Grand débat: une transition écologique au petit pied?

Le 17 janvier 2019 par Romain Loury
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Emmanuel Macron lance le premier débat
Emmanuel Macron lance le premier débat
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Conséquence du mouvement des Gilets jaunes, le grand débat s’est ouvert, mardi 15 janvier, par une rencontre entre Emmanuel Macron et 600 maires normands. Thème central, la transition écologique y a été rapidement scrutée, souvent par le petit bout de la lorgnette.

C’est l’un des quatre grands thèmes retenus par l’Elysée pour le grand débat qui s’est ouvert: la transition écologique figure aux côtés de la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’Etat et des services publics, la démocratie et la citoyenneté.

Mais alors que le mouvement des Gilets jaunes s’est ébranlé, le 17 novembre 2018, sur fond de hausse du prix du diesel, la crainte est forte que la transition écologique, souvent perçue comme source de taxes et d’impôts, sorte quelque peu déplumée des trois prochains mois.

La nécessaire «solidarité nationale»

Comment résoudre ce dilemme entre transition écologique inéluctable et grogne fiscale? Dans sa lettre aux Français publiée dimanche 13 janvier, Emmanuel Macron estime que «pour réussir cette transition, il faut investir massivement et accompagner nos concitoyens les plus modestes. Une solidarité nationale est nécessaire pour que tous les Français puissent y parvenir».

«Comment finance-t-on la transition écologique: par l’impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité? Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture? Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier?», s’interroge le président dans son courrier.

«Quelles sont les solutions pour se déplacer, se loger, se chauffer, se nourrir qui doivent être conçues plutôt au niveau local que national? Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale?», poursuit Emmanuel Macron.

Un marathon fourre-tout

Bien loin d’épuiser ces vastes questions, la rencontre organisée mardi 15 janvier entre le président et 600 maires normands, à Grand Bourgtheroulde (Eure), a été l’occasion, à quelques rares reprises, d’aborder le sujet. En près de sept heures, le tout s’apparentait moins à un débat qu’à un marathon de questions-réponses, souvent sous forme de défense du bilan présidentiel.

Parmi les sujets écologiques abordés, celui des aides à la transition énergétique des ménages, qu’Emmanuel Macron perçoit surtout sous l’angle de la simplification des versements, moins de leur augmentation. «On doit simplifier la réponse pour qu’elle soit pratique pour les gens. Il y a des chèques énergie, des primes de mobilité, il y en a énormément. Mais d’une part c’est très compliqué, et parfois il y en a trop, d’autre part ce n’est pas assez proche de l’utilisation des gens», a-t-il jugé.

Par exemple pour l’achat d’un véhicule ou d’une chaudière moins polluants, le président prône «une approche un peu plus client»: ces aides doivent être abordées d’emblée chez le vendeur, plutôt que «de passer par des canaux que les gens ne connaissent pas, et sans qu’on sache ce qu’il reste [à payer] à la fin».

Côté carburants, la taxation du kérosène des avions et des bateaux, brandie par un maire comme alternative à celle du carburant automobile, semble bien éloignée. Certes, «la France va s’engager pour réduire la vitesse maritime», ce qui permettra de diminuer la consommation de carburant, a évoqué le président. Quant aux avions, la décision ne pourra être qu’internationale. Et il est, pour Emmanuel Macron, hors de question de taxer les vols intérieurs, déjà pas rentables, et dont une telle mesure signerait l’arrêt de mort.

Pesticides: accompagnement, dialogue local

Le président a par ailleurs été interpelé par des maires ruraux lui faisant part de la problématique des pesticides. Si les uns défendent des agriculteurs craignant la disparition du glyphosate et les distorsions de concurrence avec l’étranger, les autres relaient la parole de riverains appelant à la création de zones «zéro pesticide» en bordure des habitations. Un débat désormais bien ancré, que le président a renvoyé au «dialogue local» entre les deux parties, et, pour l’Etat, à la nécessité d’accompagner les agriculteurs pour réduire l’usage de pesticides.

La biodiversité n’a certes eu droit à aucun mot durant le débat, mais elle fait l’objet d’un court paragraphe dans le courrier présidentiel. Et ce sous forme de deux questions pour le moins ambigües: «comment devons-nous garantir scientifiquement les choix que nous devons faire à cet égard? Comment faire partager ces choix à l’échelon européen et international pour que nos agriculteurs et nos industriels ne soient pas pénalisés par rapport à leurs concurrents étrangers?». Malgré un plan biodiversité lancé en grande pompe en juillet 2018, voici la biodiversité ramenée à sa juste place: celle d’un frein aux activités humaines.



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