Fukushima: voici venir la pollution de la mer

Le 04 avril 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'exploitant de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-Ichi, Tepco, a commencé, lundi soir 3 avril, à rejeter dans la mer 11.500 tonnes d'eau radioactive qui s'étaient accumulées dans les installations accidentées, ont rapporté les médias.
 
Peu avant le début des opérations de déversement, un porte-parole de Tepco, la voix brisée par les sanglots, s'est excusé à la télévision pour cette pollution. «Nous avons déjà causé tellement de souffrances et de torts aux habitants locaux. Nous ne pouvons exprimer combien nous sommes désolés d'avoir à imposer ce nouveau fardeau», a-t-il déclaré. L’électricien tokyoïte affirme que cette eau est faiblement radioactive. Ce nouvel épisode intervient alors que les scientifiques commencent à avoir une idée plus précise de la pollution radioactive du milieu marin.
 
Dans une note publiée le 4 avril, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) fait le point sur l’impact sur le milieu marin des rejets radioactifs.
 
L’accident a rejeté plusieurs types de radionucléides: iode 131, césium 137, 134 et 136, tellure 129, baryum 140, lanthane 140, ruthénium 105 et 106, molybdène 99, technétium 99 et cobalt 58.
 
Ces rejets ont trois origines possibles: les rejets radioactifs liquides venant du site, les retombées atmosphériques sur la surface de la mer et le transport de pollution radioactive par lessivage des terrains contaminés.
 
Les concentrations élevées mesurées dans l’eau de mer à proximité immédiate de la centrale indiquent qu’il existe une ou plusieurs sources de rejets radioactifs liquides venant des installations accidentées.
 
L’impact de ces rejets liquides a été observé à partir du 21 mars à proximité de la centrale (1.484 becquerels par litre -Bq/l- en césium 137, 5.066 Bq/l en iode 131). Les concentrations dans l’eau de mer ont ensuite augmenté entre le 25 et 28 mars (jusqu'à 12.000 Bq/l en césium 137, 74.000 Bq/l en iode 131).
 
Une nouvelle augmentation a été mesurée les 29 et 30 mars (jusqu'à 47.000 Bq/l en césium 137, 180.000 Bq/l en iode 131). A titre de comparaison, avant l’accident de Fukushima, les niveaux de concentration en césium 137 dans l’eau de mer du littoral japonais étaient de quelques mBq/l (1 à 3 mBq/l) et l’iode 131 n’était pas détecté.
 
Cette pollution radioactive côtière a progressé vers le sud entre le 25 et le 28 mars, avec une augmentation des concentrations en iode 131 et en césium 137 de l’ordre d’un facteur 10 à Iwasawa (à environ 20 kilomètres au sud de la centrale accidentée) à partir du 28 mars et surtout du 29 mars. Ces concentrations vont sans doute continuer à augmenter à cet endroit. Cette dérive de la pollution le long de la côte résulte pour une grande part de la marée qui provoque des courants alternatifs parallèles à la côte. Cette progression se produit sans doute aussi vers le nord de la centrale.
 
Depuis le 12 mars, des rejets atmosphériques provoqués par les explosions et les dépressurisations des enceintes de confinement des réacteurs ont été dispersés au-dessus de la mer. Une partie des radionucléides contenus dans le panache ont pu retomber à la surface de la mer.
 
Les concentrations mesurées à 30 km vers le large résultent vraisemblablement de ces dépôts. Elles varient de 2 à 27 Bq/l pour le césium 137 et de 3 à 57 Bq/l pour l’iode 131. Les mesures du 25 mars semblent montrer une diminution de ces concentrations. Laquelle peut résulter soit d'un mélange avec les eaux plus profondes (effet de dilution), soit d'un renouvellement des eaux de surface par les courants. La première hypothèse est plus vraisemblable.
 
Les dépôts radioactifs formés en milieu terrestre au moment de la dispersion atmosphérique des rejets de la centrale peuvent être partiellement lessivés par les eaux de pluie et transportés par ruissèlement directement à la mer ou via les cours d’eau se jetant à la mer. Les surfaces terrestres contaminées ainsi drainées peuvent représenter plusieurs milliers de km².
 
Une modélisation de la dispersion, à moyen et long terme, a été réalisée par le GIP Mercator. Selon ces travaux, les radionucléides dissous dans l’eau de mer à proximité de la centrale devraient se disperser dans le Pacifique, portés notamment par le courant Kuroshio (un très puissant courant allant des côtes de Taïwan au nord-ouest du Japon).
 
Les radionucléides à période radioactives courte ne devraient plus être décelables au bout de quelques mois et ne devraient donc pas avoir d’impact sur le long terme et à grande échelle, indique l’IRSN.
 
D’autres, comme le ruthénium 106 ou le césium 134, persisteront dans l’environnement marin pendant quelques années et finiront par disparaître par décroissance radioactive. Le temps de résidence du césium 137 dans les eaux de surface du Pacifique varie de 11 à 30 ans suivant les régions.
 
En ce qui concerne les isotopes du plutonium, dans l’hypothèse où ceux-ci se trouveraient dans les rejets en mer, ces temps sont de 5 à 17 ans. Ces temps de résidence dépendent de l'affinité respective des radionucléides pour les particules en suspension dans les eaux de surface, qui sont susceptibles de sédimenter et d’entraîner les radionucléides vers le fond océanique.
 
A court terme, l’ensemble des maillons des chaînes trophiques marines du domaine côtier proche de la centrale risquent d’être contaminés. Une attention particulière devra être apportée aux installations aquacoles, notamment celles où sont cultivées les algues brunes. L'iode a une forte affinité pour ce type d’algues qui font l'objet d'une exploitation importante au Japon. Il existe donc un risque de contamination, notamment par l’iode 131. Toutefois, compte tenu de la courte période radioactive de ce radionucléide, ce risque ne sera significatif que quelques mois.
 
À plus long terme, c’est la zone côtière soumise aux apports de radionucléides par lessivage des bassins versants contaminés qui pourrait faire l’objet d’une pollution radioactive persistante. Des phénomènes de remise en suspension de sédiments contaminés pourraient également contribuer à maintenir des niveaux de concentration significatifs de certains radionucléides dans l'eau et dans certaines espèces vivantes.


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