GES et agriculture: agir sur l’offre et la demande

Le 17 mars 2015 par Romain Loury
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616 participants (75 pays) regroupés à Montpellier
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Le changement climatique affecte déjà les rendements agricoles. Formulé lors de la 3ème conférence «Climate-Smart Agriculture», qui a débuté dimanche à Montpellier, ce constat appelle à agir évidemment au niveau de la production, mais aussi de l’alimentation. Et ce n’est pas gagné.

«En l’espace de quelques décennies, nous sommes en train de rompre un équilibre qui était en cours depuis des millions d’années», rappelle Hervé Le Treut, directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL). «C’est un défi extrême, énorme, qui nous est posé: nous devons rapidement réduire nos émissions de gaz à effet de serre», ajoute le climatologue.

Car les signes du changement ne cessent de s’accumuler, avec «un impact très rapide», explique Hervé Le Treut. Parmi ces symptômes, un début d’anémie de notre système agricole: le réchauffement «affecte déjà les rendements», observe Mark Howden, climatologue à l’université de Canberra.

Une baisse de 2% par décennie

Depuis les années 1960, la baisse mondiale serait d’environ 2% par décennie, avec un effet plus marqué sur le blé et le maïs que sur le riz et le soja, ajoute le chercheur australien. L’avenir sera particulièrement sombre dans les zones tropicales, avec une baisse de rendement qui s’élèverait jusqu’à 40% d’ici 2100, contre environ 10% dans les régions tempérées. Et c’est sans compter la présence accrue de pathogènes et de maladies.

S’il est indispensable de diminuer au plus vite les émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation agricole à un climat plus chaud n’est pas une bataille perdue d’avance -c’est d’ailleurs tout l’enjeu de cette conférence montpelliéraine. Selon le 5ème rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), le rendement pourrait ainsi être amélioré jusqu’à 23% en modifiant les variétés cultivées, l’une des stratégies les plus sérieusement envisagées par la communauté scientifique.

Certes, agir sur la production semble plus que nécessaire, mais cela n’empêche en rien d’en faire autant sur la demande, juge Pete Smith, de l’université des sciences biologiques et environnementales d’Aberdeen. Bien au contraire: avec un gaspillage alimentaire affectant près de 40% de la production mondiale, des régimes aussi mauvais pour la santé que pour l’environnement, l’alimentation doit sans aucun doute être intégrée au problème. Raison pour laquelle le chercheur écossais prône, bien au-delà de la seule agriculture, un «Climate-Smart Food System».

Pas de réduction des GES sans changement alimentaire

«Nous devons aussi gérer la demande, ce n’est pas une option, c’est une réalité», explique le chercheur.  Lors d’une étude publiée en août 2014, son équipe a révélé qu’il était crucial de modifier aussi les régimes alimentaires: sans cela, il serait tout simplement impossible, malgré les efforts agricoles, de réduire les émissions d’ici 2050, lorsque la planète comptera entre 9 et 10 milliards de bouches à nourrir.

Plus facile à dire qu’à faire, reconnaît Pete Smith: «cela prendra du temps avant que les comportements changent, mais des politiques en ce sens devraient être mises en place dès maintenant».  Pour Sonja Vermeulen, du programme de recherche sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS) à l’université de Copenhague, il existe toutefois «de nombreux points d’entrée pour mettre en place des Climate-Smart Food Systems».

D’une part, «les consommateurs peuvent changer rapidement d’habitudes, ce sont eux qui construisent l’ensemble du système». En témoigne, par exemple aux Etats-Unis, la forte baisse de consommation du bœuf depuis les années 1970, compensée par une explosion de celle de poulet, moins coûteuse, depuis les années 1950.

D’autre part, les messages de santé publique peuvent aussi «aider la population à modifier l’architecture des choix», ajoute la chercheuse. Nul n’ignore désormais les inconvénients d’une consommation excessive de viande rouge, notamment sur le risque de cancer colorectal et de maladies cardiovasculaires, explique-t-elle.

Des recommandations pas très Climate-Smart

A l’inverse, de nombreuses recommandations, dont les françaises, prônent une consommation de 3 à 4 produits laitiers par jour, «ce qui est six fois au-dessus du seuil soutenable» pour la planète, explique Sonja Vermeulen. Même chose pour le poisson, comme l’ont montré des études.

En matière de recommandations nutritionnelles intégrant la question environnementale, «les pays scandinaves ont déjà pris de l’avance sur le sujet, mais pour les autres, c’est uniquement considéré comme une question de liberté individuelle», regrette Pete Smith auprès du JDLE.

Aux Etats-Unis, les experts chargés de la réactualisation des recommandations nutritionnelles, prévue cette année, envisagent d’y inclure l’aspect environnemental. Les chances de réussite sont toutefois maigres. Au-delà du lobby des industriels de la viande, le texte doit être validé par le Congrès, dont plusieurs membres de la majorité républicaine ont déclaré qu’ils s’opposeraient au projet.

Au-delà de l’offre et de la demande, il est un sujet qui demeure assez tabou, notamment au sein des organismes onusiens, celui de l’inquiétante croissance démographique. Si le sujet est aussi crucial que peu évoqué, commencer à agir maintenant, que ce soit par l’éducation ou un meilleur accès à la contraception, n’aurait qu’un effet très marginal sur la population à l’horizon 2050, estime Pete Smith.

 

SOMMAIRE DU DOSSIER

Les climatologues confirment la médiocrité des engagements des Etats 

A Lyon, les collectivités lancent leur appel climatique  

En 2040, l'agriculture à bout de souffle 

Habemus Papam climaticum

Les oublis du G7 

Les politiques nagent en pleine inconscience

La Norvège n'investira plus dans les bandits climatiques 

Washington publie ses promesses climatiques 

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La forte ambition des citoyens pour le climat 

COP 21 : les difficultés apparaissent  

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