Glyphosate: après le cancer, l’antibiorésistance

Le 26 mars 2015 par Romain Loury
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Un problème aggravé par certains pesticides
Un problème aggravé par certains pesticides
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Déjà accusés de divers maux, certains herbicides chimiques, dont le glyphosate, pourraient favoriser la résistance de bactéries, dont des pathogènes alimentaires, aux antibiotiques, révèle une étude néo-zélandaise publiée dans la revue mBio.

Le phénomène avait déjà été observé avec l’acide salicylique [1]: en sa présence, les bactéries s’avéraient plus résistantes à certains antibiotiques, au risque de favoriser l’apparition de résistances. Ce qui a donné l’idée à l’équipe de Jack Heinemann, de l’université de Canterbury de Christchurch, de s’intéresser aux herbicides, dont certains présentent des similitudes chimiques avec l’acide salicylique.

Les chercheurs ont testé deux bactéries, l’Escherichia coli et la salmonelle Typhimurium, dont ils évalué la réponse à cinq antibiotiques, en présence ou non de trois herbicides très courants: le dicamba, le 2,4-D et le glyphosate. Plus connu sous son nom de marque Round Up, celui-ci, déjà suspecté d’être un perturbateur endocrinien, vient d’être classé cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ).

Autant dire qu’il se passerait bien d’une autre mauvaise nouvelle. Et pourtant… les résultats de l’étude révèlent que chacun de ces herbicides a un effet marqué sur l’efficacité des antibiotiques, modifiant dans un sens ou dans l’autre leur concentration minimale d’inhibition (MIC). Dans les deux cas, il existe un risque d’engendrer de l’antibiorésistance, selon la concentration de l’antibiotique.

Faible risque alimentaire

Dans un environnement souillé de résidus d’antibiotiques, donc à des niveaux sous-létaux pour la bactérie, les produits «qui abaissent le MIC font de l’antibiotique un facteur de sélection plus fort qu’il n’aurait été à de faibles concentrations. En présence de ces herbicides, une concentration donnée d’un antibiotique peut donc s’avérer assez élevée pour permettre l’émergence de résistances», expliquent les chercheurs.

Selon eux, un tel risque concerne avant tout l’épandage dans les champs: les concentrations d’herbicides qui modifient le MIC dans leurs expériences sont de l’ordre de celles retrouvées dans un tel environnement. Le risque est moindre pour l’alimentation, certes contaminée par des herbicides, mais à des concentrations qui semblent insuffisantes pour modifier la sensibilité de la flore intestinale aux antibiotiques. Toutefois, les chercheurs n’excluent pas un effet additif des diverses substances ingérées.

Menace croissante pour la santé humaine, l’antibiorésistance découle avant tout d’un mésusage et d’un abus des antibiotiques, mais aussi de bien d’autres facteurs, confirme cette étude. D’autres substances avaient déjà été impliquées dans ce phénomène de sensibilisation aux antibiotiques, dont plusieurs produits utilisés en abattoir pour décontaminer la viande.

[1] Notamment trouvé dans le saule, l’acide salicylique est un précurseur de l’acide acétylsalicylique, principe actif de l’aspirine.



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