Géo-ingénierie: le retour des apprentis sorciers

Le 06 novembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Scopex: une expérience de géo-ingénierie grandeur nature.
Scopex: une expérience de géo-ingénierie grandeur nature.
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Profitant de l’actualité climatique, les promoteurs des techniques de ‘refroidissement’ artificiel du climat repassent à l’offensive médiatique.

 

C’est un point de l’Accord de Paris qui en fait rêver certains. L’article 4 du texte conclu dans la douleur, le 12 décembre 2015, impose aux pays signataires de «parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la seconde moitié du siècle». Dit autrement, l’humanité devra émettre autant de gaz carbonique, méthane et autre protoxyde d’azote que l’océan, les forêts ou de nouvelles technologies pourront en absorber.

 

Le défi à relever est dantesque. Chaque année, notent les climatologues du Global Carbon Project, l’atmosphère s’enrichit d’une quarantaine de milliards de tonnes de gaz à carbonique (GES). Les puits de carbone naturels (océans, forêts, tourbières) absorbent une grosse moitié de ce carbone anthropique.

Les puits sont fatigués

Problème: ces puits commencent à saturer. La forêt, qui absorbe le tiers de nos émissions carbonées, recule sous les tronçonneuses et les incendies. Pour notre malheur, à mesure qu’il se réchauffe, l’océan (qui engloutit le quart de nos rejets carbonés) dissout moins facilement le gaz carbonique atmosphérique.

 

Est-ce à dire qu’il faudra davantage compter avec les nouvelles technologies? Certains le croient. Depuis plusieurs décennies, une poignée de scientifiques et d’affairistes (Bill Gates, par exemple) militent pour rafraîchir artificiellement le climat via la géo-ingénierie. Dans leur esprit, il s’agit de détourner une partie du rayonnement solaire, de brumiser la haute atmosphère de dioxyde de soufre (comme le ferait un volcan en éruption) ou d’aspirer le CO2 superflu pour en faire du carburant, de l’engrais ou l’injecter 6 pieds sous terre.

Pas emballés, les climatologues

Dans son dernier rapport d’évaluation, le Giec[1] avait consacré quelques pages à ces techniques dignes de la science-fiction. En résumé, les scientifiques ne s’étaient pas montrés particulièrement emballés. Dans leurs attendus, les rédacteurs du rapport rappelaient les très faibles performances du captage de gaz carbonique par des arbres artificiels et les éventuelles complications écologiques d’un sulfatage permanent des hautes couches de l’atmosphère.

Start-up suisse

A l’évidence, il en faut plus pour décourager les promoteurs de ces techniques. En juin dernier, une start-up suisse a lancé l’expérimentation d’un aspirateur à carbone. Monté sur une usine d’incinération de déchets, le dispositif doit capter et expédier 900 tonnes de CO2 par an dans des serres agricoles voisines. Reste à connaître le bilan énergétique et carbone de l’installation, commente Olivier Boucher, du Laboratoire de métrologie dynamique (Institut Pierre-Simon Laplace, IPSL, Paris), l’un des rares climatologues français à s’intéresser au sujet.

Opération Scopex

Mais l’offensive ne s’arrête pas là. Mi-octobre, l’Institute for Advanced Sustainability Studies de Postdam a réuni la crème mondiale des géo-ingénieurs. L’occasion de faire le point sur les dernières recherches, les simulations et les projets. David Keith (université Harvard) y a notamment présenté l’expérience Scopex. Il s’agira d’injecter du carbonate de calcium à 20 kilomètres d’altitude pour évaluer l’effet ‘rafraichissant’ de ces particules dans la haute atmosphère. Décollage prévu à l’automne 2018, au plus tôt. «Ce colloque avait surtout pour vocation de faire avancer les débats. Les scientifiques veulent vraiment savoir si les techniques de SRM[2] sont fiables ou non», justifie Maxime Plazzotta (Météo France).

Quelle gouvernance?

A supposer qu’elles le deviennent, deux problèmes majeurs restent d’actualité.

Comme le rappelaient déjà les rédacteurs du dernier rapport du Giec, les opérations de géo-ingénierie –dont on ignore la gouvernance– seraient condamnées à fonctionner ad vitam, pour éviter tout réchauffement climatique brutal. Last but not least, aucune de ces techniques n’apporte la moindre once de solution aux problèmes connexes générés par nos émissions de gaz à effet de serre, telle l’acidification des océans, les plus naturels des puits de carbone.



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

[2] La gestion du rayonnement solaire (SRM en anglais) regroupe les techniques qui permettraient de diminuer le réchauffement de l’atmosphère par l’énergie solaire : miroirs spatiaux réfléchissant vers l’espace la lumière solaire, brumisation de particules dans la haute atmosphère, accroissement de l’albédo des nuages, etc.

 



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