Gibier sauvage: l’Anses met en garde contre le risque plomb

Le 28 mars 2018 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Pas plus de trois fois par an
Pas plus de trois fois par an

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) recommande de limiter la consommation de grand gibier sauvage à une «fréquence occasionnelle, de l’ordre de trois fois par an», en raison d’un risque de contamination au plomb, dans un avis publié vendredi 23 mars.

 

Quel est le risque de contamination aux métaux lourds et aux PCB chez les consommateurs de gibier sauvage? Qu’ils soient grands ou petits, ces animaux sauvages peuvent être contaminés par le seul fait de fréquenter des zones exposées à des activités industrielles. Ou bien, pour le plomb, par les munitions, que ce soit celles qui les ont tuées ou celles qui jonchent le sol des zones de chasse.

Des millions de consommateurs potentiels

Terra quasi incognita, la question de l’exposition humaine via la consommation de gibier a fait l’objet en mai 2015 d’une saisine de l’Anses par la direction générale de l’alimentation (DGAl) et la direction générale de la santé (DGS). L’enjeu sanitaire est loin d’être mineur: en 2016, la France comptait 1,2 million de chasseurs, amenés à consommer, avec leur entourage, le produit de leur chasse.

Pour cela, l’Anses a analysé les résultats d’analyses menées sur les muscles et le foie de ces animaux, lors de plans de contrôle menés entre 2007 et 2015 par la DGAl. Ces résultats s’avèrent très incomplets sur certains points: la grande majorité portent sur le grand gibier, tandis que le petit gibier (faisan, caille, perdrix, lapin, lièvre, etc.) y est sous-représenté. Ce qui a amené l’Anses à se concentrer sur les sangliers et les cervidés (cerfs et chevreuils).

Risque élevé pour le plomb

L’analyse révèle un risque particulièrement important pour le plomb, métal lourd qui entraîne des troubles du développement cérébral chez l’enfant, des problèmes rénaux et cardiovasculaires chez l’adulte. Le gibier est en partie contaminé au plomb par l’environnement: selon les calculs de l’Anses, cette source pourrait s’élever jusqu’à 10% de la contamination annuelle chez les plus gros consommateurs.

Mais ce sont surtout les munitions au plomb qui posent problème: l’agence pointe notamment la présence de «microfragments de munition, le plus souvent invisibles à l’œil nu», qui seraient responsables de l’essentiel de la surcontamination au plomb.

Un danger pour les enfants

Et pas qu’un peu: l’agence évoque, chez les enfants qui en consommeraient souvent (deux fois par mois), une contamination s’élevant jusqu’ à 10 fois la BMDL01, dose qui entraîne une baisse d’un point du quotient intellectuel (QI), fixée à 0,63 microgrammes par kilogramme de poids corporel et par jour.

Pour les autres contaminants évalués (cadmium, PCB, dioxines), l’Anses fait part d’«une augmentation conséquente de l'exposition, plus marquée chez les enfants», lors d’un passage d’une consommation occasionnelle (trois fois par an) à régulière (deux fois par mois), mais de moindre ampleur qu’avec le plomb.

A éviter chez les femmes et les enfants

L’agence, qui appelle à mieux documenter l’imprégnation du gibier sauvage (petit ou grand) par les contaminants environnementaux ainsi que les habitudes de consommation, recommande «de limiter la consommation de grand gibier sauvage à une fréquence occasionnelle (de l’ordre de trois fois par an)». Voire de l’éviter chez les femmes en âge de procréer et les enfants, «compte tenu des effets nocifs du plomb observés durant la période de développement fœto-embryonnaire et au cours de l’enfance».

En août 2016, l’Anses avait émis des conseils similaires pour certains poissons d’eau douce fortement bioaccumulateurs (anguille, barbeau, brème, carpe, silure), cette fois-ci pour les PCB: l’agence conseillait d’en limiter la consommation à deux fois par mois dans la population générale, voire une fois tous les deux mois chez les femmes en âge de procréer, enceintes ou allaitantes, chez les enfants de moins de trois ans, les fillettes et les adolescentes.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus