Grand débat: le gouvernement à côté de la plaque

Le 14 janvier 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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2300 mots sans convaincre.
2300 mots sans convaincre.
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Par sa médiatisation, sa formulation, son organisation, le Grand débat national ne semble taillé que pour les électeurs macronistes.

 

Promesse tenue! Comme il s’y était engagé, le président de la République a publié, dimanche 13 janvier, sa lettre aux Français. En 2.350 mots, Emmanuel Macron rappelle l‘ambition du Grand débat national: «Bâtir un nouveau contrat pour la nation.» Un contrat dont on comprend qu’il sera le fruit de cette consultation inédite qui doit se dérouler jusqu’au 15 mars prochain.

Lignes rouges

Les conditions de la réussite sont connues. Dans son rapport de fin de mission, Chantal Jouanno, présidente de la commission nationale du débat public (CNDP), les rappelle: éviter la fixation de lignes rouges avant le débat, informer les Français de la méthode, garantir la neutralité dans la restitution des débats. «Les principes de la CNDP sont l’indépendance, la neutralité (aucun avis positif ou négatif n’est exprimé sur les positions, propositions ou projets), la transparence (tous les comptes rendus de réunion seront disponibles), et l’équivalence (la parole du citoyen ordinaire a autant de poids que celle d’un haut dirigeant)», résume celle qui devait assurer la coordination du débat avant d’y renoncer pour cause de polémique sur son salaire.

Wargon et Lecornu

Cette défection a perturbé le plan du gouvernement. Lequel a finalement décidé, ce lundi, de confier l’animation de la consultation à Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, et à Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales. Remplacer les professionnels d’une autorité indépendante par des ministres, voilà de quoi inquiéter les tenants de la neutralité, précisément. Qu’à cela ne tienne, répondent les services du Premier ministre: les deux ministres seront chapeautés par un comité des garants, aréopage de personnalités. Cela pourrait ne pas suffire à convaincre. D’autant que la méthode, les kits d’organisation du débat, la communication autour du Grand débat national, ont été repris à la CNDP par les équipes gouvernementales.

Mépris et communication

On peut aussi s’étonner du médium choisi par la présidence de la République pour s’adresser aux Français: internet. Un moyen de communication moderne, certes, mais auquel près d’un quart des citoyens n’ont pas accès. Pareille bévue conforte l’idée ‘populaire’ d’une déconnexion du pouvoir de la vie réelle. Quelques jours avant l’adresse présidentielle, Marianne Doury avait analysé plusieurs centaines d’échanges de courriels entre des Gilets jaunes et le cabinet du Premier ministre. A chaque réponse de Matignon, le sentiment progressait d’avoir affaire à une «élite dirigeante» méprisant le peuple et dont l’appel au dialogue n’est que «stratégie de communication». La leçon n’a pas été retenue par l’Elysée.

Questions interdites

Même «s’il n’y a pas de questions interdites», le président Macron souhaite que son grand débat tourne autour de 4 thématiques: les impôts, l’organisation de l’Etat et des collectivités publiques, la transition écologique et la démocratie et la citoyenneté. Ce ne sont pas forcément les priorités des Français.

Expertise scientifique

Sur la plateforme électronique ouverte par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), un grand nombre d’internautes concernés par la transition écologique ont réclamé la fin du développement de l’éolien, une plus forte taxation des carburants maritimes et aériens, la mise en place d’une taxe carbone aux frontières, des coups de pouce à l’agriculture biologique et la réouverture de lignes ferroviaires. Pas sûr que de telles propositions trouvent grâce à l’Elysée, qui rêve de mesures pour accélérer la transition environnementale ou de moyens pour renforcer l’expertise scientifique préalable à l’élaboration des choix politiques en matière de biodiversité.

52% d’abstention

Dans un article publié le 12 janvier, Le Monde synthétise les principales demandes apposées sur les cahiers de doléances ouverts dans les mairies du Finistère. Au menu des Bretons: la revalorisation des retraites, la baisse des impôts des classes moyennes, le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune. On est bien loin des interrogations parisiennes: «Pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace, ou y a-t-il trop d’échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales?»

A l’évidence, il faudra faire mieux pour engager les Français à signer le nouveau contrat pour la nation. Selon une enquête Opinion Way, réalisée pour Public Sénat, Le Point et Etat d'Esprit-Stratis, 47% des Français entendent participer au débat, contre 52% qui resteront chez eux. Terrible coup de sonde. Habituellement, ce sont plus de 70% des Français qui veulent s’exprimer sur des projets publics les concernant.



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