll, conseiller général écologiste. «Nous bloquerons la route tous les jours et nous nous rapprocherons de l’autoroute tant que nous n’aurons pas pu nous expliquer avec le ministre», assure le maire de Kaysersberg, cité par l’Alsace. Les tenants du projet se prévalent de l’avis de Bernard Leclerq, spécialiste du grand tétras jurassien, qui assure que sauvegarder ces forêts d’épicéas n’est pas de nature à attirer et sauvegarder l’espèce, qui goûte au contraire les milieux ouverts. Un point de vue que contredit point par point le Groupe Tétras Vosges, qui estime que les défrichements «bénéficient dans notre contexte bien souvent à l’épicéa. Faut-il aussi rappeler que dans ces emprises défrichées une partie sera bétonnée, terrassée, et le sol, compressé par les engins, ne permettra pas l’installation de la végétation pendant de longues années».

 

La querelle porte autour aussi sur le schéma régional Climat-air-énergie, qui prévoit la mise en service de 100 MW de capacité éolienne d’ici 2020. L’Alsace ne compte, à ce jour, aucune turbine. Voilà plus de 10 ans que le bras de fer est en cours au col de Bonhomme et il risque de continuer, car le nouveau projet présenté par le pétitionnaire ne diffère pas, ou peu, de celui ayant conduit à un premier refus préfectoral, en mars 2009. Pourtant, une première étude d’impact soulignait les risques qu’une ferme éolienne faisait peser sur les populations locales de chiroptères, rapaces (bondrée, faucon-pèlerin) et grand tétras. Et dans un avis rendu le 21 mai dernier, le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel d’Alsace (CSRPN) estimait que le pétitionnaire n’avait pas «correctement identifié» les enjeux de protection de l’environnement et que les mesures de protection du grand tétras proposées «ne permett[ai]ent pas de réduire l’impact du projet». En toute logique, le CSRPN avait recommandé au préfet «de ne pas accorder l’autorisation de défrichement». C’est chose faite. Jusqu'au prochain épisode.

 

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus