GES: les agrocarburants pas rentables avant longtemps

Le 11 mai 2015 par Romain Loury
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Des bénéfices plus qu'incertains
Des bénéfices plus qu'incertains
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En matière de gaz à effet de serre (GES), les agrocarburants n’auront aucun bénéfice avant de nombreuses années ou décennies, voire plusieurs siècles, révèle une étude publiée lundi 11 mai dans la revue Nature Climate Change. De quoi limiter encore plus leur intérêt dans la lutte contre le changement climatique.

Dits de première génération, les biocarburants issus de cultures vivrières (maïs, canne à sucre, colza, etc.) ont longtemps été perçus comme une alternative verte aux énergies fossiles. Or s’ils sont a priori moins émetteurs de GES, leur effet peut en réalité être contreproductif. Notamment lorsque les exploitants doivent pour cela détruire des forêts et des prairies tropicales, riches en carbone stocké aussi bien dans la végétation que dans le sol. Autre hic, l’agriculture entraîne par elle-même d’importantes émissions de GES.

Dans une première étude à évaluer le bilan carbone de ces biocarburants au niveau mondial, des chercheurs de l’université Radboud de Nimègue (Pays-Bas) et de l’Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués (IIASA) à Laxenburg (Autriche) ont comparé les pertes de carbone stocké par le milieu avant son exploitation, les émissions agricoles, ainsi que les gains engendrés par le remplacement d’énergies fossiles par les biocarburants.

Pour cela, ils ont calculé la période de compensation des gaz à effet de serre (GPBT en anglais, pour Greenhouse-gas Payback Time), délai au-delà duquel la production d’agrocarburants devient enfin rentable en termes d’émissions mondiales de GES, c’est-à-dire lorsque les économies d’énergies fossiles l’emportent enfin sur l’exploitation agricole. Bien que très variables, les résultats sont assez peu encourageants.

Les tristes tropiques des biocarburants

Selon le lieu, le type et le mode de culture, il faudrait entre 1 et 162 ans pour que ces biocarburants deviennent intéressants. C’est dans les régions tropicales que la culture est la moins rentable: en médiane, le GPBT s’élève à 51 ans pour les forêts d’Amérique du sud, d’Afrique et d’Asie du sud-est, avec des pointes à 313 ans!

Plus au nord, le GPBT est en médiane de 19 ans pour les forêts de conifères des régions tempérées, de 20 ans pour celles d’arbres aux feuilles caduques, de 10 ans pour les forêts boréales et la taïga, et de 6 ans pour les prairies. Selon les cultures, seuls 1% à 3% des terres livreraient des bénéfices immédiats en matière de gaz à effet de serre, avec un GPBT négatif.

Au niveau mondial, 90,7% des variations sont expliquées par l’implantation géographique des cultures, loin devant le type de culture. Les chercheurs accordent l’avantage au maïs et au blé d’hiver, dont les GPBT sont respectivement de 6 ans et 8 ans en cas de culture intensive. Le soja est en revanche le plus rentable dans une culture moins intensive, avec un GPBT médian de 20 ans, tandis que la canne à sucre, avec ses 60 ans, arrive en queue de classement.

L’intensification, un moindre mal?

Autre élément intéressant, cultiver des végétaux à agrocarburants sur un mode intensif abaisse de 45% à 79% le GPBT. Le résultat n’était pas évident, tant les engrais minéraux et l’irrigation peuvent accroître les émissions agricoles de GES.

Mais au final, le fait d’accroître les rendements, et donc de permettre une meilleure substitution des énergies fossiles, fait plutôt pencher la balance du bon côté, celle d’une réduction du GPBT. Les chercheurs admettent toutefois n’avoir pris en compte que les engrais azotés et l’irrigation dans leurs calculs, ni les autres engrais minéraux (phosphorés, potassiques), ni le labourage.

Cité par un communiqué de l’IIASA, Hugo Valin, auteur d’une autre étude en cours sur le sujet au sein de cet institut, «cet article confirme le fait que les approches classiques, en ignorant la question géographique, ont excessivement simplifié l’évaluation du bilan carbone des biocarburants. Tenir compte de l’ensemble du système agricole, en incluant les changements indirects d’affectation des sols, nous mène à nuancer encore plus l’intérêt environnemental de ces agrocarburants».

Fin avril, les eurodéputés ont adopté un plafonnement des agrocarburants de première génération à 7% de la consommation énergétique finale des transports en 2020. Une première au niveau européen, bien que le chiffre soit moins ambitieux que les 5% initialement proposés par la Commission, voire par le Parlement lui-même (6%). Au grand dam des associations, le changement indirect d’affectation des sols ne sera intégré que de manière marginale.



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