Glyphosate: l’Efsa visée par une plainte associative

Le 03 mars 2016 par Romain Loury
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Un renouvellement "probable"
Un renouvellement "probable"
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Six associations européennes, dont Pesticide Action Network (PAN) Europe et Générations futures, ont déposé une plainte mercredi 2 mars devant la justice allemande contre Monsanto, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR). En cause, une évaluation jugée trompeuse du potentiel cancérigène du glyphosate.

Le 7 mars, un comité permanent de la Commission européenne, le CP PAFF[i], doit se pencher sur le renouvellement d’autorisation, pour une durée de 15 ans, de l’herbicide le plus vendu au monde, le glyphosate, notamment commercialisé par Monsanto sous le nom de Round Up. Cristallisant l’opposition aux pesticides, ce produit essuie depuis plusieurs mois un véritable tir de barrage.

Fin février, trois associations françaises, Foodwatch, la Ligue contre le cancer et Générations futures, ont lancé une pétition pour son non-renouvellement; jeudi 3 mars en milieu d’après-midi, elle avait été signée par près de 87.000 personnes. Or une autre bataille se profile sur le front judiciaire, avec une plainte déposée mercredi par 6 associations[ii] auprès du procureur de Berlin –l’Allemagne est l’Etat membre rapporteur du dossier glyphosate.

Au cœur de cette plainte, l’évaluation du BfR sur le glyphosate, dont les conclusions servent de base à l’avis remis par l’Efsa à la Commission -un avis sur lequel Bruxelles s’appuiera pour rendre son prochain verdict sur le glyphosate. Pour le BfR comme pour l’Efsa, il est «improbable» que le glyphosate présente un risque cancérigène.

Or en mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a rendu un avis radicalement opposé, qui l’a même conduit à classifier le glyphosate comme ‘cancérogène probable’ pour l’homme (groupe 2A). Depuis, ce n’est plus la grande entente entre les deux organismes: sur fond de petites vexations, ils ont même annulé une réunion commune de travail prévue en février.

Des failles dans l’évaluation

Le Circ et l’Efsa défendent chacun leur méthode de travail. Mais elles diffèrent: par exemple, l’Efsa n’a analysé que la substance active, tandis que le Circ se penche aussi sur les préparations commerciales -réservées aux Etats membres dans la législation européenne. Et le Circ écarte les études non publiques, par exemple celles qui sont marquées du secret industriel, alors que l’Efsa en tient compte.

Pour les associations à l’origine de la plainte berlinoise, la différence ne s’arrête pas là: elles pointent plusieurs failles dans l’évaluation du BfR et de l’Efsa, notamment dans l’analyse de 5 études industrielles menées chez la souris.

Dans un premier temps, le BfR avait jugé qu’une seule de ces études avait montré un risque surélevé de cancer chez des animaux exposés au glyphosate, avec une méthode statistique appelée ‘pairwise testing’.

Il a revu sa copie après l’avis du Circ, en mars 2015, utilisant une nouvelle méthode (le ‘trend test’), que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) recommande en premier lieu depuis 2012. Surprise, un risque cancérigène était désormais observé dans chacune des études.

Des contrôles historiques biaisés

Cela n’a pas refroidi le BfR, puis l’Efsa, qui ont aussitôt rejeté l’hypothèse d’un risque. Entre autres arguments avancés, le fait que les animaux-contrôles, donc non traités, présentent naturellement un taux élevé de cancer. Pour affirmer cela, ils ont recouru à des ‘contrôles historiques’, qui ne sont pas issus du test lui-même, mais de précédentes études.

Or si l’OCDE permet de recourir à ce genre de contrôles externes, il fournit un cadre très clair, duquel le BfR et le Circ se seraient un peu trop affranchis: les données qu’ils ont utilisées n’étaient pas toujours issues de la même lignée de souris, provenaient d’autres laboratoires et remontaient souvent à plus de 5 ans avant le test.

En l’attente du verdict de la justice allemande, les associations demandent aux Etats membres de l’UE de rejeter le renouvellement d’autorisation du glyphosate, au motif que l’évaluation présente des failles «inacceptables, illégales et dangereuses», juge Angeliki Lysimachou, de Pesticide Action Network Europe.

Ce mercredi 2 mars n’a pas été une très belle journée pour l’Efsa: dans une lettre ouverte au Parlement européen, 7 associations[iii] dénoncent une nouvelle entorse à l’indépendance de l’organisme, avec l’arrivée au 1er mai de Barbara Gallani au poste de directrice de la communication. Or celle-ci est actuellement directrice scientifique de la Food and Drink Federation, syndicat britannique de l’industrie agro-alimentaire.

Fin février, Bruxelles s’est fait tirer les oreilles par la médiatrice européenne, Emily O’Reilly, saisie par PAN Europe au sujet de la gestion européenne des autorisations de mise sur le marché des pesticides.



[i] Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux.

[ii] Global 2000, PAN Europe, PAN UK, Générations futures, Nature et Progrès Belgique et wemove.fr

[iii] Corporate Europe Observatory, Fondation Sciences citoyennes, GMWatch, Groupe international d’études transdisciplinaires (GIET), Health & Environment Alliance (HEAL), PAN Europe et Testbiotech

 



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