Gardanne: nouveau permis de polluer la Méditerranée

Le 08 septembre 2014 par Stéphanie Senet
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Plus de 30 millions de tonnes de boues rouges ont déjà été déversées depuis 1966 au large de Cassis
Plus de 30 millions de tonnes de boues rouges ont déjà été déversées depuis 1966 au large de Cassis

Alors que les rejets en Méditerranée de boues rouges provenant de l’usine d’alumines Alteo de Gardanne (Bouches-du-Rhône) devaient cesser fin 2015, l’exploitant a demandé l’autorisation d’effectuer de nouveaux rejets pendant 30 ans. Interrogé pour avis, le parc national des Calanques a émis, ce 8 septembre, un avis positif controversé.

La ville de Gardanne réussira-t-elle un jour à tourner la page? «Cela fait 50 ans que des boues rouges toxiques sont rejetées au large de la calanque de Port-Miu, près de Cassis, à 300 mètres de profondeur, affectant la faune marine. Il est temps que cela cesse», résume Olivier Dubuquoy, docteur en géographie et enseignant à l’université de Toulon, mobilisé pour l’arrêt des rejets au 31 décembre 2015, comme le prévoit l’arrêté préfectoral de 1996.

Le conseil d’administration du Parc national des Calanques a pourtant émis un avis positif à la poursuite des rejets, par 30 voix pour, 16 contre et 2 abstentions.

Au cœur du problème se trouvent les résidus produits en grande quantité par l’usine Alteo de Gardanne (Bouches-du-Rhône), qui transforme la bauxite en alumines. Ces boues rouges ont été considérées comme toxiques, dès 1993, par une étude d’impact réalisée par Creocean (alors filiale de l’Ifremer[1]), analysée par Yves Lancelot, alors directeur de recherche au centre d’océanologie de Marseille (CNRS). L’usine était alors exploitée par le groupe Pechiney.

Cette étude conclut à des effets néfastes de la bauxite sur les oursins, surtout à de très faibles concentrations. A 0,01%, par exemple, des anomalies larvaires sont détectées sur l’oursin noir et elles s’avèrent mortelles sur l’oursin granuleux. A la même concentration, les populations d’huîtres ont quant à elles montré plus de 94% d’anomalies.

 

Plus de 30 Mt de boues rouges déversées depuis 1966

 

Plus de 30 millions de tonnes de boues rouges ont pourtant été déversées depuis 1966 au large de Cassis, en plein cœur du parc national des Calanques, par une conduite de 47 kilomètres de long reliant l’usine de Gardanne à la mer Méditerranée. La grande Bleue a donc avalé plus de 2 Mt de résidus d’aluminium, plus de 9 Mt de fer, près de 2 Mt de titane, 61.000 t de chrome, 2.600 t de zinc, 1.700 t de plomb, 900 t de cuivre, 700 t de nickel et 20 t d’arsenic. Au final, les petites particules de métaux lourds se sont disséminées de Marseille à Toulon, sous l’effet du courant liguro-provençal.

«L’étude de Ceocean n’a curieusement pas été diffusée par le Comité scientifique de suivi mis en place par Pechiney dès 1994. Au contraire, 200 études ont été publiées pour démontrer l’absence de nocivité des boues rouges», raconte Olivier Dubuquoy, qui critique le bien-fondé des autres prélèvements. «Ils ont été réalisés à des kilomètres du canyon de Cassidaigne, où débouche la canalisation, et à des profondeurs différentes de la sortie du tuyau, qui se trouve à 320 mètres», poursuit-il.

Aujourd’hui, Alteo propose de déshydrater les boues rouges sans avoir vraiment réglé la question des rejets. La société demande en effet un permis de jeter dans la Méditerranée les eaux résiduaires, riches en soude et en métaux. Un projet soutenu par le député François-Michel Lambert (EELV), par ailleurs président de l’Institut de l’économie circulaire, mais dénoncé par l’eurodéputée écologiste Michèle Rivasi qui demande, au contraire, l’arrêt de ces rejets menaçant la faune et la flore marine.  Le préfet des Bouches-du-Rhône devra se prononcer au plus tard en juin 2015.

 



[1] Ifremer: Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer

 



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