Gaz de schiste: quand la «terre sacrée» de Pologne entre en résistance

Le 06 mars 2014 par Marine Jobert
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L'affiche du documentaire.
L'affiche du documentaire.

Avec «Holy Field, Holy War», c’est d’abord un portrait très tendre d’une paysannerie polonaise en faillite que dresse le documentariste Lech Kowalski. Une paysannerie désormais courtisée, et souvent forcée, par une industrie des gaz de schiste conquérante.

C’est une agriculture que les moins de 40 ans peineront à imaginer… quand on engraissait lentement quelques porcs dans une remise, avec de l’herbe grasse truffée de fleurs, fraîchement coupée –à la serpe!- dans un champ envahi par ce qu’on appelle aujourd’hui «les mauvaises herbes». Un temps où l’on gardait pendant 20 ans ses vaches laitières, dans des étables lumineuses qui donnaient sur des champs sans pesticide. Le quasi Moyen-Age, en somme! Sauf que la scène se passe dans un pays de l’Union européenne, en 2013. Nous voici «quelque part en Pologne», un bout de terre malmené par les réglementations européennes, les marchés financiers qui déprécient le travail, et sur lequel subsiste une population vieillissante. Mais sous leurs pieds, il y a du gaz de schiste, qui va transformer les lopins de terre en une «terre promise» et faire basculer la vie de ces paysans vers la survie. Jusqu’à la lutte.

 

Lech Kowalski, réalisateur américano-polonais résidant en France, avait déjà consacré un premier film au sujet[1], en tournant des deux côtés de l’Atlantique. Pour ce nouvel opus, intitulé «Holy Field, Holy War», il est retourné en Pologne, «pour faire un film sur l’agriculture», explique-t-il à un curieux qui l’interroge. Ce qui n’est qu’un demi-mensonge. Son œil qui s’attarde sur la courbe d’un champ moissonné, l’agonie d’une abeille envapée par le lisier farci de produits toxiques ou le groin d’une truie; tout cela nous parle au moins autant que les humains de cette paysannerie contrainte de céder la place à l’agro-industrie et à sa fille la chimie de synthèse. Désormais, la campagne pue, les récoltes sont vendues à perte et la terre ne vaut plus rien.

 

C’est là que réside la chance, inespérée, des Chevron et des Exxon. Face à un pouvoir central vampirisé depuis plusieurs années par la cour assidue que leur fait le gouvernement américain et obsédé par l’indépendance énergétique vis-à-vis des Russes, ces multinationales ont les coudées franches. Sans autorisation, elles plantent leurs piquets dans les champs comme les matadors dans l’échine du taureau. Au mépris de toute réglementation, elles font vibrer le sol jusque dans les cours des fermes, condamnant l’eau d’une source, «bleue tellement elle était pure». Demain, leurs foreuses prendront possession du sous-sol sans plus de ménagement.

 

Mais «quelque part en Pologne» comme dans le Sud-est de la France en 2011, on n’aime pas être pris pour un pigeon et la première réunion publique organisée par Chevron -power point impeccable et en anglais sous le bras- va dégénérer. «Vous mentez sans sourciller», accuse une femme, dont le champ s’est affaissé à cause des vibrations. «Venez vérifier la distance entre les tests sismiques et la source», propose l’homme à l’eau désormais boueuse. Mais non, Chevron ne répondra à aucune invitation: son représentant se défausse sur l’entreprise (polonaise) sous-traitante. «Cette entreprise, ce sont les mauvais, et vous, vous êtes les bons», le coupe un habitant ulcéré. «Quelle arrogance d’avoir planifié un investissement si important, d’avoir la certitude qu’il sera réalisé, et de ne pas respecter le droit de voisinage», raille un conseiller municipal.

 

La terre de Pologne ne se livrera pas si facilement aux pétroliers. Depuis l’été dernier, l'Américain Chevron fait face à la colère des agriculteurs de deux petites communes rurales (Zurawlow et Rogow) à l’extrême nord-est de la Pologne (à quelques kilomètres de la frontière ukrainienne), qui les empêchent de prendre possession des terrains sur lesquels la compagnie pétrolière revendique des droits. L’affaire a des prolongements devant les tribunaux. Prochaine audience à la Cour du district de Hrubieszow prévue pour le 11 mars.



[1] «La malédiction des gaz de schiste»

 



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