Gazprom: la dernière victime des gaz de schiste US

Le 30 août 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Gazprom n'installera pas ses plates-formes géantes en mer de Barents
Gazprom n'installera pas ses plates-formes géantes en mer de Barents
Gazprom

Le plus grand gisement de gaz naturel ne sera peut-être jamais exploité. Mercredi 29 août, lors d’une visite à Stavanger (Norvège), le directeur de la production de Gazprom, Sevolod Cherepanov, a confirmé que les trois partenaires —Gazprom, Statoil et Total— s’étaient accordés pour repousser à 2014 la décision d’investir dans Shtokman. Une formulation toute diplomatique pour cacher se qui s’apparente à un enterrement de première classe. La semaine passée, le Norvégien Statoil a rendu ses parts (24%) du projet. Gazprom (51%) et Total (24%) doivent donc trouver de nouveaux investisseurs; lesquels ne se bousculent pas au portillon.

Pour les compagnies pétrolières, Shtokman est ce que l’on appelle un gisement éléphant, un super géant de sa catégorie. Situé à plus de 550 kilomètres au large de Mourmansk, la structure géologique sous-marine recèlerait près de 4.000 milliards de mètres cubes de gaz et une quarantaine de millions de tonnes de condensats. Ces chiffres le placent à la 10e place des plus grandes réserves mondiales connues.

Hélas, Shtokman se trouve aussi au milieu de la mer de Barents, où les tempêtes dressent des vagues de près de 30 m de haut et où les températures varient de 33°C à -50°C. Cette situation extrême rend le projet extrêmement cher. Déjà fixé à 15 milliards de dollars (12 milliards d’euros), le montant du devis a déjà doublé. Trop cher, surtout dans la période actuelle.

Car la révolution américaine du gaz de schiste est passée par là. Il y a quelques années encore, les Etats-Unis importaient du gaz pour satisfaire leur demande. Ils sont désormais autosuffisants. Et pourraient commencer à exporter du gaz naturel liquéfié vers l’Europe dès 2016.

Or, c’est précisément pour alimenter les marchés européens et américains que Gazprom, Statoil et Total entendaient exploiter Shtokman. Trop de molécules américaines ont tué le projet russe.

Ce renversement de tendance devrait durablement déstabiliser Gazprom. D’autant que la demande européenne est appelée à diminuer, le Vieux monde devant réduire sa consommation d’énergie entre 1990 et 2020.

De plus, toujours sous l’effet des gaz non conventionnels américains, les prix du gaz sur les marchés spot européens ont chuté. Ce qui rend les livraisons de Gazprom de moins en moins compétitives pour les industriels européens et russes.

Il y a deux jours, la filiale russe d’E.ON, l’un des plus grands énergéticiens européens, a conclu un accord avec Novatek, le principal concurrent de Gazprom, portant sur la fourniture en gaz de 4 centrales électriques russes durant 15 ans. Un contrat dont le montant pourrait atteindre 22 Md$ (17,6 Md€). Rude coup pour Gazprom.

L’an passé, l’ex-ministère soviétique de l’industrie gazière représentait 8% du PIB russe. Une importance qui pourrait appartenir au passé.

http://www.novatek.ru/en/press/releases/index.php?id_4=609



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