Gestion quantitative de l’eau: remous autour du Marais poitevin

Le 28 mars 2008 par Agnès Ginestet
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Des irrigants de trois départements céréaliers défendent la mise en place de réserves d’eau alimentées en hiver pour compenser les réductions de prélèvements auxquelles ils sont régulièrement soumis. Cette solution est contestée.

Charente-Maritime, Deux-Sèvres et Vendée ont été rappelés à l'ordre par la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE) fin janvier pour non-respect d'une directive sur les eaux destinées à la consommation humaine (1). Ce n'est sans doute pas un hasard si des arrêtés préfectoraux sont pris chaque année pour réduire les prélèvements d'eau dans ces mêmes départements, où il pleut faiblement l'été et où la culture de maïs, très consommatrice d'eau, est fortement développée.

Sur le terrain, la tension monte. Le 5 février, une centaine d'irrigants a ainsi bloqué une réunion de la commission locale de l'eau (CLE) sur le point de valider le projet de schéma d'aménagement et de gestion des eaux (Sage) de la rivière Vendée, l'un des trois Sage liés au Marais poitevin. «Une deuxième réunion avait été prévue pour le 28 février, mais des irrigants ayant dit qu'ils allaient la bloquer aussi, les élus de la CLE l'ont annulée», ajoute François-Marie Pellerin, président de la Coordination pour la défense du Marais poitevin. Selon Laure Theunissen, animatrice du Sage Vendée à l'Institution interdépartementale du bassin de la Sèvre niortaise, «la technique des irrigants est de gagner du temps en ralentissant le rythme de la concertation. Avec les élections municipales, et donc le renouvellement des membres de la CLE, on va perdre un an dans la procédure d'adoption», indique-t-elle.

Le 8 février, c'est devant la Direction départementale de l'agriculture et de la forêt (Ddaf) à Niort (Deux-Sèvres), qu'un groupe d'agriculteurs a protesté contre les conclusions d'une étude d'experts estimant qu'au niveau du Marais poitevin, les prélèvements estivaux liés à l'irrigation ne devaient pas dépasser 30% des volumes consommés actuellement. Philippe Charles, président de l'Association des irrigants des Deux-Sèvres, remet en cause la méthode d'évaluation utilisée et fait part d'imprécisions sur les éléments pris en compte comme la pluviométrie. Il souhaite en échange la construction de davantage de réserves de substitution (bassines), pour stocker l'eau pompée pendant l'hiver et s'en servir pour irriguer l'été. Une solution que l'Etat approuve également. «L'objectif était de trouver un compromis entre économie et écologie», indique ainsi Albert Noireau, chargé de mission  milieux humides-Marais poitevin à la Direction régionale de l'environnement (Diren) Poitou-Charentes, précisant que les projets de bassines doivent avoir le moins d'impacts possible sur l'environnement.

Pour Jacques Maret, agriculteur biologique en Charente-Maritime, «le remplissage des bassines, même en hiver, se fait au détriment du niveau de la nappe phréatique, ce qui ne change donc en rien la quantité pompée dans la ressource». Avec des militants de l'association de protection de l'environnement AIE 17, il affirme avoir obtenu fin 2006 en référé suspension l'arrêt des travaux de 2 bassines car 5 pièces manquaient au dossier d'autorisation, y compris l'étude d'impact sur l'environnement. Il estime que l'Etat a délibérément fermé les yeux sur ce dossier incomplet. «Avant de créer de la ressource, il faut évaluer les alternatives possibles, comme la modification des cultures. Aider les irrigants à désirriguer coûterait moins cher que de construire ces réserves», souligne de son côté François-Marie Pellerin.

Jacques Maret précise qu'une bassine pour irriguer 50 à 70 hectares de maïs coûte environ 1 million d'euros, un investissement qui ne peut être rentable que si les financements publics sont élevés. «C'est cher, mais quel est alors le prix d'un marais avec de l'eau ou celui d'une rivière coulant normalement l'été?», interroge de son côté Albert Noireau.



(1) Voir l'article du JDLE «Nitrates et eaux résiduaires urbaines: la France trop en retard»




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