Gaz de schiste: le lobby parlementaire veut forer le sous-sol français

Le 27 novembre 2013 par Marine Jobert
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Jean-Claude Lenoir et Christian Bataille, unis par les hydrocarbures non conventionnels.
Jean-Claude Lenoir et Christian Bataille, unis par les hydrocarbures non conventionnels.
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La France n’est plus un grand pays. C’est un cri d'effroi que les membres de l’OPESCT poussent dans leur dernier rapport (adopté par 19 voix contre 2), consacré aux techniques alternatives à la fracturation hydraulique. Présenté ce 27 novembre par le sénateur UMP Jean-Claude Lenoir et le député PS Christian Bataille, il se veut une riposte à «l’obscurantisme» qui règne dans l’Hexagone depuis le vote de la loi du 13 juillet 2011, interdisant la mise en œuvre de cette technique. «C’est devenu un sujet interdit, le dossier est diabolisé», clament les parlementaires.

Pour exorciser le sujet, un seul remède: autoriser la recherche. La recherche d’hydrocarbures ou la recherche scientifique? Les deux, semble-t-il, puisque dans leurs propos se mêlent en vrac la regrettable fuite des cerveaux (puisqu’ils ne peuvent plus faire de recherches en France) et la coupable méconnaissance des ressources de notre sous-sol («Il est regrettable que des personnes qui sont en responsabilité politiques attendent que d’autres produisent des travaux dont ils bénéficieront ultérieurement»). Avec ce traitement de choc, la France pourrait peut-être rejoindre le chœur des nations qui, du Canada à l’Argentine, des états-Unis à la Chine, forent sans complexe et sans dégât.

Pas d’alternative disponible

Pour éviter tout malentendu, évacuons vite le sujet: il n’existe pas, à l’heure actuelle, de technique alternative à la fracturation hydraulique qui pourrait être mise en œuvre rapidement, à des coûts économiquement soutenables et dans des conditions environnementales satisfaisantes. D’ailleurs, le rapport de quelque 200 pages n’en consacre qu’une quarantaine au sujet. «La majeure partie du travail réalisé est curieusement hors sujet», constate d’ailleurs le président de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale dans un communiqué, lui qui avait déjà malmené le pré-rapport du duo dans une adresse au vitriol.

Propane explosif

«Ce sont des techniques expérimentales», reconnaît le député du Nord, qui cite principalement le recours à l’azote liquide, au CO2 liquide et au propane. C’est cette dernière technique que les deux élus présentent comme la plus aboutie, mise en œuvre 1.900 fois au Canada entre 2008 et 2013. On est loin des centaines de milliers de puits américains forés depuis 10 ans. Aucune mention n’est faite des très fortes réticences exprimées par Total, lors d’une audition menée par l’OPESCT en avril dernier, concernant le recours à ce gaz fort inflammable pour fracturer la roche et en extraire le gaz. «C’est une solution a priori plus adaptée dans les environnements à faible densité de population que dans des contextes très peuplés», est-il noté dans le rapport.

Mais les parlementaires ne désespèrent pas: «Nous avons été frappés de constater la rapidité de développement de la recherche et des résultats. Partout dans le monde. Sauf en France et en Bulgarie». Reste que la technique «la meilleure et la plus efficace» est et demeure celle de la fracturation hydraulique, reconnaissent les élus. «Cette conviction se révèle, au fil de la lecture du rapport, relever de l’acte de foi et non de la moindre preuve scientifique, concernant aussi bien les pollutions de l’eau, de l’air et des sols que les émissions de gaz à effet de serre et les risques sismiques entraînés par la fracturation hydraulique», rétorque Jean-Paul Chanteguet.

La loi, toute la loi

Les 150 autres pages constituent un plaidoyer pour un respect des lois de la République… Car Christian Bataille et Jean-Claude Lenoir réclament, «aussi étonnant que ce soit, une application rigoureuse de la loi». Autrement dit, que soit mise en selle la commission nationale d’orientation, de suivi et d’évaluation des techniques d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux, prévue à l’article 2 de la loi de 2011, chargée «d’évaluer les risques environnementaux liés aux techniques de fracturation hydraulique ou aux techniques alternatives».

Au passage, ils voudraient obtenir une dérogation à cette loi, pour réaliser une dizaine de fracturations hydrauliques sur plusieurs bassins et emmagasiner des informations géologiques. Des expérimentations «sur sites, sous le contrôle des administrations compétentes» sont préconisées, qui mêleraient fracturations de toutes sortes. «C’est ouvert», explique Jean-Claude Lenoir. Les élus plaident par ailleurs pour la mise en place d’un «véritable contrat social avec les populations, y compris au stade de l’expérimentation». A savoir «un dispositif pérenne de consultation et de participation du public» (ce qui est en marche d’après les premiers échos de la commission Tuot et qu’impose de toute façon la convention d’Aarhus), et un intéressement financier des collectivités locales et des propriétaires. La carotte fiscale est donc agitée, ainsi qu’une révolution copernicienne du droit minier pour qu’un propriétaire puisse être intéressé financièrement à des travaux en lien avec les ressources minérales contenues dans le sous-sol de son terrain.

Fracturer la houille

Et en attendant que les esprits évoluent, pourquoi patienter sur les gaz de houille? Dans les bassins miniers de Lorraine et du Nord-Pas-de-Calais, «c’est moins l’existence de la ressource que la rentabilité de sa production qui est sujette à débats», indiquent les élus. Et la technique pour l’extraire? Le nordiste Christian Bataille l’assure: «Son extraction ne requiert pas, dans beaucoup de cas, de fracturation hydraulique», en raison d’une roche «très faillée».

Une description à contre-pied du rapport rédigé récemment par l’Institut nationale de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Celui-ci prévoit explicitement que, pour récupérer ce résidu de gaz naturel au sein des gisements houillers, il est nécessaire de faire des forages horizontaux pour améliorer la productivité, ainsi que, «dans la plupart des cas», de recourir à des techniques pour augmenter la perméabilité de la roche et faciliter la récupération du gaz. Les deux parlementaires ne s’embarrassent pas de ce genre d’arguties techniques, au diapason de leur pré-rapport fourmillant d’erreurs factuelles. «L’enjeu dépasse le choix de la technique, c’est bien l’opportunité d’exploiter notre sous-sol –pratique séculaire, millénaire [sic]- qui est remise en question.» L’heure est grave, effectivement.



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