Gastroentérite: la vaccination désormais recommandée en France

Le 19 février 2014 par Romain Loury
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Le vaccin contre la gastroentérite remboursée par par l’assurance maladie.
Le vaccin contre la gastroentérite remboursée par par l’assurance maladie.
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Déjà recommandée dans plusieurs pays européens, la vaccination contre le rotavirus, premier agent de gastroentérite chez le nourrisson, le devient à son tour en France, suite à l’avis publié le 14 février par le Haut conseil de la santé publique (HCSP).

A ce jour, 47 pays ont introduit cette vaccination dans leur calendrier vaccinal: dans l’UE, on compte l’Autriche, la Belgique, la Finlande et le Luxembourg, et depuis 2013, l’Allemagne et le Royaume-Uni; la Croatie et la Grèce ne le recommandent qu’aux enfants à risque, dont les prématurés.

Après deux avis négatifs en 2006 et en 2010, la France vient de rejoindre le club, ouvrant ainsi la voie à un remboursement par l’assurance maladie. Jusqu’alors, rien n’interdisait toutefois les parents de vacciner leurs enfants, certaines mutuelles prenant en charge une partie des frais [1].

Si le HCSP a finalement décidé de recommander la vaccination chez les nourrissons de moins de 6 mois, c’est que plusieurs écueils soulevés dans son avis de 2010 lui semblent avoir été levés. Notamment le risque d’invagination intestinale, cause importante d’occlusion chez le nouveau-né: s’il est avéré qu’il existe un risque dans les 7 jours suivant l’administration de la première dose, il semble assez faible au vu des bénéfices du vaccin.

Autre point d’inquiétude, la présence de cercovirus porcins dans les deux vaccins présents sur le marché, à savoir Rotarix (laboratoire GlaxoSmithKline) et Rotateq (Sanofi Pasteur-MSD). L’agence européenne du médicament (EMA) a depuis conclu à leur innocuité, tout en demandant aux fabricants d’éliminer ces cercovirus de leurs produits.

Quant à l’intérêt sanitaire d’une vaccination généralisée, il peut susciter quelques interrogations: en France, le nombre de cas mortels est très faible, compris entre 7,6 et 17,3 en moyenne par an. Et ce chiffre baisserait chaque année de 7,8%, notamment en raison d’une meilleure prise en charge médicale des diarrhées du nourrisson.

Mais pour le HCSP, l’avantage du vaccin va bien au-delà du risque de mortalité: dans les pays où elle est recommandée, la vaccination a permis une chute de plus de 80% du taux d’hospitalisation pour gastroentérite du nouveau-né (voir le JDSA). Autre bienfait, une immunité de groupe: selon les études, le vaccin aurait un effet protecteur allant de 17% à 76% chez les personnes non vaccinées –du fait d’une moindre circulation du virus dans la population.

 

Un prix encore trop élevé

Pour le HCSP, le frein majeur à la généralisation de cette vaccination réside dans son prix encore trop élevé. Interrogé par le JDSA, Daniel Floret, qui préside le comité technique vaccination (CTV) du HCSP, avance un prix moyen de 140 euros pour les deux doses de Rotarix, de 160 € pour les trois doses de Rotateq [1].

Il ne s’agit là que d’une moyenne: en l’absence d’une prise en charge par l’assurance maladie, le prix de vente reste libre. Il fluctue d’ailleurs largement d’un endroit à l’autre: dans une pharmacie du XIe arrondissement parisien, une dose de Rotarix se vend 90 € (source Agence de presse médicale), contre 69 € dans une pharmacie montpelliéraine. Même écart pour Rotateq: 78 €/dose à Paris, 55 € à Montpellier.

«Aux prix actuels des vaccins, la vaccination des nourrissons apparaît peu coût-efficace», considère le HCSP. Comprendre: en tenant compte du prix des vaccins et du coût de prise en charge d’un nourrisson hospitalisé, il demeure encore peu rentable pour l’Etat de rembourser le vaccin.

Selon Daniel Floret, le HCSP préfère ne pas avancer de prix «pour ne pas fausser les discussions qui auront lieu entre les firmes et le Comité économique des produits de santé (CEPS), dont c'est la mission» de négocier les tarifs des médicaments et vaccins.

Aux Etats-Unis où la vaccination anti-rotavirus est recommandée depuis 2006, les norovirus sont désormais les premiers agents de gastroentérite chez le nourrisson (voir le JDSA). Or des vaccins sont actuellement en cours de développement contre ces virus, avec des résultats prometteurs.

 

[1] En France, la couverture vaccinale est estimée à 7-9% chez les nourrissons.

 

 



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