Glyphosate: le «oui, mais» du Parlement européen

Le 13 avril 2016 par Romain Loury
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La résolution a perdu de son mordant
La résolution a perdu de son mordant

En matière de glyphosate, le Parlement européen louvoie: dans une résolution adoptée mercredi 13 avril en session plénière, moins offensive qu’une précédente version, il propose d’autoriser à nouveau l’herbicide, pour une durée de 7 ans au lieu de 15, et avec plusieurs restrictions d’usage.

Après le report d’un vote début mars, les experts du comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux (CP PAFF) doivent se prononcer en mai sur le renouvellement d’autorisation du glyphosate, suspecté (pas par tous) d’être cancérigène et perturbateur endocrinien. Le produit est l’objet de toutes les attentions: outre la controverse scientifique, de nombreuses voix s’élèvent pour demander la publication des études menées par l’industrie, couvertes par le secret industriel.

De nature non contraignante, la résolution adoptée mercredi en session plénière du Parlement européen pourrait peser lourd dans la balance. Or la version adoptée diffère largement de celle votée par la commission Environnement du Parlement, en mars, qui appelait au non-renouvellement pur et simple de l’autorisation.

Un vote partagé

Selon le texte adopté mercredi par 374 voix pour, 225 contre et 102 abstentions, la Commission européenne devrait certes réautoriser le produit, mais pour une durée de 7 ans au lieu de 15, selon un amendement soumis par le groupe parti populaire européen (PPE). Raison pour laquelle le groupe des Verts s’est abstenu.

«Nous sommes clairement déçus par ce vote, même s’il n’est que symbolique puisqu’il reviendra à un comité d’experts de trancher en dernier ressort et dans l’opacité à la mi-mai, a déclaré l’eurodéputée française Michèle Rivasi sur son site internet. Nous n’en resterons pas là. Nous poursuivrons notre campagne d’information pour que la voix des citoyens ne soit pas bafouée mi-mai derrière des portes closes.»

Dans un document interne au groupe Verts, celui-ci se félicite toutefois de plusieurs restrictions, qui selon lui «équivalent presque à un non-renouvellement»: interdiction des usages non professionnels, dans ou à proximité des jardins publics et des terrains de jeux. Et, pour l’agriculture, interdiction lorsque d’autres initiatives de management intégré existent, ou en usage pré-récolte –le ‘green burndown’, afin de tuer la plante pour accélérer sa maturation et faciliter la moisson.

Lever le secret industriel

Parmi les points conservés de la précédente version, la résolution appelle la Commission européenne à diligenter une évaluation indépendante -donc pas par l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa)-, aussi bien sur le potentiel cancérogène que sur celui de perturbateur endocrinien. Elle demande aussi à l’Efsa et la Commission de publier l’ensemble des données, dont celles d’origine industrielle.

Début avril, son commissaire à la santé, Vytenis Andriukaitis, a adressé un courrier au Glyphosate Task Force (GTF), regroupant les fabricants du pesticide, leur demandant de publier les données de 14 études. Le GTF a fait mine de s’y plier, proposant la mise en place d’une salle de lecture, peu propice à l’analyse statistique des données par des experts indépendants.

Avant même que le sort du glyphosate ne soit scellé, la France, opposée au renouvellement d’autorisation, est en passe d’interdire ceux qui contiennent de la tallowamine, selon une lettre récemment adressée aux fabricants par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).



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