Gaz de schiste made in UK: this is the end

Le 21 mai 2012 par Geneviève De Lacour
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Les Anglais n'aiment pas la fracturation hydraulique et le font savoir
Les Anglais n'aiment pas la fracturation hydraulique et le font savoir

Le gouvernement britannique devrait annoncer demain 22 mai son intention d’abandonner l’exploitation des gaz de schiste. Au motif que les réserves du sous-sol anglais ne sont pas suffisantes et que cette source d’énergie ne permettrait pas de réduire la facture énergétique du pays. Pragmatique, le gouvernement estime que la pression démographique est trop forte et redoute un lever de bouclier de la part de la population.

L’épisode des tremblements de terre n’y était pas parvenu. Le pragmatisme légendaire des Britanniques devrait être plus efficace, en venant à bout de l’exploitation des gaz de schiste. Même si cette ressource paraissait si prometteuse, sur le papier.

Retour en arrière. Il y a plus d’un an [JDLE], deux petits tremblements de terre secouent la région de Blackpool. Lever de bouclier des défenseurs de l’environnement qui voient alors d’un très mauvais œil l’arrivée de la société Cuadrilla Resources dans cette région du nord-ouest du Royaume-Uni. Après enquête, le bureau géologique britannique (BGS) pointe du doigt la technique de la fracturation hydraulique utilisée , par la société pétrolière pour des forages d’exploration de gaz de schiste.

Résultat, les opérations d’exploration, utilisant cette méthode, ont été suspendues par l’administration Cameron, le temps que le ministère de l’énergie et du changement climatique (Decc) fasse le point.

Quelques mois plus tard, suivant les recommandations d’ingénieurs du secteur pétrolier, le gouvernement britannique autorise la reprise de la prospection de gaz non conventionnels par fracturation hydraulique. «Il y a des risques environnementaux significatifs associés aux gaz de schiste, comme à d’autres activités industrielles. Mais nous pensons qu’ils peuvent être gérés», commentait en mars dernier le responsable du climat et des affaires publiques de l’agence de l’environnement britannique.

L’autorisation accordée par le gouvernement Cameron à reprendre la prospection de gaz non conventionnels par fracturation hydraulique s’appuyait sur les recommandations faites par des experts dans un rapport officiel publié le 17 avril. Des experts qui appelaient alors à renforcer les contrôles (voir JDLE).

Les associations de défense de l’environnement ont alors vivement réagi à cette décision. Elles dénonçaient le parti-pris du gouvernement «qui ne s’intéresse, selon elles, qu’au risque sismique». Ces ONG citent l’étude réalisée en 2011 par Robert Howarth (université Cornell) montrant que l’impact climatique de l’exploitation des gaz de schiste est pire que celui du charbon.

En 2010, British Geological Survey (BGS) estimait les réserves en gaz de schiste du Royaume-Uni à environ deux ans de sa consommation énergétique.

Cuadrilla Resources évaluait pour sa part à 55 milliards de mètres cubes les réserves de gaz naturel stockées dans sa zone d’exploration. Soit l’équivalent de 8 mois de consommation du Royaume, au rythme actuel de consommation.

Un autre rapport, publié début 2012, estimait que l’exploitation des gaz de schiste au Royaume-Uni permettrait de répondre, d’ici 2020, à seulement 1 à 4% des besoins en gaz du pays.

Pas étonnant alors que le gouvernement Cameron ait décidé de renoncer à cette ressource. Un gouvernement qui s’appuie sur l’avis d’experts de l’industrie estimant que les réserves en hydrocarbures non conventionnels au Royaume-Uni sont inférieures aux estimations initiales. Des gaz de schiste qui pourraient ainsi s’avérer non rentables à exploiter. «Les réserves en gaz de schiste ne sont pas énormes, rien à voir avec celles des Etats-Unis, d’Ukraine, ou d’Afrique du Nord», estiment ces experts. «De plus le pays est très densément peuplé. C’est une question de volume que l’on peut capter mais surtout à quel coût…»

Du coup, les membres du gouvernement Cameron commencent à penser que le sujet «gaz de schiste» se transforme peu à peu en patate chaude. Le gaz de schiste présente trop peu d’avantages et beaucoup trop d’inconvénients: cette ressource ne permet pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays, ni le coût de l’énergie.

Un porte-parole de Shell expliquait la semaine passée que le développement des gaz de schiste en Europe pourrait être entravé par un problème de géologie –sans expliquer lequel- mais aussi de relation avec les riverains des forages. Pourtant, il annonçait: «Le gaz de schiste britannique n’a pas encore fait les preuves de sa fiabilité géologique mais nous allons jeter un œil pour voir quel est son potentiel».

C’est demain 22 mai, qu’Ed Davey, le ministre libéral démocrate de l’énergie, doit publier l’«Energy Bill», la feuille de route énergétique du gouvernement qui promet de réduire les factures d’énergie des citoyens anglais et de sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays.

Contre toute attente, il devrait annoncer que la Grande Bretagne ne va pas se lancer dans la course au gaz de schiste, malgré l’insistance de son collègue le ministre du budget qui considère cette énergie peu couteuse, moins émettrice de CO2 que le charbon, et qui pourrait être l’une des sources principales d’électricité au cours des prochaines années.

Le gouvernement britannique semble vouloir promouvoir les énergies renouvelables et avoir entendu l’argument de l’association britannique des industriels du secteur: «Les réformes doivent favoriser le développement des énergies renouvelables et faire en sorte qu’elles soient au cœur de notre stratégie énergétique», conclut l’une de ses membres.

 

http://www.sustainablefuture.cornell.edu/news/attachments/Howarth-EtAl-2011.pdf

 

 



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