Fukushima: regagner la confiance de la population

Le 08 mars 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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600 km2 restent fortement irradiés.
600 km2 restent fortement irradiés.

Redonner vie aux zones évacuées après la catastrophe de Fukushima ne s’annonce pas des plus faciles. La tâche s’annonce même considérable pour les autorités. A commencer par la décontamination des zones interdites.

Certes, Tokyo a débloqué un budget de 990 milliards de yens (9,3 milliards d’euros) pour ramener le débit de dose des zones contaminées à moins de 1 millisievert (mSv) par an. Mais comment faire et par où commencer? Sachant que, selon l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français (IRSN), 600 kilomètres carrés de territoire seraient contaminés par un dépôt de césium 137 supérieur à 600.000 becquerels/m2.

A priori, les experts ont réponse à tout. A en écouter certains, il suffit de décaisser la terre sur un mètre de profondeur et de stocker ces 600 millions de mètres cubes de matériaux contaminés, le temps que l’activité du césium 137 décroisse (30 ans de période). Pas très réaliste! D’autant que 70% du territoire de la préfecture de Fukushima sont boisés et montagneux. Outre enlever la terre, faudra-t-il aussi raser les forêts?

Probablement pas. L’agence japonaise de l’énergie atomique teste actuellement, avec trois compagnies de BTP, plusieurs techniques de décontamination dans une dizaine de villes et de villages contaminés. On s’oriente donc vers un nettoyage des zones urbaines au détriment des espaces naturels. Promus au rang de zone interdite?

L’autre grande difficulté que devront surmonter les autorités nippones sera de regagner la confiance de la population. Laquelle a, il est vrai, été échaudée à de nombreuses reprises.

Pas facile de comprendre, par exemple, pourquoi 1.080 enfants seulement ont subi un examen de la thyroïde entre les 26 et 30 mars 2011 pour évaluer leur contamination à l’iode 131. «Et comme nous n’avons pas pu examiner tous les enfants de Fukushima, nous ne savons pas quelle a été leur exposition», regrette Makoto Akashi, directeur exécutif de l’institut national des sciences radiologiques japonais.

Certes, il a fallu parer au plus pressé dans un pays dévasté non seulement par les retombées de Fukushima mais aussi par l’un des plus puissants séismes jamais enregistrés par les sismographes.

Depuis, la préfecture a lancé un programme de suivi des 360.000 personnes de moins de 18 ans résidants sur le territoire régional. Jusqu’à l’âge de 20 ans, ces jeunes gens seront examinés par des médecins une fois tous les 2 ans, puis une fois tous les 5 ans. Et ce toute leur vie durant.

Il n’est pas dit que cela suffise. Une étude, lancée cet été par l’université de Fukushima, sur l’état de santé des 80.000 évacués, a presque fait un flop. Seules 21% des personnes contactées ont accepté de remplir le questionnaire fourni par les scientifiques. «La plupart des gens ont perdu toute confiance dans le gouvernement et considèrent qu’on les prend pour des cobayes», estime Shizuko Otaka, membre de l’ONG Shalom, à l’hebdomadaire Nature.

La valse des normes, orchestrée ces derniers mois par le gouvernement, ne simplifie pas les choses. Nombre de Japonais ne comprennent pas pourquoi les limites d’exposition aux rayonnements des personnels travaillant sur le site accidenté ont fortement été revues à la hausse après l’accident (250 mSv contre 50 habituellement). Et pas la peine de tenter d’expliquer que sans cette dérogation, les personnels n’auraient jamais eu le temps nécessaire pour stabiliser les réacteurs et les piscines de combustible.

Difficile à comprendre, aussi, la baisse, annoncée pour le mois d’avril, des limites de contamination des aliments: de 500 Bq par kilo, elle passera, dans trois semaines, à 100 Bq. Pour l’eau, la limite de potabilité passera de 200 Bq par litre à 10.

Or, dans la préfecture d’Ibaraki, souligne le Japan Times, des pousses d’épinards affichaient, il y a encore quelques jours, une activité de 1.921 Bq/kg: 4 fois plus élevée que la norme encore en vigueur quelques semaines. Même chose pour des champignons et des légumes secs.

Pas étonnant que selon un sondage réalisé le mois dernier par la préfecture de Fukushima, plus de 60% des personnes évacuées n’imaginent pas revenir dans leur ancienne maison.

 



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