Gare Montparnasse: la SNCF a-t-elle fait à l’économie?

Le 31 juillet 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Entre 20 et 30.000 voyageurs ont annulé leur voyage, ce vendredi.
Entre 20 et 30.000 voyageurs ont annulé leur voyage, ce vendredi.
VLDT

Inédit, l’incendie du poste électrique de RTE d’Harcourt a paralysé le fonctionnement industriel de la gare Montparnasse, empêchant le départ de dizaines de milliers de voyageurs. Mais la SNCF avait-elle suffisamment sécurisé son approvisionnement en électricité?

 

L’incendie qui a, vendredi 27 juillet, totalement détruit le poste électrique de RTE, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) n’en finit pas de faire des harmoniques. Alimentant une partie du sud de la capitale, plusieurs communes limitrophes et la gare Montparnasse, la sous-station Harcourt est un ouvrage d’importance. Et sa destruction reste «un événement inédit», de l’aveu d’un responsable du gestionnaire du réseau de transport d’électricité.

Au plus fort de la crise, des milliers de clients franciliens ont été privés de courant. Et l’une des plus grandes gares de France se voyait incapable de faire démarrer ses trains, un jour de départ en vacances. 20.000 à 30.000 voyageurs ont dû annuler leur voyage, selon les estimations de la SNCF. Une horreur! Le gouvernement a diligenté une enquête administrative pour calmer les esprits.

Causes inconnues

Si les causes de l’incendie restent inconnues, la stupeur reste de mise chez RTE. «Il arrive qu’un matériel prenne feu dans un poste, mais cela reste confiné. Cela ne se développe jamais comme ce que l’on a vu vendredi», poursuit notre interlocuteur. Il faudra donc attendre les conclusions de l’enquête pour comprendre. Une enquête qui s’annonce difficile. Car les milliers de mètres cubes d’eau déversée par les pompiers sur l’installation ont dû faire disparaître des éléments de preuve.

SNCF sur une voie de garage. Malgré plusieurs demandes, téléphoniques et écrites, le groupe ferroviaire n’a pas daigné répondre aux questions du JDLE.

Sans attendre, la SNCF a ouvert le parapluie. Sur les ondes, Guillaume Pépy, son président, a rappelé que le transporteur n’était pour rien dans l’incident. Et que RTE devrait assumer ses responsabilités, notamment financières. Pour autant, l’alimentation électrique de la gare desservant l’ouest et le sud-ouest de la France était-elle bien conçue?

parties commerciales, partie industrielle

En moyenne, une gare de la taille de Montparnasse consomme plusieurs dizaines de mégawatts. Enedis, le distributeur, alimente les parties commerciales: tableaux d’affichage, boutiques, éclairage, etc. RTE assure l’approvisionnement de la partie industrielle: les trains et le système de signalisation. C’est cette dernière qui a été presque totalement interrompue par les flammes.

trois lignes

Pour schématiser, les caténaires de la gare sont alimentées par trois lignes à haute tension: l’une provient de la sous-station des Suisses (à Chatillon, à quelques kilomètres au sud de la gare), une autre part d’une sous-station située dans le XVe arrondissement de Paris (Ouest-Ceinture, à proximité immédiate de la gare). La dernière ligne est issue de la sous-station de Porchefontaine (à Viroflay, à une trentaine de kilomètres au sud de Paris).

chute de tension

Les deux premiers câbles étaient raccordés directement au poste d’Harcourt. Son incendie les a mis hors-jeu. Seule la ligne THT de Porchefontaine délivrait alors des électrons. Hélas, du fait de la distance entre Viroflay et Montparnasse, la tension (1.500 volts en courant continu au départ, 1.100 V à l’arrivée dans la gare) était insuffisante pour faire démarrer les motrices des TGV.

groupes ou TAC?.

Pouvait-on sécuriser davantage l’approvisionnement électrique de la partie industrielle de la gare? En y installant des groupes électrogènes de secours? Difficile. Il faudrait disposer en permanence d’une puissance minimum de 45 MW. Or les plus gros groupes électrogènes mobiles disponibles sur le marché affichent une puissance unitaire de 2 MW et ne se déplacent que sur des semi-remorques de 40 tonnes. Pas simple à aligner le long des voies ferrées. Une petite centrale électrique de secours? Quasi impossible en plein Paris d’installer une turbine à combustion (TAC), seule à même de démarrer dans l’instant.

Quatrième ligne ?

Reste la construction d’une 4e ligne à haute tension. Un ouvrage nécessairement souterrain et dont le coût se chiffre en millions d’euros. Problème, à en croire la filiale d'EDF, jamais la SNCF n’a demandé pareille sécurisation. «Cette spécificité aurait été hors des obligations de service public de RTE», affirme le responsable du GRT. Des travaux, il est vrai, que l’exploitant du TGV aurait dû financer intégralement. Ceci explique, peut-être, cela.

Lundi 30 juillet, RTE annonçait avoir tiré et essayé un nouveau câble, avec deux jours d’avance par rapport aux prévisions initiales. A Montparnasse, le retour à la normale est désormais programmé pour le premier départ en vacances du mois d’août.

 



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