Fukushima: une faillite japonaise

Le 11 décembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Fukushima: une catastrophe "made in Japan"
Fukushima: une catastrophe "made in Japan"

Enfin traduite en français, la synthèse du rapport sur la catastrophe de Fukushima montre un univers où les autorités et les exploitants d’installations nucléaires ont privilégié leurs intérêts propres à ceux des populations.

Hasard du calendrier: un an après la nomination par le parlement de la commission d’enquête indépendante sur l’accident de Fukushima, des traducteurs bénévoles mettent en ligne une traduction de la synthèse du rapport de ladite commission.

 

Totalement étrangers au monde nucléaire ou à celui de l’énergie, les 10 commissaires ont auditionné 1.167 personnes, réalisé 9 visites de sites, ont sondé des milliers de résidents des zones contaminées et de travailleurs du nucléaire. L’équipe a aussi rencontré des experts américains, français, biélorusses, ukrainiens et russes. Au total, 6 mois de labeur acharné dont le résultat était particulièrement attendu, tant au Japon qu’à l’étranger. Retransmises sur internet, les 19 réunions de la commission ont été suivies par 800.000 internautes. Les tweets ont reçu 170.000 commentaires.

En quelques dizaines de pages, la synthèse du rapport dresse un tableau hallucinant non seulement de la désorganisation des secours, passés le séisme et le tsunami du 11 mars 2011, mais surtout de la culture de sûreté nucléaire régnant au Japon.

Les auteurs le disent tout net: «L’accident nucléaire de Fukushima a été le résultat d’une collusion entre le gouvernement, les organismes de réglementation et Tepco, et de la gestion défectueuse des dites parties».

En introduction de leur réquisitoire, les commissaires estiment que «les causes directes de l’accident étaient toutes prévisibles avant le 11 mars 2011». «Tepco et l’agence de sûreté nucléaire et industrielle (Nisa) étaient conscients de la nécessité d’un renforcement structurel pour être en conformité avec les nouvelles normes, mais plutôt que d’exiger leur mise en œuvre, la Nisa a estimé que les mesures devaient être prises de manière autonome par l’opérateur.»

Tous les acteurs étaient informés du fait que la société japonaise des ingénieurs civils avait minoré le risque de fort tsunami dans la région. Par conséquent, «parce que la probabilité était faible», point n’était besoin de renforcer les mesures de prévention d’inondation ou de rupture de l’alimentation électrique des centrales.

Fustigeant le discours officiel, les membres de la commission excluent que le tsunami soit la seule cause des dommages de la centrale de Fukushima: «Les dommages causés au réacteur numéro 1 ont été causés non seulement par le tsunami mais aussi par le séisme».

Mais aussi par la conception même de la centrale (d’origine américaine) qui ne disposait pas de «systèmes redondants et diversifiés, ni de résilience parasismique pour les alimentations électriques internes. Par ailleurs, le poste de SinFukushima n’était pas résistant aux séismes.»

Les négligences de l’exploitant du site, Tepco, sont fréquemment pointées du doigt. Ses opérateurs ne disposaient «d’aucuns manuels complets» et ne réalisaient pas d’exercices périodiques de préparation aux incidents. Une fois la crise survenue, l’électricien tokyoïte a caché des informations aux autorités et fui ses responsabilités en ne faisant pas part au gouvernement de ses intentions.

Faute de leadership dans la conduite des opérations de secours, l’information n’a pas atteint les principaux intéressés: les habitants des zones contaminées. «Seulement 20% des habitants de la ville proche de l’usine étaient au courant de l’accident lorsque l’ordre d’évacuation de la zone des trois kilomètres a été donné.» Un ordre qui faisait suite à une consigne de «calfeutrement prolongé au domicile», ce qui n’a pas facilité la gestion de crise. Au final, 150.000 personnes ont été évacuées.

«Ce qu’il faut admettre, aussi douloureux soit-il, c’est que nous avons affaire à un désastre made in Japan. Les raisons fondamentales sont à chercher dans le souci des convenances qui fait partie  intégrante de la culture japonaise: notre obéissance automatique, notre réticence à remettre en cause l’autorité, notre attachement au respect du programme, notre dépendance au groupe et notre insularité», conclut le président de la commission.

«Cette arrogance a été renforcée par la mentalité collective de la bureaucratie japonaise, pour laquelle le premier devoir de tout bureaucrate est de défendre les intérêts de son organisation. Poussée à l’extrême, cette mentalité a conduit à placer les intérêts de l’organisation avant leur devoir primordial, qui est de protéger la population», poursuit Kivoshi Kurokawa.

Constructive, la commission formule plusieurs recommandations. D’abord, la remise à plat du système de régulation de la sûreté nucléaire: ce qui implique la création d’une autorité de sûreté indépendante (notamment du puissant ministère de l’industrie), son respect par les exploitants, la refonte du corpus juridique et la réforme du système de gestion de crise. Les commissaires préconisent aussi un meilleur suivi médical des populations originaires des zones contaminées. Ils appellent enfin le gouvernement à rendre public son programme de décontamination.

http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/4/37/62/00/rapports/Rapport-NAIIC-V3.pdf

http://warp.da.ndl.go.jp/info:ndljp/pid/3856371/naiic.go.jp/index.html

 



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