Glyphosate: le contre-pied de l’OMS

Le 17 mai 2016 par Romain Loury
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L'OMS dans le même camp que l'Efsa
L'OMS dans le même camp que l'Efsa

A deux jours d’un vote crucial à Bruxelles sur la réautorisation du glyphosate, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) affirment que l’herbicide n’est probablement pas cancérogène pour l’homme. Un jugement à rebours de celui de mars 2015 du Centre international de recherche sur le cancer (Circ), pourtant placé sous l’égide de l’OMS.

En mars 2015, le Circ avait jugé ce produit «probablement cancérogène pour l’homme» en ce qui concerne le lymphome non hodgkinien, le classant ainsi dans son groupe 2A sur la base d’études menées chez l’animal et l’homme. Huit mois plus tard, l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) concluait l’inverse: le glyphosate n’est probablement pas cancérogène pour l’homme.

Très médiatique, la polémique s’est avivée à l’approche du renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du glyphosate dans l’UE, l’actuelle AMM arrivant à échéance fin juin. Après avoir reporté un premier vote, début mars, les experts du CP PAFF (Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux) de la Commission européenne vont statuer lors de leur prochaine réunion, qui se tient mercredi 18 et jeudi 19 mai à Bruxelles.

Un risque «improbable»

Etrange coïncidence, c’est à deux jours de cette réunion que le groupe d’experts commun de la FAO et de l’OMS sur les résidus de pesticides, le JMPR, a décidé de publier sa propre évaluation sur le sujet. Fruit d’une réunion qui s’est tenu du 9 au 13 mai à Genève, le document indique qu’il est «improbable que le glyphosate pose un risque carcinogénique à l’homme par une exposition alimentaire».

Pour le JMPR, «le glyphosate n’est pas carcinogénique chez le rat, mais on ne peut exclure la possibilité qu’il le soit chez la souris à des doses très élevées. Au vu de l’absence de potentiel carcinogénique chez les rongeurs à des doses pertinentes chez l’homme, en l’absence de génotoxicité par la voie orale chez les mammifères, et en tenant compte des éléments épidémiologiques chez l’homme lors d’exposition au travail, il est improbable que le glyphosate présente un risque carcinogénique chez l’homme par l’exposition alimentaire».

Mêmes conclusions pour deux autres produits, les insecticides malathion et diazinon, que le Circ avait classé, aussi en mars 2015, dans son groupe 2A. De plus, aucun des trois produits ne présente de potentiel génotoxique, à l’origine d’altérations du génome pouvant entraîner des cancers, estime le JMPR, contrairement à ce qu’avait aussi jugé le Circ.

Pas de contradiction, assure le JMPR

Comment expliquer une telle différence d’appréciation? Pour le JMPR, il n’y a pas de contradiction entre les deux avis: «le Circ évalue les études publiées afin d’identifier un ‘danger’ potentiel, mais n’estime pas le ‘risque’ d’une population, celui associé à l’exposition à ce danger. A l’inverse, le JMPR évalue aussi bien les études publiées que non publiées pour estimer le niveau de risque sanitaire pour le consommateur, par une exposition aux résidus de pesticides présents dans l’alimentation», explique l’OMS sur son site.

L’objectif n’est donc pas le même: d’une part il s’agit de caractériser un danger (pour le Circ), d’autre part un risque (pour le JMPR). Autre différence, le JMPR a recours aux études non publiées, donc celles couvertes par le secret industriel, que le Circ laisse de côté. L’Efsa prend aussi en compte ces données, dont la non-publication auprès du public lui vaut, ainsi qu’à l’industrie, la critique des associations.

Des conflits d’intérêt?

Pour Greenpeace, ce ne sont pas les seules raisons des divergences: l’association fait état de deux experts ayant des conflits d’intérêt, parmi les 18 qui se sont réunis la semaine dernière à Genève. Il s’agit du Britannique Alan Boobis, actuel vice-président de l’International Life Sciences Institute (ILSI Europe), association de lobbying agroalimentaire dont il a été le président, et de l’Italien Angelo Moretto, membre du conseil d’administration de l’Health and Environmental Sciences Institute (HESI), sous l’égide de l’ILSI.

Ce n’est pas la première fois que l’OMS contredit un avis publié par le Circ, sa branche cancer: fin 2014, elle avait déjà pris le contre-pied de l’avis du Circ sur les ondes électromagnétiques, classées en cancérogènes potentiels pour l’homme (groupe 2B) en mai 2011. Là aussi, les associations avaient évoqué des conflits d’intérêt parmi les experts mandatés par l’OMS.

Mise en garde associative

Jeudi 12 mai, 39 associations européennes ont envoyé une lettre ouverte aux membres du CP PAFF et aux ministres concernés de l’UE (agriculture, environnement, santé et alimentation) les mettant en garde contre une réautorisation du produit, tout en leur rappelant les diverses failles méthodologiques recensées dans le rapport de l’Efsa –à l’origine de plaintes judiciaires en Allemagne en Autriche, bientôt en France.

«Le renouvellement d’autorisation du glyphosate aura des effets nocifs pour la santé humaine et la santé animale. De plus, les victimes de l’exposition à ce produit, et leurs proches, chercheront un dédommagement à ces dégâts sanitaires prévisibles», indiquent les associations. Aux Etats-Unis, de telles plaintes s’accumulent contre Monsanto, principal fabricant du produit, déposées par des agriculteurs atteints de lymphome non hodgkinien.

Face à un nouveau risque de blocage au sein du CP PAFF, la Commission européenne a revu la durée d’autorisation à la baisse, passant de 15 ans à 10 ans. Elle aurait été raccourcie à neuf ans, avancent les associations.

 



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