Gaz de houille: la Française de l’énergie à l’assaut de la Lorraine

Le 25 mai 2016 par Marine Jobert
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Plan de coupe.
Plan de coupe.
IFP

Changer de nom. Augmenter son capital. Obtenir de nouvelles autorisations de forage. La Française de l’énergie est en ordre de marche pour pomper le méthane contenu dans les anciennes galeries de charbon lorraines. Avec quelles techniques? Les avis divergent.

Des ressources équivalant à 6 années de consommation de gaz en France. Une empreinte carbone 10 fois plus faible que le gaz importé. Un tarif de rachat attractif et garanti sur les 15 prochaines années. Pour son introduction à la bourse de Paris -qui pourrait rapporter jusqu'à 66 millions d'euros via une augmentation de capital- la société ‘Française de l’énergie’ s’est parée de ses meilleurs atours. C’est que le sujet de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures made In France est délicat depuis la jacquerie de 2011, qui a aboutit à l’interdiction de la fracturation hydraulique sur le territoire national.

Les opposants aux projets d’exploitation du sous-sol lorrain appellent à un week-end de mobilisation du 19 au 21 août, à Volmerange-lès-Boulay (Moselle), «pour enterrer ces projets».

Bataille sémantique

Ses dirigeants le jurent: l’extraction du gaz contenu dans l’ancien bassin minier lorrain n’implique pas le recours à la technique interdite. Car le gaz de houille -appelé encore gaz de charbon ou grisou- est un gaz contenu dans les veines du charbon. «Grâce à la fracturation naturelle de la roche, il s’échappe par les fissures naturelles et ne nécessite pas de technique invasive», indique le site de l’entreprise. Y a-t-il matière à bataille sémantique, et donc technologique? Probablement car, lorsque la Française de l’énergie s’appelait encore European Gas Limited, l’entreprise avait procédé à des forages de puits d’exploration entre 2006 et 2008, pour lesquels «les documents mentionnent alors officiellement le recours futur à la technique de la fracturation hydraulique», affirment les Amis de la Terre.

Un nom, deux réalités

C’est que, sous le vocable ‘gaz de houille’, coexistent deux réalités géologiques et technologiques différentes, comme l’avait rappelé en 2013 le rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) consacré aux techniques alternatives à la fracturation hydraulique. Le document distinguait entre deux types de ressource: le gaz de mine et le gaz de couche. Le premier est «issu de mines de charbon (…) et récupéré par pompage depuis 1975, par exemple dans les mines désaffectées du Nord-Pas-de-Calais». Le second, «produit à partir de couches de charbon n’ayant pas donné lieu à exploitation minière classique, en raison de leur profondeur ou de leur mauvaise qualité», est souvent qualifié de ‘coalbed methane’: sa récupération nécessite le recours à la fracturation hydraulique, comme le confirmait l’Institut français du pétrole-Energies nouvelles dans un document édité en 2011.

Un engin explosif et une inscription en breton –«Diwall ta Variscan», c’est-à-dire «Attention à toi Variscan»- ont visé, dans la nuit du 23 au 24 mai, les locaux orléanais de l’entreprise, titulaire de plusieurs permis d’exploration dans le nord-ouest du pays. «Variscan a déclaré il y a peu ne pas vouloir d’un nouveau Notre-Dame-des-Landes contre les projets miniers, détaillent les auteurs présumés dans un texte de revendication, rapporte France Bleu Breizh Izel. Que la chose soit claire, ce qui les attend sera bien pire encore. Voici l’avant-goût de notre colère.»

14 puits en production

Si tant est que la mise en production puisse être lancée sans ‘massage de la roche’, un rapport consacré au gaz de houille en 2013 par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) concluait que «la possibilité de développer une exploitation rentable à grande échelle sans recourir [à la fracturation hydraulique] reste à confirmer». La Française de l’énergie, elle, annonce une mise en activité d'ici fin 2018 de 14 puits de production, situés à Longeville-lès-Saint-Avold, Zimming et Lachambre (Moselle). D’autres sites sont à l’étude, tant en France qu’en Belgique et en Allemagne. L’entreprise souhaite aussi acquérir Gazonor, également titulaire de plusieurs permis de gaz de mine dans les Hauts-de-France. Un rapport très positif avait été rendu en février 2014 sur le sujet par la conférence permanente du Schéma régional de développement économique (SRDE).

 

 



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