Géo-ingénierie solaire: un coût modique, sans écueil technique

Le 23 novembre 2018 par Romain Loury
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Des techniques qui demeurent controversées
Des techniques qui demeurent controversées

Très controversée, l’injection stratosphérique d’aérosols soufrés, technique de géo-ingénierie visant à atténuer le réchauffement climatique, n’est pas irréaliste d’un point budgétaire, révèle une étude publiée dans les Environmental Research Letters. En tout, réduire le forçage radiatif de moitié ne coûterait que 36 milliards de dollars (32 milliards d’euros) sur un programme de 15 ans.

Faute d’une atténuation suffisante des émissions de gaz à effet de serre, qui ne cessent de grimper, les appétits pourraient bien s’aiguiser quant à la géo-ingénierie climatique. Parmi les diverses techniques évoquées à ce jour, figure la gestion du rayonnement solaire, dont celle par brumisation dans la haute atmosphère de particules de sulfate. Objectif: réfléchir vers l’Espace le rayonnement solaire, afin d’en diminuer l’absorption terrestre.

Le sujet demeure hautement controversé, en particulier par crainte de dégâts irréversibles, sur le climat ou la biodiversité, voire d’éventuels effets sanitaires. Si le Giec[i] se montre très prudent à ce sujet, l’Académie américaine des sciences a appelé fin octobre au lancement d’ambitieux programmes de recherche.

Des millions de tonnes larguées dans la stratosphère

Au-delà de l’efficacité et des risques, se pose aussi la question de la faisabilité technique et du coût de ces techniques. Or dans une étude publiée vendredi 23 novembre, Wake Smith, de l’université de Yale, et Gernot Wagner, de l’université de Harvard, estiment qu’il n’y a, en la matière, pas d’écueil majeur pour ce qui est de l’injection stratosphérique d’aérosols sulfatés.

Les deux chercheurs se fixent comme objectif la réduction de moitié du forçage radiatif, ce qui permettrait de limiter, et non de stopper, le réchauffement en cours. Selon leurs calculs, il faudrait injecter 100.000 tonnes de soufre dans la stratosphère la première année, puis augmenter les doses à raison de 100.000 tonnes par an, pour atteindre 1,5 million de tonnes larguées la dernière année d’un programme de 15 ans.

L’équivalent d’un Airbus A321

Problème majeur: il n’existe à ce jour aucun avion capable d’assurer une telle mission, qui exigerait de demeurer à 20.000 mètres d’altitude pendant au moins une heure afin de disséminer les particules. Aucun avion actuel n’est capable de monter à plus de 16.000 mètres, à l’exception de certains avions militaires, qui ne peuvent y rester aussi longtemps.

Il faudrait donc mettre au point un nouvel appareil. Pas infaisable, selon les chercheurs: cet avion, qu’ils dénomment SAIL (Stratospheric Aerosol Injection Lofter), serait d’un poids équivalent à celui de l’Airbus A321, mais avec une surface deux fois plus grande au niveau des ailes (250 mètres carrés) et doté d’une poussée deux fois plus forte, avec quatre moteurs au lieu de deux. D’une longueur de 46 mètres, il pourrait porter jusqu’à 25 tonnes de soufre, qu’il convertirait en sulfate SO2.

Selon les chercheurs, le programme reposerait sur huit avions la première année, pour monter en puissance jusqu’à 95 avions la dernière année, répartis sur quatre bases mondiales. Chacune de ces bases lancerait 41 vols par jour, pour un total mondial de 60.109 missions annuelles la 15ème année.

Coût total: 36 milliards de dollars

Le coût du programme serait de 3,6 milliards de dollars avant le premier lancement, de 10 milliards de dollars à cinq ans, pour un coût total de 36 milliards de dollars à 15 ans -soit entre 2 et 2,5 milliards de dollars par an.

Une somme plutôt modique: «au vu des bénéfices potentiels qu’il y aurait à réduire de moitié le forçage radiatif, ces chiffres démontrent ‘l’économie incroyable’ de la géo-ingénierie solaire. Des douzaines de pays pourraient financer un tel programme, et la technologie nécessaire n’est pas si révolutionnaire», explique Gernot Wagner.

Sous couvert qu’un tel programme devienne un jour souhaitable, les chercheurs appellent à la transparence. Pour eux, nul doute: un tel projet, qui nécessiterait des dizaines de milliers de missions, ne pourrait être mené dans le secret.



[i] Giec: groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 



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