Géo-ingénierie: des incertitudes sanitaires

Le 01 octobre 2018 par Romain Loury
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Climat: une relation complexe avec la santé
Climat: une relation complexe avec la santé
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Au-delà du climat, quels seront les impacts environnementaux de la géo-ingénierie climatique? Après de premiers avertissements sur la biodiversité, des chercheurs alertent sur les incertitudes sanitaires, dans un article publié par Nature Climate Change.

Face à la hausse des émissions de gaz à effet de serre, la tentation pourrait croître de recourir à la géo-ingénierie. Qu’il s’agisse d’émissions négatives (bioénergie avec capture et stockage de carbone, BECSS selon l’acronyme anglais), ou, de manière plus aléatoire, de fertilisation des océans et d’injection d’aérosols atmosphériques.

En octobre 2016, la Convention sur la diversité biologique (CDB) mettait en garde contre les effets de ces techniques sur la biodiversité. Les retombées sanitaires constituent une autre inconnue: vendredi 28 septembre, deux chercheurs de l’université du Maryland, Colin Carlson et Christopher Trisos, ont pointé, dans la revue Nature Climate Change, l’absence totale de données à ce sujet, lacune qu’ils appellent à combler au plus vite.

Réchauffement + géo-ingénierie = X

Par une logique simpliste, la géo-ingénierie climatique n’aurait que des effets positifs sur la santé mondiale. Que ce soit par les vagues de chaleur, les inondations, les cyclones, la propagation d’insectes vecteurs de maladies et l’insécurité alimentaire, le réchauffement va mettre l’humanité à rude épreuve. Le freiner par des méthodes rapides devrait donc limiter ces effets.

Pourtant, «la santé publique avec géo-ingénierie climatique pourrait être très différente, aussi bien d’un monde sans changement climatique que d’un monde avec réchauffement, mais sans géo-ingénierie», préviennent les chercheurs. D’autant que la géo-ingénierie, appliquée de manière globale, pourrait avoir des effets variables d’un lieu à l’autre, redessinant les climats mondiaux.

Des effets difficiles à contrôler

Les chercheurs évoquent le cas du paludisme, dont plusieurs études ont montré qu’il se transmettait mieux dans les zones tropicales lorsque la température y était anormalement douce. Ou encore le choléra et la méningite, dont les épidémies sont plus probables en cas de mousson faible.

L’injection d’aérosols atmosphériques, si elle était effectuée de manière très rapide, pourrait aussi enclencher un fort épisode El Niño, phénomène climatique prenant naissance dans l’océan Pacifique, et qui a été lié à des épidémies mondiales (Zika, fièvre jaune, dengue, choléra, etc.).

Insécurité alimentaire en hausse

Quant à la bioénergie, elle pourrait se développer au détriment des cultures agricoles, avec un risque accru d’insécurité alimentaire. Les chercheurs évoquent par ailleurs les flambées de phytoplancton qui découleraient de la fertilisation des océans, et qui pourraient être source de choléra sur les zones littorales.

«Les liens entre le changement climatique et la santé sont complexes, et l’ingénierie climatique pourrait avoir des effets sanitaires inattendus», explique Christopher Trisos. «Nous n’en sommes pas encore à pouvoir affirmer que ces technologies sauveront des vies ou qu’elles représentent un trop grand danger pour être utilisées (…) nous avons uniquement besoin de réponses», ajoute Colin Carlson.



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