Gaz de schiste: Albion fait les yeux doux aux pétroliers, Total succombe

Le 13 janvier 2014 par Marine Jobert
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Le Nord-Dakota vu du ciel.
Le Nord-Dakota vu du ciel.
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De l’autre côté de la Manche, le climat est bien plus clément pour les industriels du gaz de schiste. GDF-Suez, et maintenant Total, l’ont bien compris, qui sont en train d’y investir plusieurs dizaines de millions de dollars. Le gouvernement Cameron, lui, tente de convaincre ses concitoyens à grand renfort de mirifiques cadeaux fiscaux.

Les poids lourds de l’industrie pétrolière continuent à investir le gaz de schiste made in UK: après Gaz de France-Suez en octobre 2013, c’est au tour de Total d’annoncer une prise de participation, à hauteur de 40%[1], dans deux permis d’exploration et d’exploitation à l’est des Midlands, pour un montant de près de 20 millions de dollars (14,6 M€). Le géant français, qui laisse la phase d’exploration à son partenaire britannique Igas, prendra les rênes des opérations lors de la phase d’appréciation[2] et d’exploitation. Le premier puits d’exploration devrait être foré fin 2014. Total est en terre connue: avec des investissements d’environ 2 Md$ (1,46 Md€) par an au Royaume-Uni, sa filiale Total E&P UK devrait devenir le plus important producteur d’hydrocarbures du royaume, l’année prochaine. En 2013, l’entreprise a produit 105.000 barils équivalents pétrole par jour, extraits à 90% de champs situés en mer du Nord.

Acceptabilité sociale

«Le groupe a déjà des intérêts dans des projets de gaz de schiste aux USA, en Argentine, en Chine, en Australie, et pour Europe en Pologne et au Danemark. Nous allons utiliser au Royaume-Uni l’expertise acquise dans ces pays», précise Patrice de Viviès, directeur Exploration Production pour l’Europe du Nord, dans un communiqué. Cette expertise va bien au-delà de la technique pétrolière même, précise-t-on chez Total. «Nous avons acquis, notamment au Danemark où l’on est vigilant sur ces questions, des compétences en matière de concertation locale, de transparence et de pédagogie, assure un porte-parole du groupe, page internet à la clé. Dans ce domaine, l’expertise compte aussi en matière d’acceptabilité sociale.»

Cadeaux fiscaux en pagaille

Le climat britannique est parfait pour Total, alors que David Cameron multiplie les opérations séduction à l’intention de son opinion publique, afin d’accélérer l’acceptation des gaz de schiste sur l’île. Dernier épisode en date: les communes sur le territoire desquelles se trouverait un puits en production toucheraient l’intégralité de la taxe professionnelle due par l’exploitant, contre 50% aujourd’hui, a annoncé le Premier ministre britannique. Une somme rondelette, évaluée à 1,7 million de livres (2 M€) par site, qui viendrait s’ajouter aux 100.000 £ (120.000 €) versés à l’ouverture de chaque site d’exploration. Et ce sans compter le «cadeau» de l’industrie pétrolière, qui a annoncé qu’elle reverserait également aux villes concernées 1% des revenus dégagés par la découverte d’hydrocarbures.

Le gouvernement britannique a même avancé la possibilité de verser directement aux propriétaires une partie des bénéfices générés. En décembre dernier, le ministre de l’aménagement du territoire plaidait pourtant pour que les propriétaires de terrain ou de maison ne soient plus informés des travaux de forage pétroliers qui avaient lieu sous leurs pieds.Une obligation qui concernerait «un nombre disproportionné de personnes et d’entreprises, estimait alors Nick Boles. Ce serait inutile et excessif lorsque d’autres formes d’avis sont disponibles».

Corruption des municipalités

«Il s’agit d’une tentative criante du gouvernement de corrompre des communes pressées de toutes parts d’accepter la fracturation hydraulique chez elles, a réagi Lawrence Carter, de Greenpeace UK. Alors que les affirmations selon lesquelles le fracking allait baisser la facture énergétique des particuliers ou créer des emplois ont été largement discréditées, le gouvernement a directement recours à la corruption pour vendre une politique profondément impopulaire.»

Clémente Albion

Pas question de commenter les choix fiscaux du gouvernement Cameron, fait-on savoir chez Total. «Mais quand on prend la décision d’investir dans un pays, c’est qu’on est content de la manière dont on est accueilli et qu’on sent une volonté politique établie de développer les ressources.» Un climat moins hostile qu’en France? «On n’est pas du tout dans une logique «amère» vis-à-vis de ce qui a été décidé en France. Nous sommes un groupe international, il y a suffisamment à faire dans les 130 pays du monde où Total est présent.»

La ruée vers les concessions

Et l’avenir, au Royaume-Uni, s’annonce plein de promesses. La Grande-Bretagne s’apprête, en effet, à ouvrir à nouveau ses concessions au plus offrant, dans un 14e round qui pourrait attirer des industriels de stature de plus en plus importante. Le gâteau est, il est vrai, conséquent: les deux tiers du territoire d’Albion ont été jugés éligibles à la délivrance de permis, notamment dans les Midlands, le comté de Cumbrie (nord-ouest) et au pays de Galles. Une manne à laquelle les politiques britanniques ne peuvent renoncer, alors que les puits de pétrole et de gaz sous-marins amorcent une déplétion sensible. «Dans les années 1970, le pétrole de la mer du Nord nous a permis de sortir notre économie de sa stagnation handicapante. Nous avons une chance comparable de créer des dizaines de milliers d'emplois et la sécurité énergétique avec le gaz de schiste», a déclaré le secrétaire d'Etat chargé du commerce, Michael Fallon, dans le Sun on Sunday.

Des choix climatiques hasardeux

Et les engagements climatiques de la Grande-Bretagne? Sur le papier, le pays a une carte à jouer avec le gaz de schiste, puisque le charbon représente 33% du mix électrique actuel (pour 27% pour le gaz naturel, 13% pour les énergies renouvelables et 24% pour le nucléaire). C’est faire peu de cas de deux éléments essentiels de la problématique: d’une part, l’essentiel des centrales à charbon du pays vont devoir fermer d’ici 2015 pour respecter les prescriptions de la directive de 2001 sur les grandes installations de combustion; d’autre part l’empreinte carbone du gaz de schiste serait comparable à celle du charbon.

 



[1] Les partenaires de Total dans le projet sont GP Energy Limited, filiale de Dart Energy Europe (17,5%), Egdon Resources UK (14,5%), Island Gas (Igas) (14,5%), et eCorp Oil and Gas UK (13,5%).

 

[2] Il s’agit de procéder au forage de puits-pilotes, avec de petites productions, qui permettent de connaître le débit d’hydrocarbures et donc la quantité de ressources disponibles et sa rentabilité.

 



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