GES: l’Europe veut exporter une partie de ses quotas en Australie

Le 28 août 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'Australie et l'UE vont lier leur marché du carbone
L'Australie et l'UE vont lier leur marché du carbone

L’Union européenne et l’Australie vont lier leurs marchés du carbone. Pour le plus grand bonheur des industriels australiens. Explication.

C’est un vieux rêve d’économiste du carbone qui se concrétise. Ce matin 28 août, la commissaire européenne à l’action climatique et le ministre australien du changement climatique et de l’efficacité énergétique ont annoncé leur intention de «lier» les marchés européen et australien des quotas d’émission de gaz à effet de serre (GES).

Concrètement, les 5.000 industriels européens soumis à la directive Quotas et les 500 compagnies australiennes concernées par le Clean Energy Future Package pourront acheter, dès le 1er juillet 2015, des quotas australiens ou européens pour remplir leurs obligations climatiques respectives.

La mesure peut être considérée comme une bonne nouvelle pour les tenants de ce mécanisme économique. En effet, les grands émetteurs australiens devront, entre 2012 et 2015, acheter des quotas d’émission au prix fixe de 23 dollars australiens (19 euros). Entre le 1er juillet 2015 et 2018, le prix sera libéré, mais le volume de quotas alloué aux entreprises sera réduit d’année en année.

Dans trois ans, les industriels australiens (qui sont à l’origine de 60% des émissions locales de gaz à effet de serre, contrairement aux assujettis européens qui n’émettent que 45% des GES communautaires) auront donc accès aux quotas européens. Ce qui risque de constituer une véritable aubaine, du moins jusqu’en 2018.

En raison des sur-allocations de quotas de ces dernières années et de la récession économique, le prix de la tonne de GES européenne se traine à moins de 8 €. Et il y a fort à craindre qu’il ne progresse pas de sitôt. A supposer que les «parités» n’évoluent guère, le quota européen serait donc deux fois moins cher que son équivalent des antipodes.

Cela étant, une ruée australienne vers l’ETS devrait faire monter les prix du carbone européen. Ce qui pourrait alors inciter les compagnies du Vieux monde à investir dans la décarbonisation plutôt que dans les stocks de quotas. Voilà pour la théorie économique. La pratique pourrait être légèrement moins favorable.

Selon une estimation de la Deutsche Bank, les Australiens (qui recevront moins de quotas qu’ils ne rejettent de GES) pourraient acheter une centaine de millions de quotas européens pour satisfaire leurs besoins, entre 2015 et 2020. Ce qui ne devrait pas faire bondir les prix: les exportations vers l’Australie représentent à peine 10% des surplus de quotas qui seront alloués en Europe d’ici 2020. Raison pour laquelle Bruxelles veut aussi ôter du marché européen plusieurs centaines de millions de quotas; une proposition toujours discutée par les 27 [JDLE].

Qu’à cela ne tienne. L’Australie est prête à des concessions pour s’ouvrir le marché européen. Pour preuve, Canberra accepte de modifier sa législation. Pour se rapprocher des règles de fonctionnement du système communautaire, l’Australie va supprimer le prix plancher de ses quotas pour la période 2015-2018 (15 $ australiens, soit 12 €). Par ailleurs, comme leurs compétiteurs de l’hémisphère nord, les Aussies ne pourront pas utiliser plus de 50% de crédits carbone internationaux (Urce ou Ure) pour se mettre en conformité.

Cette association, si elle se confirme (les conservateurs australiens, en tête dans les sondages, ont juré d’abolir le marché du carbone, ouvert en juillet 2012 par les travaillistes au pouvoir), contribuerait à créer le plus grand marché de quotas d’émission de GES du monde, loin devant les marchés régionaux nord-américains, la RGGI et le WCI. Un tout premier pas vers un prix mondial du carbone?

 

http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=IP/12/916&format=HTML&aged=0&language=EN&guiLanguage=fr

 

 



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