Glyphosate: marchandage sur une interdiction

Le 23 octobre 2017 par Marine Jobert
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Le sort européen du glyphosate fixé le 25 octobre?
Le sort européen du glyphosate fixé le 25 octobre?

3, 5, 7 ans? Si elle semble acquise, à quel horizon l’interdiction du glyphosate entrera-t-elle en vigueur? A deux jours d’un vote décisif devant le Parlement européen, les positions françaises flottent encore, sur fond de polémique sur un insecticide accusé d’être un néonicotinoïde.

A quelques jours d’une séance du Scopaff[1] qui s’annonce décisive pour l’avenir du glyphosate en Europe, les pesticides sont l’objet de proclamations politiques très tranchées en France. Il faut dire que le sens du vote hexagonal, le 25 octobre prochain, conditionnera en grande partie l’avenir de l’herbicide le plus vendu dans le monde.

54 députés LRM sur 301

Trois eurodéputés socialistes français ont, le 19 octobre, ouvert le bal par une tribune réclamant l’interdiction pure et simple des néonicotinoïdes dans l’Union, au moment même où l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) était aux prises avec des accusations de laxisme dans l’évaluation d’un insecticide, le sulfoxaflor (voir encadré). Ce 23 octobre, ce sont 54 députés de la majorité présidentielle qui proclament dans le Monde leur souhait de voir le glyphosate interdit. «Voter contre pour notre planète: ces substances n’affectent pas uniquement les mauvaises herbes contre lesquelles on les utilise. (…) Que voulons-nous vraiment? Continuer dans un système totalement dépendant des produits chimiques et qui arrive à bout de souffle, (…) ou alors inventer une agriculture d’excellence, qui combine qualité nutritionnelle, respect de l’environnement et santé publique?»

3 ans vs 5-7 ans

Sauf coup de théâtre, la France votera contre le renouvellement de 10 ans que proposera la Commission. Mais qui l’emportera? Stéphane Travert, qui plaide pour maintenir pendant encore 5 à 7 ans l’herbicide classé cancérigène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) -une agence de l’Organisation mondiale de la santé? Ou Nicolas Hulot qui considère que «l'idée qu'on soit en dessous de 5 ans [lui] paraît plus cohérent pour tout le monde»? Fin septembre, les deux ministres avaient déjà fait entendre leurs divergences, dont Edouard Philippe s’était sorti en leur commandant un rapport d’ici la fin de l’année sur les conditions d’un plan de sortie du glyphosate, «compte tenu de l’état de la recherche et des alternatives disponibles pour les agriculteurs».

5 raisons de l’interdire

Au cas où les arguments lui manqueraient pour interdire le glyphosate, 34 ONG ont publié une lettre ouverte en 5 points à destination d’Emmanuel Macron. Elles y exposent les raisons, sanitaires, environnementales et agronomiques, mais aussi de crédibilité et d’éthique, qui doivent conduire à interdire maintenant ce produit. Elles rappellent que les Etats généraux de l’alimentation en cours pourraient constituer «une opportunité pour décider de l’accompagnement [aux alternatives], ainsi que de la mise en place d’outils permettant aux acteurs économiques de l’agro-alimentaire et de l’agrofourniture de s’adapter à la sortie du glyphosate et plus largement des pesticides de synthèse».

 

Marche arrière toute. Alors qu’elle avait donné son feu vert en 2015, l’Anses est priée de revoir sa copie sur le sulfoxaflor, cet insecticide accusé d’être un néonicotinoïde par plusieurs associations environnementales et d’apiculteurs. Son fabricant aurait fait parvenir des «données complémentaires relatives aux risques» que l’agence française est invitée à prendre en considération pour éventuellement revoir les deux autorisations de mise sur le marché déjà délivrées. Un «euphémisme» dénonce l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), qui s’interroge: «Sans ces données, comment l’Anses a-t-elle pu raisonnablement se prononcer sur les impacts abeilles de ces produits? (…) Les bras nous en tombent.» La bataille porte également sur la nature de la substance active. L’Unaf estime que le terme ‘néonicotinoïde’ ne fait pas référence à un groupe chimique de produits ayant le même mode d’action (action sur les récepteurs du neurotransmetteur de l’acéthylcholine), mais bien au caractère systémique du produit. «D’ailleurs, les autres néonicotinoïdes appartiennent eux aussi à des familles chimiques distinctes», fait valoir l’Unaf. L’Anses a trois mois pour se prononcer.


[1] Comité permanent des animaux, des végétaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux, dans lequel siègent des représentants des Etats membres.

 



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