Gaz de schiste et emplois: reprise des hostilités

Le 26 novembre 2013 par Marine Jobert
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Des emplois, mais pour combien de temps?
Des emplois, mais pour combien de temps?
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La bataille de l’emploi s’invite à nouveau dans le dossier du gaz et du pétrole de schiste. Les «pro» parlent de l'avenir, projections alléchantes en main. Les «anti» scrutent le passé, chiffres du chômage à l’appui. Le débat n'est toujours pas tranché, des deux côtés de l'Atlantique.

En juillet 2012, Le Monde publiait un reportage –tous frais payés par l’entreprise Total, sans le préciser à ses lecteurs- qui relayait les projections d’un cabinet américain en matière d’emploi pour le seul Etat du Texas. «Le secteur employait 288.000 salariés en 2010; ils pourraient être 385.000 en 2015 et même 683.000 en 2035, avance le cabinet IHS Global Insight.» En France, un autre cabinet estimait, en 2012, que l’exploitation du gaz de schiste pourrait générer 100.000 emplois en tout d’ici 2020. Ce chiffre s’appuyait sur les estimations des réserves françaises récupérables publiées par l'agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) (soit 5.100 milliards de mètres cubes) et sur le «retour d'expérience» américain. Une projection irréaliste selon l’économiste Thomas Porcher. En appliquant le modèle étasunien ( 500.000 puits forés et 600.000 emplois créés, soit 1,2 emploi par puits), il faudrait, selon lui, creuser plus de 83.000 puits, soit plus d’une trentaine par jour d’ici 2020, pour créer ces 100.000 emplois. «Est-ce que notre territoire le supporterait?», demandait-il dans son ouvrage «Le mirage des gaz de schiste», aux Editions Max Milo.

1 million d’emplois en 2050

Aujourd’hui, c’est à l’échelle européenne et à horizon 2050 que se font les projections. L'Association internationale des producteurs de pétrole et de gaz vient en effet de publier une étude –menée par Poyry Management Consulting and Cambridge Econometrics- qui évalue entre 400.000 et 800.000 les nouveaux emplois créés d'ici 2035, puis entre 600.000 et 1 million à l'horizon 2050. Un gain de 1,7 milliard à 3,8 milliards d’euros pour l’économie européenne entre 2020 et 2050. «Nous ne pouvons pas nous permettre de renoncer à une telle opportunité. Chaque mètre cube de gaz produit à partir de ressource de schiste de l'Union européenne équivaut à un mètre cube de moins de gaz importé. Cela se traduirait par plus d'emplois, plus de revenu disponible, une meilleure sécurité d'approvisionnement, et finalement plus de prospérité», explique Roland Festor, le directeur de ce lobby bruxellois, dans un communiqué. Et de conclure par un appel aux législateurs des pays européens à réformer le cadre réglementaire dans un sens favorable à ces activités.

Comptabilité tronquée

Face à cette prospective enthousiaste, un laboratoire d’idées américain, financé par des philanthropes plutôt «anti», publie une étude rétrospective, sur les créations d’emplois entre 2005 et 2012 dans 4 Etats très actifs dans les hydrocarbures non conventionnels. Le Multi-State Shale Research Collaborative a calculé que chaque nouveau puits foré aurait créé en tout et pour tout 4 nouveaux emplois. Et non pas 31 (et 12 indirects + 19 induits), comme soutenu par exemple par une étude du Manhattan Institute en 2011. «Les soutiens de l’industrie ont exagéré le nombre d’emplois créés afin de minimiser ou d’éviter à la fois la taxation, la régulation et même une surveillance plus étroite de leurs activités», estime Frank Mauro, le principal auteur de l’étude. Il estime également que l’industrie a gonflé les chiffres en y incluant des emplois auxiliaires et en considérant chaque nouvelle embauche comme une création d’emploi, sans tenir compte du turn-over habituel. Sans compter que quantité d’anciens employés de l’industrie du charbon ont trouvé à se recaser dans celle des gaz de schiste. En regard, les auteurs de ce rapport rappellent que l’industrie pétrolière génère un emploi sur 795, quand la santé ou l’éducation pourvoient à 1 sur 6.

L’OPESCT revient

De quoi encore nourrir les débats, que devrait relancer la publication le 27 novembre du rapport du sénateur UMP Jean-Claude Lenoir et du député PS Christian Bataille, officiellement consacré aux «techniques alternatives à la fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels». Le pré-rapport rendu sous l’égide de l’Office d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPESCT), vantait les 100.000 emplois qui seraient créés par le développement des hydrocarbures non conventionnels d’ici 2020. «L’expérience américaine démontre qu’une fois le puits mis en place, il faut moins d’une personne pour le faire fonctionner. Seule la course éperdue, qui a conduit à creuser 500.000 puits aux Etats-Unis en 8 ans, a permis de renouveler les emplois. Ce qui n’est pas réalisable en France, étant donné l’occupation de notre espace géographique et notre densité de population», avait alors écrit Jean-Paul Chanteguet, le président de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale dans une adresse au vitriol.

 

 



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