Glyphosate: le parquet sur la piste du miel contaminé

Le 05 juillet 2018 par Marine Jobert
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Du glyphosate dans le miel.
Du glyphosate dans le miel.
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C’est la première fois que la justice s’intéresse à la présence de glyphosate dans du miel. Cette enquête préliminaire intervient alors que le ministère de l’agriculture a admis du bout des lèvres les surmortalités hivernales et refuse d’envisager toute indemnisation.

 

C’est une première judiciaire, mais le lot commun de l’apiculture au temps des pesticides de synthèse. Le parquet de Lyon a ouvert, ce 4 juillet, une enquête préliminaire pour «administration de substances nuisibles» suite à la découverte de glyphosate dans du miel en février dernier. Un mouvement du parquet lyonnais -en lien avec le pôle de santé publique du tribunal de grande instance de Marseille sur ce dossier- qui intervient quelques semaines après que le syndicat apicole de l'Aisne a porté plainte contre Bayer, suite à la découverte de l’herbicide dans le miel d'un de leurs membres. Le miel avait été recalé par le groupe Famille Michaud Apiculteurs, le plus gros acteur du miel en France.

Santé animale et humaine

«C'est une bonne chose, pour moi mais aussi pour tous les autres apiculteurs qui vivent de ça. Il faut faire quelque chose, beaucoup de ruches meurent», a réagi auprès de l'AFP l'apiculteur en question, Sylvère Obry, ancien ouvrier agricole. «Je suis ravi qu'on prenne cette affaire très au sérieux et qu'on s'attaque au problème du miel en France. Cela concerne certes la santé des abeilles, mais aussi celle des hommes. A ma connaissance, c'est une première», a réagi auprès de l'AFP l'avocat du syndicat apicole, Emmanuel Ludot.

12% des lots avec glyphosate

Des tests sont régulièrement réalisés par Famille Michaud Apiculteurs, qui admettait début juin que des «substances exogènes dont le glyphosate» étaient régulièrement détectées dans le miel. Sur la dernière récolte, 12% des lots fournis au groupe, en France, présentait du glyphosate au-dessus du seuil de 10 parties par milliard (ppb) et 7 apiculteurs avaient dû reprendre leurs livraisons. Ceux qui ont donné lieu à la plainte présentaient une contamination à hauteur de 16 ppb. Soit un niveau inférieur au seuil maximal de 50 ppb autorisé par la réglementation européenne.

Le miel, aliment contaminé

Chargée de surveiller la présence de résidus de pesticides dans les aliments, l’autorité européenne de sécurité des aliments détecte chaque année des pesticides dans les miels européens, dont du dimoxystrobine, de l’azoxystrobine, du boscalid, du lambda-cyhalothrine. Ainsi que le désormais célèbre thiaclopride, dont le profil de toxicité est le plus problématique parmi les néonicotinoïdes, selon une estimation récente de l’Anses[1], et qui n’était pas concerné par le moratoire européen de 2013.

Dans un communiqué daté du 26 juin -aujourd’hui introuvable- le ministère de l’agriculture reconnaît du bout des lèvres la surmortalité hivernale des colonies françaises: «Tout ou partie des régions Bretagne, Nouvelle-Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Bourgogne-Franche-Comté connaîtraient effectivement une augmentation des mortalités hivernales en 2017/2018 par rapport aux hivers précédents, cette augmentation semblant particulièrement importante en Bretagne et Nouvelle-Aquitaine». Hormis le lancement d’une enquête pilotée par l’Anses dans le cadre de la plateforme nationale d'épidémio-surveillance en santé animale, aucun chiffre n’accompagne ce constat inquiétant. Et aucune indemnisation des apiculteurs n’est au programme, alors que «les exploitations vont disparaître faute d'un engagement concret et conséquent des pouvoirs publics», dénoncent plusieurs organisations apicoles. «L’absence de réponse actuelle de votre part s’apparente à du mépris vis-à-vis des apicultrices et apiculteurs», viennent-elles d’écrire à Stéphane Travert.


[1] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 



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