Gaz de houille: une exploitation risquée, mais maîtrisable

Le 30 octobre 2013 par Marine Jobert
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L'Eldorado Made in France présente des risques non négligeables.
L'Eldorado Made in France présente des risques non négligeables.
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C’est une commande du ministère de l’écologie, en mars 2013, qui a lancé l’Institut nationale de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) sur la piste du gaz de houille. Mission: établir un état complet des connaissances scientifiques disponibles sur l’exploitation de tels gisements, les techniques associées et leurs impacts tant sur le plan des risques industriels que sur l’environnement. Le rapport vient d’être rendu public et éclairera la constroverse sémantique qui perdure encore. En effet, le gaz de couche et le gaz de mine, qui recouvrent deux réalités géologiques, sont souvent désignées par le même vocable de gaz de houille. Sources: une étude exclusivement bibliographique, fondée sur les données issues des retours d’expérience à l’étranger. Conclusions: les risques, sur l’eau notamment, sont nombreux. Mais les deux organismes se veulent rassurants: ces risques seraient «maîtrisables, à condition de mieux connaître certains risques».

 

La fracturation hydraulique s’impose

Petit point technique: pour récupérer ce résidu de gaz naturel au sein des gisements houillers, l’implantation de forages horizontaux pour améliorer la productivité est nécessaire, ainsi que, «dans la plupart des cas», le recours à des techniques pour augmenter la perméabilité de la roche et faciliter la récupération du gaz. Soit la fracturation hydraulique, à laquelle l’Ineris et le BRGM envisagent l’alternative de la «stimulation du massif rocheux». Il s’agirait alors d’utiliser de l’eau sans ajout de proppant; d’ajouter dans les fluides des mousses émulsifiantes à base d’azote (N2) ou de dioxyde de carbone (CO2), et d’utiliser des gaz (N2 ou CO2) à la place des fluides  Autant de techniques qui n’ont, pour l’heure, connu aucun développement industriel d’ampleur. Une définition qui prend à revers la position soutenue il y a quelques mois encore par le ministère de l'écologie, qui écrivait alors que «l'exploitation du gaz de houille ne nécessite pas de forage suivi d'opérations de fracturation hydraulique de la roche».

 

Risque élevé sur l’eau

Quels sont les risques? D’abord, des fuites au niveau des systèmes assurant, en surface, le transport à haute pression du gaz (compresseur, canalisations...) qui peuvent avoir des impacts au-delà des limites du site. «Cela rend indispensable, dans un projet d’exploitation, de prendre en compte l’environnement immédiat des installations.» Une approche qui privilégie l'accidentologie, au détriment des implications climatiques des fuites de méthane, pourtant importantes sur les sites de production américains. Ensuite, un risque de migration non maîtrisée des gaz vers la surface, qui peut survenir suite à des perturbations du milieu souterrain, de fuites au niveau des forages, de migration du gaz le long d’anciens ouvrages situés à proximité ou de dégazage à l’aplomb des bassins de lagunage. «Les questions de fermeture et d’étanchéité des puits ainsi que la surveillance du milieu sont deux éléments essentiels à considérer.» On peut redouter aussi des impacts sanitaires, comme des dysfonctionnement rénaux et thyroïdiens consécutifs à la contamination des ressources en eau, sans compter les dégagements de sulfure d’hydrogène (H2S), un gaz très toxique. «La gestion des eaux de production en surface, les questions d’infiltration et les phénomènes de migration des fluides dans le sous-sol sont des points cruciaux à étudier.» Enfin, il faut penser à l’usage du sol, car l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels est très consommatrice d’espace, ce qui peut s’avérer problématique en zone urbanisée comme en zone protégée.

 

Pas de rentabilité sans fracturation

Autant de risques et de nuisances que la fracturation hydraulique «est de nature à aggraver», notamment quant à la qualité des eaux souterraines et de surface, «du fait des teneurs en adjuvants chimiques présentes dans les fluides d’injection». Or les spécificités géologiques des charbons français -«dans leur grande majorité très peu perméables»- semblent rendre indispensable le recours à une fracturation préalable du massif. «La possibilité de développer une exploitation rentable à grande échelle sans y recourir reste à confirmer.»

 

Relancer la recherche

Les deux organismes mettent en garde: s’ils soulignent des «points sensibles et d’attention», cela ne signifie pas qu’il soit «impossible de développer et de mettre en œuvre la filière (…) pour peu que les stratégies de prévention adéquates soient mises en œuvre, et à condition que la connaissance de certains risques soit améliorée». Ils préconisent nombre d’études (interactions charbon-eau-gaz, évaluation de la toxicité des composés organiques potentiellement mis en solution, analyse des situations ‘dégradées’ connues, étude du bilan carbone de la filière), ainsi que  la création de synergies avec les industriels du secteur. Dans le droit fil des demandes de nombreux parlementaires (de droite comme de gauche) et d’industriels (de l’énergie ou de la chimie) les deux instituts plaident pour une «évaluation des réserves disponibles en France, [pour] caractériser la nature des charbons, estimer l’impact sur la ressource en eau et analyser les contraintes sur l’occupation des sols». Des préconisations qui feront plaisir au sénateur UMP Jean-Claude Lenoir et au député PS Christian Bataille, en passe de finaliser leur rapport sur les techniques alternatives à la fracturation hydraulique.

 

 



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