Graines de pavot: l’Efsa craint des goûters planants -

Le 16 novembre 2011 par Romain Loury
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Les graines de pavot présentes dans certaines variétés de pain et viennoiseries ne sont pas exemptes de risque, en particulier pour les enfants, en raison de la possible présence d’alcaloïdes, rappelle l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) dans un nouvel avis.
 
Thébaïne, papavérine, noscapine, mais surtout morphine et codéine, déjà utilisées en médecine: tous ces alcaloïdes, qui abondent dans la sève du pavot (Papaver somniferum), sont normalement absents des graines, destinées à l’alimentation. Mais rien n’exclut que ces graines puissent être contaminées, par exemple suite à l’attaque d’un insecte ou à une mauvaise manipulation lors de la récolte.
 
Un fait d’autant plus possible que les graines alimentaires proviennent souvent de variétés riches en alcaloïdes, celles-là même qui sont exploitées pour la production de morphine médicale, rappelle l’Efsa dans son premier rapport sur le sujet, réalisé à la demande de la Commission européenne. Un domaine peu fouillé à ce jour: parmi les Etats membres de l’Union européenne, seule la Hongrie s’est dotée de doses maximales d’alcaloïdes admis dans ces graines.
 
Pour combler ce manque, l’Efsa a étudié 1.033 échantillons provenant de 4 pays européens, à savoir les Pays-Bas et trois d’Europe centrale (Allemagne, Autriche, Hongrie), région où les graines de pavot sont très utilisées dans le pain et dans diverses viennoiseries et pâtisseries.
 
Selon son analyse, la consommation moyenne de morphine va de 3,11 à 90,9 microgrammes par kilogramme (µg/kg) de poids corporel par jour. Cette dose peut même s’élever à 375 µg/kg chez les plus forts consommateurs, voire 753 µg/kg chez les enfants de 3 à 10 ans. Soit un niveau 75 fois plus élevé que la dose de référence aigüe (ARfD) (10 µg/kg) fixée par l’Efsa ! [1]
 
L’autorité se montre toutefois rassurante, estimant qu’environ 90% des alcaloïdes pourraient disparaitre pendant la préparation de l’aliment, lors des étapes de lavage, de séchage ou de cuisson. Mais selon elle, «il est possible que certains consommateurs, particulièrement les jeunes enfants, puissent excéder l’ARfD de la morphine en de rares occasions». Avec les effets bien connus de la morphine, tels que somnolence ou difficultés respiratoires, ajoute l’Efsa, qui indique que de tels cas lui ont été rapportés.
 
Entre autres recommandations, l’Efsa propose de recueillir plus de données à ce sujet, notamment sur les variétés de pavot utilisées et leur teneur en alcaloïdes, mais aussi d’aller au-delà de la morphine pour s’intéresser aux autres molécules.
 
Dans un deuxième rapport, l’Efsa s’attaque à d’autres agents potentiellement toxiques, les alcaloïdes pyrrolizidiniques, présents dans de nombreuses plantes et dont l’éventuel risque émanerait de la consommation de miel. Là aussi, l’autorité appelle à plus de recherches face à ces molécules, notamment chez les enfants. Contrairement aux alcaloïdes du pavot, ces agents sont avant tout liés à un risque cancéreux.
 
[1] Plutôt qu’une dose journalière admissible (DJA), réservée aux produits toxiques lors d’une exposition répétée, l’Efsa a préféré une dose de référence aigüe (ARfD). Elle s’est basée sur la dose minimale active lors d’une utilisation médicale (LOEL en anglais, 30 µg/kg), à laquelle elle a appliqué un facteur d’incertitude de trois, pour aboutir à 10 µg/kg.


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