Glyphosate: le risque cancéreux conforté par une nouvelle étude

Le 14 février 2019 par Romain Loury
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Le glyphosate, herbicide le plus vendu au monde
Le glyphosate, herbicide le plus vendu au monde
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Publiée dimanche 10 février dans la revue Mutation Research, une étude américaine enfonce le clou: oui, le glyphosate est bien lié à un risque accru de lymphome non hodgkinien. De quoi compliquer la tâche de Bayer et Monsanto, confrontés à plus de 9.000 plaintes aux Etats-Unis.

La controverse sur le glyphosate a surgi en mars 2015, avec la publication par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ, affilié à l’Organisation mondiale de la santé, OMS) d’une nouvelle monographie sur cet herbicide, le plus vendu au monde. Les experts y percevaient un risque accru de lymphome non hodgkinien, un cancer des cellules sanguines, chez les personnes exposées.

Cancérogène probable depuis mars 2015

Suite à cet avis, qui a conduit le Circ à classer le glyphosate dans sa catégorie 2A (‘cancérogène probable’), plusieurs autres agences ont émis des avis inverses, concluant à l’absence d’effet cancérigène du produit. Parmi elles, l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa)[i], mais aussi l’OMS et l’agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA).

La polémique s’est ensuite étendue à la sphère politique, lorsqu’il s’est agi pour l’UE de renouveler l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du produit. Après de nombreux rebondissements, la Commission européenne est enfin parvenue à un consensus, peu satisfaisant pour les adversaires des pesticides, en promulguant en novembre 2017 un renouvellement de cinq ans.

La controverse est toutefois loin d’être close. Dimanche 10 février, elle s’est enrichie d’un nouvel élément, avec la publication par Luoping Zhang, spécialiste de santé-environnement à l’université de Californie à Berkeley, et ses collègues d’une nouvelle étude confirmant un lien entre l’exposition au glyphosate et le risque de lymphome non hodgkinien.

Les résultats les plus récents analysés

Dans leur méta-analyse, les chercheurs ont regroupé les résultats les plus récents (2018) de la grande étude américaine AHS (Agricultural Health Study) portant sur 54.251 applicateurs de pesticides recrutés entre 1993 et 1997 (dont 575 ont développé un lymphome non hodgkinien), ainsi que 6 autres études (1 dite «de cohorte», 5 de type «cas-témoin»).

Contrairement aux précédentes analyses, les chercheurs ont restreint leurs calculs aux personnes les plus exposées au glyphosate, comparées à celles qui ne l’étaient pas. En n’analysant que les expositions élevées, leur étude permet ainsi d’atténuer les biais de confusion, par exemple ceux liés à l’exposition à d’autres pesticides, expliquent-ils.

Un risque accru de 41%

Résultat: l’exposition au glyphosate est bien liée à un risque accru de lymphome non hodgkinien, de 41% par rapport aux personnes non exposées (contre +30% dans l’étude du Circ). Les résultats demeurent globalement inchangés lors des différentes ‘analyses de sensibilité’, consistant par exemple à reprendre l’analyse avec les résultats 2005 de l’AHS, ou en soustrayant de la méta-analyse l’une ou l’autre des diverses études.

Les chercheurs, qui font état de plusieurs études menées chez l’animal allant dans le même sens, ne parviennent pas à trancher quant aux mécanismes en cause. Parmi les effets potentiels du glyphosate qui pourraient sous-tendre ce lien, ils évoquent une immunosuppression (affaiblissement du système immunitaire), un effet perturbateur endocrinien, un effet mutagène ou encore une augmentation du stress oxydatif.

Plus de 9.000 plaintes déposées aux Etats-Unis

Pour Monsanto, désormais la propriété de Bayer, l’affaire tombe au plus mal: après un premier procès perdu, en août 2018, contre l’agriculteur américain Dewayne Johnson, plus de 9.000 plaintes similaires ont été déposées aux Etats-Unis, le prochain procès devant débuter le 25 février. Face à l’ampleur des dégâts financiers, les deux entreprises pourraient être forcées de trouver un accord avec l’ensemble des plaignants.

L’affaire pourrait aussi relancer la guerre entre les diverses autorités sanitaires, en particulier vis-à-vis de l’EPA. Plusieurs des auteurs de la méta-analyse y ont en effet participé, en 2016, à l’étude sur le glyphosate, et ne se sont pas gardés de critiquer les conclusions de l’agence, accusée de ne pas avoir suivi ses propres règles d’évaluation scientifique.

Après avoir promis la fin du glyphosate d’ici trois ans (2021), tout en se refusant à l’interdire par la loi, Emmanuel Macron a subtilement changé de ton au cours du grand débat. Fin janvier, il reconnaissait que la France ne parviendrait pas à se passer «à 100%» de l’herbicide à cette échéance. Lundi 11 février, le président a annoncé, lors d’une rencontre avec les syndicats agricoles, un engagement sur une sortie du glyphosate pour 85% des usages, tout en continuant à travailler sur les 15% restants (agriculture de conservation, fruits et légumes en plein champ, vignobles en pente). Une annonce saluée par la présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), Christiane Lambert, qui a loué son «pragmatisme».


[i] L’avis de l’Efsa, qui a servi de base au renouvellement de l’autorisation du produit dans l’UE, a fait l’objet de sévères controverses. Notamment le fait qu’il contenait de nombreux passages directement copiés, sans correction, sur le dossier de demande d’autorisation soumis par Monsanto.

 



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