Grand éolien: bientôt le pot au noir?

Le 10 janvier 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le ciel s'assombrit pour l'éolien français.
Le ciel s'assombrit pour l'éolien français.

La présentation des vœux à la presse de France Energie Eolienne (FEE) était bien sombre, ce matin 10 janvier. Car les dirigeants du lobby éolien français craignent que l’année qui vient soit l’une des pires qu’aura à connaître la profession. Le contexte, d’abord, n’est pas des plus brillants. A commencer par la lenteur de l’élaboration des schémas régionaux éoliens (SRE).

Partie majeure des fameux schémas régionaux Climat-air-énergie (SRCAE), les SRE doivent définir les zones les plus favorables à l’installation des parcs éoliens et fixer des objectifs «qualitatifs et quantitatifs». Elaborés par les conseils régionaux et les préfectures, ils devaient être publiés avant le mois de juin 2012. Or, en métropole, les SRE des Pays de la Loire, du Limousin et du Midi-Pyrénées manquent encore à l’appel. Et le bilan des existants est très hétérogène.

D’une région à l’autre, les objectifs fixés à 2020 varient du tout au tout. L’Alsace n’imagine pas implanter plus de 100 mégawatts: près de 30 fois moins qu’en Picardie, Champagne-Ardenne, Centre ou Languedoc-Roussillon. Au total, l’Hexagone prévoit d’exploiter 29.797 MW éolien en 2020: 4 fois plus qu’au 1er janvier 2013! Utopique? Probable.

D’une part, parce qu’avec le mille-feuilles administratif et les nombreux recours juridiques, les projets éoliens français se concrétisent, en général, au bout de 6 ans contre un peu plus de 2 en Allemagne.

D’autre part, le SRE n’est pas un document prescriptif et opposable, mais une simple cartographie indicative. «L’élaboration de certains schémas s’est mal déroulée. Et le document final ne donne aucune certitude aux professionnels», estime Nicolas Wolff, président de FEE. A en croire son SRE, tout le territoire de Provence-Alpes-Côte d’Azur est susceptible d’accueillir des aérogénérateurs. Dans les faits, de Marseille à Menton, et de Gap à Nice, les édiles n’espèrent par voir tourner plus de 545 MW dans la troisième région de France.

D’autant que le législateur a, dans la loi Grenelle II, épaissi le mille-feuilles administratif. Après le SRCAE, le SRE, le permis de construire, le dossier ICPE[1] à autorisation, le promoteur d’un projet éolien doit aussi se conformer au schéma régional de raccordement au réseau des énergies renouvelables (dit S3REnR).

Elaboré par RTE, mais approuvé par les autorités et ERDF, ce S3REnR doit être publié 6 mois après l’approbation du SRE. Il définit les ouvrages de transport et de distribution d’électricité qui doivent être créés ou renforcés pour permettre aux turbines d’injecter leurs électrons sur le réseau. Jusque-là, tout va bien.

Jusqu’à ce qu’un décret (pris le 20 avril 2012) fixe les modalités de financement des raccordements des parcs éoliens aux réseaux. Dans le cas où un «simple» renforcement des installations existantes suffit, c’est à RTE de régler la note. Lorsqu’il est nécessaire de créer de nouveaux ouvrages, ce sont les producteurs qui mettent la main à la poche.

Originalité du dispositif, chaque opérateur devra alors s’acquitter d’une quote-part, établie à l’échelon régional, en fonction de l’état du réseau, de la topographie, des besoins des exploitants d’éolienne, etc. Problème: il n’est pas toujours facile de distinguer le renforcement de la construction de nouvelles installations. «Pour RTE, installer un transformateur dans un poste source, c’est mettre en service une nouvelle installation, pour nous, c’est un renforcement d’une installation existante», explique Serge Galaup, en charge des réseaux pour FEE.

Seul le contenu de 7 S3REnR est connu. Et certains inquiètent déjà les professionnels de la turbine. Toujours en consultation, le schéma de Midi-Pyrénées estime ainsi à 81.000 euros/MW installé ce surcoût, qui s’ajoute à la facture «normale» du raccordement des fermes éoliennes, dont le montant est souvent conséquent. «A ce tarif, calcule Serge Galaup, l’économie de certains projets est remise en question.»

Et à propos d’économie, les entreprises de la filière sont suspendues à la décision que la Cour européenne de justice doit rendre dans les prochaines semaines. Saisi par l’association Vent de colère –qui considère illégaux lesdits tarifs-, le Conseil d’Etat a demandé en mai dernier à la Cour de Luxembourg si les tarifs d’achat devaient être considérés comme des aides d’Etat ou non. Si tel est le cas (et les professionnels le craignent), tout le dispositif français de rétribution de l’électricité produite avec des énergies renouvelables serait donc à revoir. Affaiblissant un peu plus une filière déjà mal en point. «Avec une telle insécurité juridique, les banques ne financent plus le moindre projet éolien en France», se lamente Nicolas Wolff.

En 2012, environ 700 MW de nouvelles capacités éoliennes ont été mises en service en métropole. Pour tenir les engagements du paquet Energie-climat européen, il en aurait fallu près de deux fois plus (1.300 MW précisément). «Si aucune action immédiate n’est menée par le gouvernement, conclu Nicolas Wolff, ce sont 1.000 emplois directs qui sont menacés d’ici à la fin de l’année.» 



[1] ICPE: Installation classée pour l’environnement

 



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