Gaz de schiste: au Colorado, des malformations fœtales inexpliquées

Le 05 mai 2014 par Romain Loury
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Les riverains inquiets de l'impact sanitaire
Les riverains inquiets de l'impact sanitaire
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Une enquête lancée fin mars par les autorités sanitaires du Colorado afin de mettre en évidence un éventuel lien entre proximité des puits de gaz de schiste et malformations fœtales a fait chou blanc, selon ses résultats publiés le 2 mai.

 

C’est en janvier dernier que deux cliniques de Glenwood Springs, petite ville du Colorado, ont contacté le département de la santé publique et de l’environnement de cet Etat (CDPHE), s’inquiétant d’un taux inhabituel de malformations fœtales observées fin 2013 par échographie. De quoi susciter quelques soupçons quant à l’innocuité du gaz de schiste, dans une zone, le comté de Garfield (ouest du Colorado), truffée de puits.

D’autant que, également fin janvier, une étude publiée dans la revue Environmental Health Perspectives et menée dans ce même comté de Garfield, révélait une hausse de 30% de risque de malformation cardiaque chez les enfants les plus exposés in utero, ainsi qu’un doublement du risque de défauts de fermeture du tube neural, grave malformation connue sous le nom de «spina bifida» (voir le JDLE).

Face à ces inquiétudes, le CDPHE a annoncé fin mars le lancement d’une étude épidémiologique sur les cas rapportés par les deux cliniques de Glenwood Springs. Entre autres anomalies détectées sur ces 22 cas: des syndromes de Turner (présence de trois chromosomes X au lieu de deux), des trisomies 13 (trois chromosomes dans la paire 13), des hernies diaphragmatiques (à l’origine de problèmes pulmonaires), des malformations cardiaques, des œdèmes généralisés. Au final, 36% de ces grossesses ont abouti à la mort du fœtus.

Selon les résultats publiés vendredi 2 mai par le CDPHE, il n’y a cependant aucun lien avéré avec la proximité de puits de gaz de schiste pendant la grossesse: «La majorité (70%) des mères vivent à plus de 15 miles [24 kilomètres] d’un puits actif. Les 30% restant se situent à une distance comprise entre 5 et 8 miles [entre 8 et 12,8 km]», notent les auteurs du rapport.

Parmi les autres facteurs analysés, aucun ne ressortait comme possible cause commune, qu’il s’agisse de l’âge de la mère, de la prise de médicaments à risque tératogène, de comportements à risque pendant la grossesse (alcoolisme, tabagisme, toxicomanie), voire d’indice de masse corporelle (IMC) de la mère, autant de facteurs connus de malformations fœtales.

Hors de cause? Pas si vite…

Difficile cependant, avec seulement 22 cas, de conclure à l’absence de risque lié au gaz de schiste. D’autant que, au Colorado comme ailleurs aux Etats-Unis, les registres médicaux portant sur les malformations ne recensent que celles affectant les nouveau-nés, et non les fœtus pour lesquels la grossesse ira ou non à son terme: il est donc impossible de savoir si ce chiffre de 22 cas, qui a conduit les médecins à alerter les autorités, constitue ou non un pic par rapport à la situation «normale».

Toujours dans le comté de Garfield, Peggy Tibbetts, militante anti-gaz de schiste vivant dans la bourgade de Silt, sa fille et sa petite-fille de 12 ans se sont livrées en avril à des tests sanguins, après avoir souffert de plusieurs troubles respiratoires, tels que maux de gorge, éternuements, toux, écoulements nasaux, respiration saccadée. Les résultats révèlent une imprégnation par du benzène et du toluène, entre autres composants volatiles organiques des gaz de schiste. Peggy Tibbetts cherche désormais 20 volontaires ayant ressenti ces symptômes en vue de nouveaux tests.

A Silt, la bataille contre le gaz de schiste n’est cependant pas une nouveauté: fin 2010, une famille vivant dans les environs, les Strudley, ont dû quitter leur domicile en raison de démangeaisons cutanées, saignements de nez et étourdissements imputés à la proximité de puits. La procédure qu’ils ont lancée contre la société Antero Resources est toujours en cours auprès de la Cour suprême du Colorado. Première au Etats-Unis, un procès similaire vient d’être remporté, fin avril, par une famille du Texas (voir le JDLE).



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