GES et agriculture, une urgence plus pressante

Le 17 mars 2015 par Romain Loury
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Jean-François Soussana
Jean-François Soussana
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Accroître de 70% la production mondiale d’ici 2050, tout en s’adaptant et en luttant contre les émissions de gaz à effet de serre: le défi est serré. Depuis dimanche, 616 participants issus de 75 pays, rassemblés à Montpellier lors de la troisième conférence «Climate-Smart Agriculture», tentent de dégager des pistes d’action, pour la production mais aussi pour l’alimentation. Le point avec Jean-François Soussana, directeur scientifique Environnement à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).

JDLE: Quel est l’état d’esprit actuel de la communauté scientifique face à ce dilemme entre alimentation mondiale et environnement?

Jean-François Soussana: Aujourd’hui, il y a une prise de conscience de l’assez grande urgence de réduire les gaz à effet de serre, de s’adapter au réchauffement climatique. En ce sens, ce congrès «Climate-Smart Agriculture» constitue une plateforme pour développer des solutions, qui doivent être intégrées en pratique. Face au changement en cours, l’agriculture doit apprendre à être plus résiliente, plus efficiente, mais cela suppose aussi que l’on arrive à augmenter la production alimentaire. Il s’agit aussi de parler d’une nutrition plus adaptée pour la population.  Un changement qui n’est pas facile, tant l’alimentation est au cœur des comportements des gens.

JDLE: A ce sujet, plusieurs travaux ont révélé qu’agir uniquement sur l’offre, donc au niveau de la production agricole, n’aurait pas un impact suffisant si l’on n’agit pas aussi sur la demande, c’est-à-dire sur le régime alimentaire. Qu’en est-il selon vous?

Jean-François Soussana: Les études sont pour l’instant très théoriques, elles sont issues de modélisations mathématiques. Une étude menée par l’Inra et le Cirad, DuALIne, a montré que les régimes riches en fruits et légumes, du fait qu’il s’agit de produits frais, qu’ils nécessitent des transports [et qu’ils sont d’une faible densité énergétique, ndlr], n’étaient pas forcément moins émetteurs de gaz à effet de serre que ceux riches en viande. Ceci nous amène à penser qu’on a encore beaucoup d’études à mener sur ce qu’est un régime alimentaire à faible empreinte carbone.

JDLE: Au niveau de la production cette fois-ci, quelles sont les grandes pistes de recherche en vue d’une agriculture moins émettrice de gaz à effet de serre, mais aussi mieux adaptée au changement climatique?

Jean-François Soussana: Dans un premier temps, il y a d’abord des effets d’économie, par exemple des économies d’énergie, un moins recours aux engrais azotés, l’emploi de légumineuses, ainsi que des changements de variété, de date de semis. Il y a aussi l’emploi de biogaz, ou une couverture plus continue du sol. On pourrait aussi modifier les espèces cultivées, en s’orientant vers celles moins gourmandes, ou plus résistantes à la sécheresse. Mais à plus long terme, nous ignorons encore quelle sera l’ampleur de l’adaptation des systèmes au réchauffement climatique, notamment dans un scénario où les émissions resteraient fortes.

JDLE: Des espèces «moins gourmandes», mieux adaptées au réchauffement… Y incluez-vous les OGM?

Jean-François Soussana: Il y a un enjeu très fort sur les ressources génétiques [celles de variétés peu exploitées et à risque d’extinction, dont la FAO a récemment rappelé l’intérêt pour l’avenir de l’agriculture, ndlr]. Des travaux sont en cours afin de voir comment on pourrait introduire certains de leurs caractères dans des espèces déjà cultivées, par exemple en vue d’un enracinement plus profond, ou afin d’obtenir des plantes capables de bloquer la nitrification [production de N2O] dans le sol. De nos jours, avec les connaissances que l’on a, on peut travailler dans ce sens sans avoir recours à des OGM. Il y a déjà pas mal de possibilités sans eux, nous n’avons pas nécessairement besoin des choses les plus exotiques, telles qu’un gène de bactérie, pour y parvenir. Les caractères à modifier sont assez complexes, il est difficile de les résoudre avec l’ajout de modifications aussi simples que l’ajout d’un gène. On prend du recul sur tout cela, la régulation du génome est un phénomène d’une grande complexité.

JDLE: Entre l’offre et la demande, il y a la question du transport des denrées, dans une alimentation de plus en plus mondialisée. En matière de gaz à effet de serre, n’est-ce pas là un angle mort de la «Climate-Smart Agriculture»?

Jean-François Soussana: Prenons l’exemple du soja, importé d’Amérique du sud pour nourrir les élevages européens. S’il présente une forte empreinte carbone, c’est surtout en raison de la déforestation que sa culture entraîne. En soi, le transport par bateau ne constitue pas un obstacle en matière de gaz à effet de serre. Et si le changement climatique venait à exacerber la variabilité du rendement dans nos pays, il faudra bien recourir encore plus au commerce.

[1] Cirad: Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. FAO: Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.



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