Glyphosate: agriculteurs et industriels ont les mains libres pour 3 ans

Le 29 mai 2018 par Marine Jobert
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L'herbicide est classé cancérogène probable par l'OMS.
L'herbicide est classé cancérogène probable par l'OMS.
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Le gouvernement a préféré confier au secteur agricole et à l’agrochimie le soin d’organiser, dans les 3 ans, la sortie du glyphosate, plutôt que de l’imposer par la loi.

Stéphane Travert a un regret: que les médias n’aient –soi-disant- retenu que les amendements sur les ‘chocolatines’[1] et sur le glyphosate. «C’est dommage», entame le ministre de l’agriculture alors que l’horloge marque déjà une heure du matin, en ce 7ème jour de débats sur le texte «pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable». «Nous y voilà», poursuit-il, conscient tout de même de l’enjeu autour de l’adoption d’une loi interdisant l’herbicide au plus tard dans 3 ans. Ses dernières déclarations, à rebours de l’engagement d’Emmanuel Macron de sortir la France du glyphosate «dès que les alternatives seront trouvées et au plus tard dans 3 ans», laissent toutefois peu de place au doute.

Abasourdies, écœurées, sans illusion? Les réactions des ONG environnementales n’ont pas été très nombreuses. «Il est scandaleux qu'un produit cancérigène autant utilisé puisse être laissé sur le marché (…) Alors que les alternatives au glyphosate sont légion, il n'en existe aucune à la vie», a dénoncé Audrey Pulvar, la présidente de la fondation FNH. «Quand allons-nous comprendre que la survie de l’espèce humaine est conditionnée à l’existence de toutes les autres espèces, animales comme végétales?», s’interroge Michaël Weber, le président de la fédération des Parcs naturels régionaux de France.

Partenariat avec l’agrochimie

A l’inscription dans une loi, le gouvernement préfère désormais le «partenariat» avec les industriels et la profession agricole. Car cela reviendrait à «faire peser sur les seuls agriculteurs le surcoût engendré par l’interdiction (…) Cela affaiblirait la dynamique recherchée par le gouvernement, fondée sur la responsabilisation de tous les acteurs.» Que faire, alors, dans les 3 années qui viennent? «Nous devons recenser toutes les alternatives et les solutions d’impasse» -déjà largement labourées par l’Inra dans son rapport sur les alternatives au glyphosate-, «mobiliser les instituts techniques et que les filières prennent des engagements et [que ceux-ci] soient tenus». Le ministre annonce la création d’une commission de suivi ad hoc.

 3 ans de perdus

«Un comité Théodule, raille l'Insoumis Loïc Prud'homme, qui n’a vocation qu’à nous faire avaler des couleuvres et patienter au-delà de ces 3 ans. Vous déplorez que les médias ne s’intéressent qu’à ce sujet? Mais c’est parce qu’il est emblématique des renoncements de ce gouvernement concernant le modèle agricole.» Le comité de suivi et, plus encore, l’engagement de la filière agricole, peuvent-ils permettre d’atteindre l’objectif affiché? «Certaines filières vont passer les 3 ans [qui viennent] à démontrer pourquoi ça n’est pas possible», estime Barbara Pompili, la présidente LREM de la Commission du développement durable, qui rappelle que la présidente de la FNSEA a qualifié «d’impossible» cette sortie en 3 ans. «Alors que quand c’est clair dans la loi, on peut se mettre en ordre de bataille pour trouver des solutions avec agriculteurs, les chercheurs et les industriels. Là, on n’arrivera pas à tenir la promesse du président de la République.» Richard Ferrand ferme le ban: «il faut une sortie partagée, consentie et que nous comptions sur les acteurs [du secteur] pour bâtir une bonne solution de sortie». Sinon? Sinon, menace le chef des députés de la majorité, «viendra le moment où on aura recours à la loi pour les placer sous la contrainte.»

 

Les autres amendements. Adoptés: pulvérisation par drones limitée aux fortes pentes (+30%) et pour les produits autorisés en bio ou certifiés HVE3; élargissement de la définition des néonicotinoïdes; réautorisation de la vente de semences anciennes aux jardiniers amateurs. Rejetés: la création d’un fonds d’indemnisation des victimes des pesticides, le suivi sanitaire des familles d’agriculteurs, l’accès aux données de vente pour le public de pesticides.


[1] L’autre nom du pain en chocolat, terme usité dans le sud-ouest. L’amendement en question proposait que le code rural et de la pêche intègre l'objectif de «valoriser l'usage courant d'appellation due à la notoriété publique du produit et de ses qualités reconnues au travers d'une appellation populaire».

 



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