Gaz de schiste: pas de moratoire en vue aux US

Le 16 août 2011 par Sabine Casalonga
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30% du gaz américain est produit par hydrofracturation.
30% du gaz américain est produit par hydrofracturation.

Commandé par Obama, fin mars, le rapport d’experts sur la fracturation hydraulique a été publié jeudi 11 août. Tout en émettant une série de recommandations pour réduire les impacts sur l’environnement, le panel soutient la poursuite des forages. Pendant ce temps, des ONG appellent à un moratoire de l’exploration des gaz de schiste aux Etats-Unis.

«En raison de l’augmentation prévue du nombre de forages par fracturation hydraulique aux Etats-Unis, si aucune action efficace n’est mise en place aujourd’hui, les conséquences environnementales potentielles vont croître à un point tel que le pays sera confronté à un grave problème.» Cette mise en garde figure dans l’introduction du résumé du rapport du sous-comité sur les gaz de schiste du département à l’énergie. Mis en place en mai par Steven Chu, secrétaire à l’énergie, suite à la demande du président Obama, le groupe de 7 experts (industriels, universitaires, législateurs, représentant d’ONG) avait pour mission d’émettre des recommandations sur les performances environnementales et la sécurité de la production des gaz de schiste. Depuis de nombreux mois, l’inquiétude du public s’était en effet accrue outre-Atlantique suite à plusieurs cas de pollution et au développement rapide de l’exploitation de ces gaz non conventionnels. «Sans contrôle efficace, l’opposition du public va croître, mettant en danger la poursuite de la production», indiquent les experts.
 
Dans un premier temps, le rapport souligne que les gaz de schiste sont un gisement très important pour l’économie américaine et son indépendance énergétique. Ils représentent désormais près de 30% de la production de gaz naturel aux Etats-Unis. Les experts reconnaissent cependant la réalité des impacts environnementaux de la fracturation hydraulique ou «fracking» qui devront «être évités, réduits et, si possible, éliminés aussi rapidement que possible».
 
Fait notable, le rapport admet la nécessité de renforcer la réglementation soulignant l’inefficacité des règlementations actuelles mises en place par les Etats et agences fédérales. Mais paradoxalement, il n’émet aucune recommandation dans ce sens. Globalement, le rapport insiste sur l’amélioration continue des pratiques industrielles, sur les mesures, le contrôle et la divulgation auprès du public. La création d’un portail d’information incluant les données des agences réglementaires des Etats et fédérales figure ainsi en première ligne des recommandations.
 
Les actions proposées pour réduire les risques de pollution de l’air et de l’eau semblent les plus ambitieuses. «Des mesures doivent être mises en place pour réduire les émissions de polluants atmosphériques, de précurseurs d’ozone et de méthane.» Les experts recommandent également d’analyser l’empreinte carbone globale de la production de gaz de schiste en comparaison avec les autres carburants. Concernant la protection de l’eau, les experts recommandent de mesurer les flux et la composition de l’eau à chaque étape de la production, d’effectuer des tests d’étanchéité des puits et des analyses microsismiques. Des études pour évaluer de possibles fuites de méthane –le principal composant du gaz naturel et très puissant gaz à effet de serre- des puits vers les réserves d’eau potable sont enfin recommandées. L’Agence de protection de l’environnement (EPA) américaine a déjà été chargée d’évaluer les effets du fracking sur la qualité de l’eau potable mais ses résultats ne seront publiés que fin 2012.
 
Tout en jugeant infime le risque de contamination des sources d’eau potable par les fluides de fracturation, les experts invitent les industriels à divulguer la composition chimique de ces fluides –hors secret industriel. Cette mesure est déjà mise en place par certains industriels et Etats.
 
Parmi les autres recommandations, figurent l’amélioration continue des meilleures pratiques industrielles et l’augmentation des fonds publics pour la recherche et le développement de techniques moins néfastes pour l’environnement.
 
Pour l’Environmental Defense Fund, la seule ONG représentée dans le panel d’experts, «si elles [lesrecommandations] sont mises en œuvre, [elles] pourraient concrètement réduire les risques pour la santé publique et l’environnement liés au développement du gaz de schiste». Pas si simple pour Kyle Ash. Le représentant de Greenpeace aux Etats-Unis souligne que la mise en œuvre de ces recommandations n’est pas réalisable car elle nécessite un contrôle fédéral. «Or le rapport ne dit pas un mot sur les exemptions [dont bénéficie la fracturation hydraulique] des réglementations fédérales comme le Clean Water Act et le Safe Drinking Water Act.» Par ailleurs, il estime que «le rapport approuve la poursuite de la fracturation hydraulique, sans surprise, puisque 6 des 7 membres du panel ont des liens d’intérêt avec l’industrie du gaz et du pétrole». Greenpeace et 67 autres associations environnementales ont envoyé le 8 août une lettre au président Obama demandant un moratoire du «fracking».
 
Pour Barry Russel, le président de l’Independant Petroleum Association of America (IPAA) «le rapport contraste fortement avec les demandes véhémentes et hystériques d’un moratoire sur la fracturation hydraulique». L’IPAA estime que ce rapport représente «un point de départ utile» pour des discussions ultérieures avec le comité d’experts.


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