Gaz de schiste : tout ça pour ça ?

Le 04 juillet 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Thomas Porcher : Pour créer 9.000 emplois, il faudrait forer 7 à 8.000 puits.
Thomas Porcher : Pour créer 9.000 emplois, il faudrait forer 7 à 8.000 puits.
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Il n’est pas trop tard.

Six mois après son lancement, le débat national sur la transition énergétique (DNTE) s’intéresse enfin aux… hydrocarbures. Gaz et pétrole fournissent pourtant 64% de l’énergie finale, consommée en France. Mais il aura fallu attendre le mois de juin pour que les acteurs du DNTE auditionnent le ministre des transports, Frédéric Cuvillier. Et ça n’est que mardi 4 juillet que le délicat sujet des gaz de schiste a été officiellement abordé.

Faute de ministre en charge de l’énergie disponible, c’est le président du comité d’experts, Alain Grandjean, qui s’est collé à l’animation de la soirée. Au pupitre: deux économistes, un représentant de Total, un banquier, un analyste de l’agence internationale de l’énergie (AIE) et un climatologue.

De ces deux heures de discussion, de bonne tenue, ont émergé des généralités, des consensus et des surprises.

Les généralités

Au premier chapitre: les gaz de schiste ne sont que du méthane. Et non du CO2 comme le croyait l’un des membres du conseil national du débat. Le boom des gaz de schiste est à l’origine du redémarrage de l’industrie pétrochimique américaine. «Cela a eu un effet extraordinaire sur la création d’emplois directs et induits. Et qui, il y a deux ans, pouvait imaginer que les Etats-Unis deviendraient exportateurs d’hydrocarbures et de produits raffinés», s’est enthousiasmé l’économiste de l’énergie Jean-Marie Chevalier.

Exploiter les gaz de schiste peut engendrer des problèmes environnementaux (fuite du méthane, pollution de nappes ou de sol, grande consommation d’eau) et des nuisances (noria de camions). Ces troubles peuvent être limités par l’application, dans les règles de l’art, de techniques pétrolières, ont soutenu Christian Besson (AIE) et Bruno Courme, directeur des gaz de schiste Europe de Total. «Les industriels peuvent gérer tous ces problèmes, mais on ne sait pas à quel prix», nuance Jérôme Courcier, responsable RSE à Crédit Agricole.

Les consensus

Même si leurs gisements sont a priori mieux répartis sur l’ensemble de planète que les réserves d’hydrocarbures conventionnels, l’évaluation des ressources de gaz de schiste relève encore du doigt mouillé. «On connaît très mal les ressources. Pour la Grande-Bretagne, par exemple, les estimations de l’EIA américaine sont deux fois inférieures à celles du bureau géologique britannique», rappelle Christian Besson.

Sujet très débattu par les climatologues et les compagnies gazières: le taux de fuite des puits. «Selon nos études, le taux moyen de fuite des puits américains est de l’ordre de 4%», indique le banquier Jérôme Courcier. «Le pouvoir de réchauffement global du méthane étant 24 fois plus important que celui du CO2, si le taux d’émission fugitive est de 3%, l’exploitation de gaz de schiste reste compétitive par rapport à celle du charbon. À l’inverse, si ce taux de fuite atteint les 7%, ce bénéfice n’existe plus, affirme Philippe Ciais, du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE). Mais pour l’instant, la science n’apporte pas de réponse à cette question.»

Ces fuites ont souvent pour origine la fragilité des tubages. «90% des incidents sont le fait de ruptures de canalisation», confirme Bruno Courme. Les gaz de schiste ne sont pas une réponse suffisante à la problématique climatique. «En permettant à l’industrie électrique américaine de substituer du gaz au charbon, les gaz de schiste ont contribué à la diminution, ces dernières années, des émissions américaines de CO2», affirme Christian Besson.

Cela étant, cela ne suffira pas à stabiliser le réchauffement à 2°C, poursuit l’expert de l’AIE. «Pour ce faire, il faut que tous les pays de la planète réduisent de 3% par an leurs émissions de gaz à effet de serre», confirme Philippe Ciais. Ce que prévoit d’ailleurs la loi POPE de juillet 2005. En Europe, les gaz de schiste n’engendreraient pas les mêmes conséquences économiques qu’aux Etats-Unis. «Le prix de production serait plus élevé en Europe qu’outre-Atlantique», souligne l’économiste du pétrole Thomas Porcher. Faute de certitude sur le contenu du prochain code minier, les retombées économiques locales sont, pour le moment, impossibles à évaluer.

Les surprises

Bruno Courme, n’a pas hésité à reconnaître certaines mauvaises pratiques de ses confrères nord-américains. «Il ne faut pas épurer les eaux utilisées par la fracturation hydraulique dans les stations d’épuration municipales.» L’exploitation des gaz de schiste crée peu d’emploi. «60% des emplois créés outre-Atlantique sont peu qualifiés», indique le banquier Jérôme Courcier. «Pour créer 9.000 emplois, en France, il faudrait forer 7 à 8.000 puits», évalue l’économiste du pétrole Thomas Porcher.

«Au final, l’impact de ce que pourrait apporter, tant au plan économique que social l’exploitation des gaz de schiste en France, semble limité», a conclu Bruno Rebelle, membre du comité de pilotage du débat.



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