Gaz de schiste: les savants calculs de Washington

Le 06 janvier 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Début des tests anti drogues pour les foreurs US.
Début des tests anti drogues pour les foreurs US.

L’administration américaine veut davantage réguler l’exploitation des gaz non conventionnels. Une législation qui pourrait profiter à la santé des riverains des puits, à l’environnement et à… l’industrie gazière. Explications.

Marubeni a-t-elle fait une mauvaise affaire? Vendredi 6 janvier, la maison de commerce japonaise a annoncé qu'elle allait acheter aux côtés de la société énergétique américaine Hunt Oil une part de 35% dans le gisement de schiste d'Eagle Ford aux Etats-Unis pour un montant non divulgué.
 
«Plusieurs centaines de puits devraient être forés sur les 5 à 10 ans qui viennent», dans ce gisement de pétrole et gaz de schiste d'Eagle Ford, situé au Texas (sud des Etats-Unis), «pour un coût de 1,3 milliard de dollars (1 milliard d’euros)», indique Marubeni dans un communiqué.
 
Il y a quelques mois encore, l’exploitation des gaz non conventionnels (GNC) faisaient encore figure de poule aux œufs d’or, outre-Atlantique. Mais, au vu de la multiplication des incidents, le doute commence à s’instiller. Inexistante au début du siècle, la production de GNC américains fournit environ 20% des molécules de gaz à l’Oncle Sam. Et cette production est encouragée par les pouvoirs publics US, tant pour des questions d’indépendance énergétique que pour des raisons environnementales, la combustion du gaz émettant moins de gaz carbonique que celle du charbon.
 
Mais à mesure que l’exploitation des GNC prenait de l’ampleur, les critiques se sont faites plus nombreuses. En cause: les effets de la fracturation hydraulique. Cette technique d’extraction des hydrocarbures consiste à craqueler la roche en y injectant à très forte pression de l’eau, du sable et des additifs chimiques divers (la composition du cocktail chimique varie en fonction de la géologie).
Problème: ces produits chimiques sont de plus en plus fréquemment accusés de polluer les nappes phréatiques. Une accusation que n’hésite plus à relayer l’agence fédérale de protection de l’environnement (EPA) [JDLE]. Pour calmer la contestation locale, certaines compagnies gazières, comme Encana, vont jusqu’à livrer de l’eau en bouteille aux riverains des puits [JDLE].
 
De plus, l’injection de fluides à haute pression n’est pas sans conséquence sur la stabilité des couches géologiques. Dans les régions gazières, le nombre de séismes suspects tend à augmenter. Les autorités de l’Etat de l'Ohio viennent de suspendre un projet de fracturation hydraulique à la suite d'une série de 11 petits tremblements de terre provoqués selon des chercheurs par la fracturation hydraulique [JDLE].
 
Semblables phénomènes sont également mis en évidence au Texas, en 2009, et au Royaume-Uni, l’an passé. Récemment, l'Arkansas a suspendu les injections d'eau dans le sol.
 
Tout naturellement, l’opinion publique se mobilise et la contestation progresse.
 
Bien encadrée par un Congrès tout acquis aux intérêts des compagnies pétrolières et gazières, l’administration Obama commence néanmoins à réagir. En collaboration avec le ministère de l’intérieur, l’EPA prépare une législation sur la fracturation hydraulique. L’institution dirigée par Lisa Jackson étudie aussi les effets sanitaires de l’exploitation des GNC. Une initiative saluée par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC). «Nous n’avons pas assez d’information pour pouvoir dire avec certitude que les forages de gaz de schiste posent un problème de santé publique», regrette Christopher Portier, dans un entretien accordé à Bloomberg.
 
Comme pour donner la trame de la future réglementation, le directeur du centre national pour la santé environnementale des CDC estime que les additifs chimiques de chaque puits devraient être vérifiés, ainsi que la qualité des nappes phréatiques, avant et après chaque forage. Le scientifique rappelle que les additifs contiennent des produits potentiellement dangereux, comme des distillats de pétrole, des composés organiques volatils ou des éthers de glycol. De plus, l’hydrofracturation est parfois réalisée dans des terrains uranifères, ramenant à la surface des déchets de forages radioactifs [JDLE].
 
Mais que l’on ne s’y trompe pas. Malgré les cris d’orfraie poussés par les représentants du lobby du pétrole, la préservation de la santé des citoyens n’est pas le seul but poursuivi par Washington. La Maison blanche a pris très au sérieux l’action judiciaire intentée, au printemps dernier, par le ministre de la justice de l’Etat de New York contre l’administration fédérale. Le 30 mai dernier, Eric Schneiderman a décidé de poursuivre le gouvernement américain, coupable à ses yeux de n’avoir pas suffisamment encadré l’exploitation des GNC, notamment pour préserver l’environnement.
 
En parallèle, l’attorney general pourrait être tenté de bloquer le développement des gisements de gaz du bassin du Delaware: une région où les gaziers estiment pouvoir réaliser jusqu’à 18.000 forages au cours des prochaines années. Un sacré manque à gagner en perspective!
 
Peut-être pour montrer leur bonne foi, les foreurs commencent à se préoccuper des questions sanitaires. A leur manière. Union Drilling (une filiale d’ExxonMobil) vient d’annoncer qu’elle allait généraliser les contrôles anti-drogue dans ses équipes. Une conséquence inattendue de l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, affirment nombre d’observateurs américains.
 


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