GES: plus d’émissions avec une alimentation saine?

Le 20 février 2013 par Romain Loury
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Les fruits et les légumes: bons pour la santé, moins bons pour la planète
Les fruits et les légumes: bons pour la santé, moins bons pour la planète

A apport énergétique équivalent, une alimentation bien équilibrée n’est pas pour autant moins émettrice de gaz à effet de serre (GES), selon une étude marseillaise publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition (ACJN).

Alors que l’alimentation mondiale serait responsable, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation (FAO), de 13,7% des émissions de GES (voir le JDLE), plusieurs organismes prônent une alimentation moins polluante, notamment moins chargée en viande rouge. Un conseil louable, mais qui incite au raccourci selon lequel un régime sain serait de facto plus sobre en émissions de GES.

Pas forcément, et peut-être même au contraire, révèle l’étude publiée dans l’ACJN par l’équipe de Nicole Darmon, directrice de recherche dans l’unité «Nutrition, obésité et risque thrombotique» (Inra, Inserm, université d’Aix-Marseille). Un constat qui ressort d’une nouvelle analyse des données de l’étude Inca2, laquelle dresse le tableau des habitudes alimentaires des Français.

A l’aide de trois indicateurs d’alimentation [1], les chercheurs ont réparti les 1.918 personnes étudiées en 4 groupes, selon qu’elles étaient plus ou moins proches des recommandations nutritionnelles. Or, à apport énergétique équivalent, les régimes des personnes mangeant le plus équilibré s'avèrent dégager plus de GES: la différence avec le régime le moins sain est de 9% chez les hommes, de 22% chez les femmes.

Explication: la différence ne réside pas dans la consommation de viande rouge, assez peu différente dans les 4 groupes. Elle serait liée aux produits sucrés et aux snacks salés, fréquents dans les régimes moins équilibrés, et dont les émissions de GES sont moindres que celles des fruits et légumes, explique Nicole Darmon.

La réalité est en fait plus complexe: les fruits et légumes étant moins denses en calories, les personnes au régime sain doivent consommer un plus grand volume de nourriture pour parvenir à un apport énergétique suffisant. Or la compensation n’est pas totale, et ces gens ingèrent moins de calories: au final, une alimentation équilibrée, donc moins énergétique, émet à peu près autant de GES que de mauvais régimes alimentaires. Du moins chez l’homme; chez la femme, l’impact carbone reste supérieur chez celles optant pour un régime sain.

«L’effet de la quantité [de nourriture] est majeur: c’est le premier facteur qui explique pourquoi le régime a plus d’impact qu’un autre» sur les émissions de GES, selon Nicole Darmon. Conséquence: «un gros caddy d’aliments bio et locaux aura plus d’impact qu’un petit sachet d’aliments moins sains», ajoute-t-elle.

Pour autant, les fruits et légumes sont en eux-mêmes peu émetteurs de GES. Comment résoudre l’équation? En augmentant sa consommation de légumes secs (lentilles, pois chiches, etc.) et de fruits oléagineux (noix, amandes, etc.), riches en bons nutriments, denses en énergie et peu émetteurs de GES. Et ce dans l’objectif de parvenir d’ici 2020 à une réduction de 25% des émissions de GES liés à l’alimentation, et de 70% d’ici 2050, fixé par un récent rapport du WWF.

[1] Ces trois indicateurs sont le ratio d’adéquation moyenne (MAR), qui mesure la consommation de plusieurs nutriments sains, et deux indices de faible qualité nutritionnelle, le ratio d’excès moyen (MER) et la densité énergétique.

 



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