Gaz de schiste: l’opacité des fluides de fracturation

Le 27 octobre 2014 par Romain Loury
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Des fluides de fracturation sans contrôle
Des fluides de fracturation sans contrôle
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Aux Etats-Unis, un flou juridique règne sur la composition des fluides de fracturation utilisés pour extraire le gaz de schiste. Selon l’association Environmental Integrity Project (EIP), plusieurs compagnies en profitent pour utiliser des composés carcinogènes en fortes quantités, à la barbe de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA).

Depuis l’Energy Policy Act de 2005, les fluides de fracturation n’ont pas à répondre du Safe Water Drinking Act, texte qui régule la qualité de l’eau. Dénoncé par de nombreuses associations, ce laisser-faire compte toutefois une exception: lorsque le fluide est à base de gazole, la compagnie doit disposer d’une autorisation de l’Agence de protection de l’environnement (EPA).

Or nombre de fluides utilisés, n’étant pas du gazole, échappent au contrôle de l’EPA alors qu’ils contiennent bien plus de polluants. Un vide juridique surnommé le «Halliburton loophole» («échappatoire Halliburton»), du nom de la compagnie parapétrolière –dont l’ancien président, Dick Cheney, ex-vice-président de George W Bush, est soupçonné d’être l’artisan.

Selon un rapport publié par l’Environmental Integrity Project, au moins 6 fluides commerciaux, dont un produit par Halliburton, contiennent bien plus de benzène que le gazole. Si celui-ci présente 0,1% de ce composé cancérogène, certains fluides en ont jusqu’à 50 fois plus, tout en échappant aux contrôles de l’EPA.

L’association dresse le même constat avec d’autres composés tout aussi dangereux pour la santé, tels que le toluène, l’éthylbenzène et le xylène, bien plus concentrés dans ces produits que dans le gazole.

«Afin de protéger la santé publique, le Congrès devrait mettre fin au ‘Halliburton Loophole’, et l’EPA devrait étendre les catégories de fluides de fracturation nécessitant un permis selon le Safe Drinking Water Act», juge le directeur général de l’association, Eric Schaeffer, par ailleurs ancien responsable de l’EPA. «Sans de telles réformes, nous permettons que soient injectés, sans aucune régulation, des quantités illimitées de polluants hautement toxiques dans le sol», ajoute-t-il.

Une base de données optionnelle

Autre grief de l’association, le manque de transparence des compagnies. N’étant pas soumises à l’examen de l’EPA -hormis pour le gazole-, elles ne sont pas obligées de déclarer la composition des fluides qu’elles injectent dans le sol.

Certaines le font en consignant ces données dans la base FracPlus. Or celle-ci, lancée par l’industrie, n’est en rien obligatoire, ce qui empêche de connaître l’ampleur réelle du phénomène. Selon les données très incomplètes de FracPlus, 153 puits ont été exploités avec des fluides renfermant de l’éthylbenzène entre janvier 2011 et septembre, donc une grande partie en Oklahoma et au Dakota du Nord.

Selon l’Environmental Integrity Project, les exploitants de puits devraient «au minimum» déclarer les produits utilisés lorsque ceux-ci contiennent plus de benzène, de toluène, d’éthylbenzène et de xylène que le gazole. Même avec le gazole, la transparence n’est pas toujours de mise, comme l’a récemment rappelé l’association: il demeure souvent utilisé sans autorisation, sans l’aval de l’EPA.



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