Gaz à effet de serre : le dérapage incontrôlable de la France

Le 13 septembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Matthieu Orphelin rappelle l'inculture climatique de ses collègues parlementaires.
Matthieu Orphelin rappelle l'inculture climatique de ses collègues parlementaires.
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Conjointement, le RAC, le Cler et EPE publient, ce jeudi 13 septembre, le premier Observatoire Climat-Energie de la France. Un outil d’évaluation de la politique climatique française. Mauvaise nouvelle : les résultats ne sont pas bons. Et ils ne vont pas s’améliorer de sitôt.


Les lecteurs attentifs du JDLE le savent: la France en respectera pas son propre budget carbone. Et probablement jusqu’à la fin de la décennie, avait avoué, fin juillet, la direction générale de l’énergie et du climat (DGEC).

Selon les derniers calculs de la DGEC, la France devrait émettre 18 millions de tonnes par an de gaz à effet de serre (GES) en trop pour son premier budget (2015-2018). Le dérapage sera plus grand encore pour le budget suivant: 24 Mt équivalent CO2 par an pour la période 2019-2023. Le troisième budget «pourrait être respecté» à condition de mettre en œuvre de nombreuses mesures supplémentaires souvent incompatibles avec le manque de courage politique et un carcan financier trop rigide. Comment sortir de cette spirale infernale ?
Esquisser l’état des lieux
Sans doute en améliorant la gouvernance de la politique climatique tricolore. Cette fois, les écolos et les représentants de l’industrie sont à la manœuvre. Le Réseau Action Climat (RAC), le Clerc et Entreprises pour l’Environnement (EPE) ont eu la bonne idée de créer, avec le soutien de la DGEC, de l’IDDRI et de l’Ademe, le premier Observatoire Climat-Energie (OCE). Un outil destiné à régulièrement esquisser l’état des lieux de la transition énergétique et à identifier les domaines pour lesquels des mesures complémentaires sont nécessaires.
Objectifs sectoriels
Publiée ce jeudi 13 septembre, la première édition de l’OCE n’étonnera pas les observateurs avertis. S’appuyant sur les objectifs sectoriels fixés par la stratégie nationale bas carbone (SNBC) et sur les données des services de la statistique du ministère de la transition écologique, l’OCE estime le plafond annuel d’émission des grands émetteurs. Un chiffre qu’il compare aux émissions effectivement comptabilisées par le Citepa. Ainsi, pour tenir ses engagements, la France n’aura pas dû émettre plus de 437 millions de tonnes équivalent CO2 (Mtéq.CO2): 6,7% de moins que ce que nous avons, collectivement, émis.
Mauvais élèves
Trois secteurs sont responsables de ce mauvais chiffre: le bâtiment, les transports et l’agriculture. Crédité d’un budget de 74,2 Mtéq.CO2, le bâtiment a relargué 91 Mtéq.CO2: 22% de plus que l’objectif. Parmi les raisons invoquées pour expliquer ce piètre résultat: l’incapacité de l’Etat et des parties prenantes à rénover suffisamment de logements. L’an passé, 52.000 logements ont été remis à niveau dans le cadre du programme «Habiter Mieux» de l'Anah sur les 100.000 initialement prévus.
Quid des légumineuses ?
Sur la route, les fleuves et la voie ferrée, la situation n’est guère plus favorable. L’an passé, le budget carbone des transports routiers, fluviaux et ferroviaires n’était que 124,7 Mtéq.CO2. Voitures, camions, train et péniches ont émis près de 138 Mtéq.CO2.Avec des carburants peu chers, les Français ont plus circulé que ne l’avait imaginé la DGEC.

On l’oublie trop souvent, l’agriculture est l’un des principaux émetteurs de GES français. L’an passé, le secteur primaire a relâché 88,4 Mtéq.CO2 : 3,2% de trop. Parmi les explications possibles : la diminution de 10% des surfaces consacrées à la culture des légumineuses, véritables éponge à carbone.
Secteurs vertueux
L’industrie et l’énergie sont les deux secteurs vertueux. Après avoir atteint son plancher historique en 2014 (44 Mtéq.CO2), la production d’énergie (électricité surtout) est remontée, en 2017, à 54,4 Mtéq.CO2. Soit 500.000 téq.CO2 de moins que la limite fixée pour cette année-là. Depuis 1996, l’industrie réduit d’année en année ses émissions. A 79 Mtéq.CO2, elle fait légèrement mieux que son objectif annuel.

Pour Inquiétants qu’ils, la plupart de ces chiffres ont plusieurs mérites. Celui d’abord de préciser notre position. Ce qui n’est pas toujours simple. «Les chiffres ne sont pas secrets, mais ils sont peu accessibles», confirme Anne Bringault du Réseau Action Climat.
Outil d’alerte
Appelé à être régulièrement remis à jour, l’Observatoire a aussi une vertu pédagogique. «Ces chiffres doivent éclairer les acteurs politiques sur la réalité de notre situation vis-à-vis du changement climatique et de la transition énergétique», estime Matthieu Orphelin. Ce qui ne sera pas de trop. «Une grande partie du personnel politique a du mal à prendre la mesure de ce qui se passe et du décalage qu’il existe entre ce que nous faisons et ce qu’il faudrait faire», poursuit le député du Maine-et-Loire.

La déléguée générale d’EPE espère que la publication de ces sombres données facilitera la prise de conscience par le plus grand nombre. «Nous sommes arrivés à un moment où la transition énergétique a besoin de tout le monde pour réussir», résume Claire Tutenuit.
Aide au pilotage
Système d’alerte, l’OCE pourrait aussi contribuer à affiner les résultats des études de prospective climatique. Son premier opus montre que de très nombreux indicateurs importants, tant dans les transports, le bâtiment ou l’agriculture, restent à produire. D’où la difficulté à piloter certains secteurs.

Last but not least, il pourrait enfin servir de base de travail à des vérificateurs de la performance climatique de la France. «Au Royaume-Uni, explique le chercheur à l’IDDRI Andreas Rüdinger, les budgets carbone du pays sont fixés par un organisme indépendant, mais c’est le Parlement qui évalue les résultats de la politique mise en œuvre par le gouvernement.» Un beau sujet de débat pour les collègues de Matthieu Orphelin.



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