Géo-ingénierie : les Anglais tirent les premiers

Le 02 septembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Il existe deux méthodes pour lutter contre les changements climatiques. La première est la plus connue: c’est la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Hélas, dans le contexte actuel, sa mise en œuvre relève de l’utopie. Entre 1990, année de référence onusienne pour le comptage des rejets anthropiques de GES, et 2008, l’Humanité a accru de 42,6% ses rejets de CO2, rappelle le laboratoire américain d’Oak Ridge. Et malgré les engagements pris, en 2009 à Copenhague et l’année suivante à Cancun, les climatologues estiment que la température globale moyenne aura progressé de plus de 3°C d’ici à la fin du siècle (par rapport à l’ère pré industrielle) contre 2°C attendus.
 
Pour tenter d’éviter ce que d’aucuns décrivent déjà comme un désastre global, de nombreux scientifiques, notamment américains et britanniques, préconisent d’intervenir directement dans l’alchimie du climat pour contrebalancer les conséquences de nos émissions de GES. Plusieurs projets de «géo-ingénierie» sont en compétition: envoi de miroirs dans l’espace (pour renvoyer dans le cosmos une partie de l’énergie solaire), accroissement de l’albédo terrestre (en produisant plus de nuages ou en blanchissant la masse nuageuse naturelle), injection de sulfates dans l’atmosphère (pour reproduire l’effet refroidissant des gaz émis lors des éruptions volcaniques), etc.
 
Depuis des mois, ces chercheurs pressent leurs autorités de tutelle d’autoriser l’expérimentation grandeur nature de ces techniques inédites. C’est finalement l’administration Cameron qui a ouvert la boîte de Pandore.
 
En octobre dernier, Londres a octroyé un budget de 1,8 million de livres (2,3 millions d’euros) au projet Spice. Coordonné par Matthew Watson, de l’université de Bristol, ce programme va tester une option de géo-ingénierie très contestée: l’injection de sulfate dans les couches moyennes de l’atmosphère. Pour faire court, il s’agit de mimer une éruption volcanique intense en pulvérisant des particules de sulfate dans la haute atmosphère afin de diffracter les rayons du soleil et de renvoyer leur chaleur dans l’espace. Une idée sortie tout droit des neurones de Paul Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995.
 
Ce concept est combattu par nombre de scientifiques pour plusieurs raisons. D’une part, il ne fait que masquer le changement climatique et ne règle en rien le problème. Pour refroidir la terre, il faudra injecter des sulfates pendant des décennies. Et gare à la moindre panne technique qui pourrait brutalement faire grimper la température régnant à la surface du globe. Autre crainte: les effets rafraichissant ne seront pas homogènes. Certaines régions pourront retrouver le climat d’antan pendant que d’autres continueront à voir le mercure grimper.
 
Des inconvénients qui n’ont pas l’air d’inquiéter Matthew Watson. Dans les prochaines semaines, le chercheur et ses confrères vont expédier, à un kilomètre d’altitude, un ballon qui restera ancré à la terre par un grand flexible creux. Grâce à cette longe, les chercheurs vont injecter dans l’atmosphère des particules d’eau. Aucun résultat climatique à attendre de cette expérience: les Britanniques veulent avant tout tester le dispositif à une échelle réduite.
 
S’il s’avère efficace, une autre expérience, grandeur nature cette fois, sera menée. Il s’agira d’envoyer dans les basses couches de la stratosphère un ballon de 1 kilomètre de diamètre. Ce Zeppelin géant diffusera du dioxyde de soufre pour réellement refroidir le climat.
 
Une perspective qui n’est pas du goût de certaines organisations, telle ETC Group. Spécialisée dans la dénonciation de certaines «dérives scientifiques», l’association canadienne surveille depuis longtemps les tentations géo-ingénieristes. A ce titre, elle demande au gouvernement britannique de suspendre le programme Spice. «La poursuite de cette expérience va gravement entacher la crédibilité du Royaume-Uni et de l’Europe à poursuivre les négociations climatiques, à la fin de l’année à Durban, et l’année prochaine au sommet de la terre de Rio», affirme Pat Mooney, le directeur exécutif de l’organisation. Lequelle rappelle aussi que lors de la conférence de Nagoya sur la diversité biologique, en octobre dernier, les parties à la conférence ont voté un moratoire sur les expériences de géo-ingénierie. Ce qui devrait avoir force de loi, même au Royaume-Uni.


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