GES agricoles: l’agroforesterie prend racine

Le 28 avril 2015 par Romain Loury
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Agroforesterie: peupliers et orge
Agroforesterie: peupliers et orge
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Stockage du carbone, moindre recours aux pesticides et aux engrais minéraux, biodiversité… la couverture végétale des sols et l’agroforesterie seront-elles les mamelles de la future France agricole? Alors que le programme de recherche «4 pour 1.000» prend forme, deux rapports remis au ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll prônent une telle évolution.

Lundi 27 avril, le ministère annonçait le calendrier de travail du programme de recherche «4 pour 1.000», dont le but est d’augmenter le stockage du carbone dans les sols. Annoncé en mars à Montpellier, son objectif est de «réconcilier la sécurité alimentaire avec la lutte contre le réchauffement climatique», a déclaré Stéphane Le Foll lors d’une conférence de presse.

Le défi n’est pas mince: d’ici 2050, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime qu’il faudra accroître la production alimentaire de 70%. Tout en diminuant les émissions de gaz à effet de serre (GES), dont un quart sont actuellement liés à l’agriculture.

Interrogé par le JDLE, le cabinet de Stéphane Le Foll indique que la stratégie «4 pour 1.000» sera partie intégrante des solutions présentées début décembre lors de la 21e conférence des parties (COP 21) à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. L’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) seront les piliers de cette démarche.

Encore à définir, ce programme scientifique, également «un programme d’action» selon le ministère, sera discuté lors de la conférence qui se tiendra début juillet au siège parisien de l’Unesco, en septembre lors d’un colloque à l’OCDE, puis probablement en octobre à Ankara lors de la COP 12 de l’UNCCD [1].

Produire «mieux, plus, avec moins»

Parmi les solutions à ce dilemme entre environnement et sécurité alimentaire, l’agroforesterie et la couverture végétale des sols agricoles. Les deux pratiques sont au centre d’un rapport remis mardi 28 avril au ministre par l’Association française d’agroforesterie, l’Institut de l’agriculture durable et l’association Arbre & Paysage. Le 7 mai, un autre rapport, publié cette fois-ci par le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) du ministère, sera publié spécifiquement sur l'agroforesterie.

Le semis sous couvert végétal consiste à faire travailler la terre après moisson, y laissant pousser des végétaux et proliférer l'activité biologique, tandis que l’agroforesterie repose sur la plantation d’arbres, de haies ou d’arbustes en bordure des champs. Pour les trois associations à l’origine du rapport, il s’agit là d’un type d’agriculture qui «produit plus (en quantité et diversité), mieux (en qualité et durabilité) et avec moins (en énergie fossile, eau et travail)», ainsi qu’en intrants (pesticides et engrais minéraux).

Sur la base de plusieurs travaux, le rapport adressé mardi au ministre prévoit que le passage d’une agriculture classique (une culture par an, labour) au semis direct sous couvert (deux cultures par an, sans travail du sol) associé à l’agroforesterie permettrait de séquestrer 144 mégatonnes équivalent CO2 de carbone, soit 160% des émissions agricoles de GES.

Une évolution «nécessaire»

Plutôt qu’une source de GES, l’agriculture deviendrait donc une solution. Et ce sans diminuer la production, voire en l’augmentant, grâce à une meilleure activité biologique du sol, estime Alain Canet, président de l’Association française de l’agroforesterie. «Ce n’est pas une mode, il est absolument nécessaire de changer de système d’agriculture; encore faut-il s’y engager», juge-t-il auprès du JDLE.

Selon Alain Canet, 5% des agriculteurs français recourent au couvert végétal, à la gestion du bocage et à l’agroforesterie. Parmi eux, on retrouve des tenants de l’agriculture conventionnelle comme de la biologique, qui «ont toutes deux d’importantes marges de progrès»: trop d’intrants pour la première, travail des sols trop intensif pour la seconde.

Dans leur rapport, les auteurs font état des résultats de 6 fermes du réseau Agr’Eau, sur le bassin Adour-Garonne, important réseau regroupant des agriculteurs expérimentant ces techniques. Si toutes les fermes montrent une nette hausse du carbone organique produit et stocké dans le sol, trois d’entre elles ont subi une baisse transitoire des rendements depuis le changement de pratique, deux autres une nette hausse et un sixième une stabilité.

«Il faut relancer la ‘machine sol’ et son activité biologique: le sol se refait l’estomac, et cela se fait par à-coups. Mais après 2 à 4 ans, on revient à un niveau équivalent, voire supérieur, à celui d’avant», explique Alain Canet. Pendant cette transition, «il faut amener à l’agriculteur un accompagnement technique, moral et financier», juge-t-il.

[1] Unesco: Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture; OCDE: Organisation de coopération et de développement économiques; UNCCD: Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification.



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