Fukushima: les tribulations d’un nuage indétectable

Le 21 mars 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le nuage est plus visible à la télévision qu'en réalité.
Le nuage est plus visible à la télévision qu'en réalité.

Après avoir atteint, en fin de semaine dernière, les Etats-Unis, les radioéléments relâchés par la centrale japonaise vont bientôt survoler l’Hexagone. Ce qui ne doit pas nous effrayer pour autant, affirment les experts de l’IRSN.

 

Il y a 25 ans, après l’explosion du réacteur n°4 de Tchernobyl, les nuages radioactifs étaient invisibles. En France, tout du moins. Cette fois, les nuages radioactifs sont… indétectables. Modélisée par Météo France et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), la dispersion des rejets atmosphériques de Fukushima Dai Ichi laisse peu de place au doute. Les volutes riches en iode 131 et en césium 137 devaient atteindre, vendredi 18 mars, les côtes californiennes, les Antilles durant le week-end et la Bretagne mercredi ou jeudi.

 

Si le nuage semble bien suivre les chemins tracés par les ordinateurs, ses traces, elles, ne sont pas faciles à suivre. «Il faut se rendre compte que nous parlons, pour le césium, d’activité 10.000 fois inférieure à celle mesurée au-dessus de la France, le 1er mai 1986 [une semaine après Tchernobyl, ndlr] », explique Didier Champion, directeur de l'environnement et de l'intervention de l 'IRSN.

 

Résultat, le nuage passe pratiquement inaperçu dans le bruit de fonds radioactif. En état d’alerte, les physiciens de l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA, selon l’acronyme anglais) ont eu toutes les peines du monde à quantifier les particules de radioéléments crachés par la centrale japonaise.

 

Vendredi, un communiqué de l’EPA indiquait qu’une balise, installée à Sacramento (Californie), avait détecté une activité supplémentaire infime: 0,2 millibecquerel par mètre cube d’air. Ce «surplus» étant imputable à un peu d’iode 131 (0,165 mBq/m3), un chouia de tellure 132 (0,04 mBq/m3) et un soupçon de césium 137 (0,002 mBq/m3).

 

Au même moment, un autre détecteur, situé cette fois dans le Pacific Northwest National Laboratory (Etat de Washington), mettait à jour d’infimes traces de xénon 133 (100 mBq/m3).

 

Conclusion de l’EPA: «Les doses émises par les sources naturelles de radiation, telles que les granites, les briques, le soleil et autres, sont 100.000 fois supérieures à l’activité des particules détectées en Californie ou dans l’Etat de Washington».

 

En France, ces doses ne devraient pas augmenter. Bien au contraire. Déjà bien diluée par les vents du Pacifique, les masses d’air situées au-dessus des Etats-Unis, les dépressions de l’Atlantique Nord, la «radioactivité de Kukuchima Dai Ichi» sera difficile à suivre de ce côté-ci de l’Atlantique. Et ce, malgré les réseaux de mesure de la radioactivité dans l’air (Opera ou Teleray) ou de poussières radioactives (AS). «Nous sommes vraiment à la limite du seuil de détection», rappelle Didier Champion.

 

Seule solution: les 7 «préleveurs à très haut débit», mis en œuvre par l’IRSN. Ces gros aspirateurs avalent, plusieurs jours durant,700 m3 d’air par heure. Sur leurs filtres se déposent les plus fines des particules qui seront détectées après examen en laboratoire spécialisé. Problème: cette analyse prendra plusieurs jours. D’ici là, le nuage de Fukushima risque bien de s’être évaporé au-dessus des steppes sibériennes.

 

Faut-il en déduire que le risque sanitaire est nul pour les populations ne résidant pas aux alentours de la centrale accidentée? Pas si simple. Tant que les sauveteurs n’auront pas repris le contrôle des 6 réacteurs et de leurs piscines de refroidissement, la centrale de Tepco relarguera des radioéléments dans l’environnement. Rendant difficile toute cartographie des retombées et des contaminations.

 

Et des radioéléments, on en retrouve désormais dans l’eau potable de certains quartiers de Tokyo, dans du lait et sur des légumes à feuilles, au Japon. Rien d’étonnant à cela. Les particules ont fini par retomber au sol, sur des prairies ou des cultures. Même si les niveaux de contamination sont, une fois encore, faibles, les services du ministère français de l’agriculture et de la répression des fraudes sont en alerte. Ils risquent de le rester longtemps, tant sont minimes ( a priori en cette période), les exportations vers la France de produits alimentaires nippons.

 

Si l’irradiation des sauveteurs est probablement forte, celle des personnes vivant au-delà de la zone d’exclusion (20 kilomètresautour de la centrale) est extrêmement faible. «Nous avons reconstitué les doses reçues par des voyageurs français qui n’étaient pas très loin de Fukushima. C’était une dose extrêmement faible, voire triviale», affirme Patrick Gourmelon.

 

Et le chef du département de protection de la santé de l'homme de l’IRSN d’enjoindre aux Français de ne pas se précipiter «dans les pharmacies pour acheter des pastilles d’iode». Et encore moins de stocker des boîtes de sel iodé, comme on a pu le voir ces derniers jours en Chine et dans certaines cités américaines.



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